LogoAppli mobile

Tous les Saints (1/11) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

S’il est bien un livre qui nous désarçonne et nous déconcerte, c’est le livre de l’Apocalypse dont nous venons de lire un extrait. Pour aborder ce livre il est indispensable de savoir qu’il a été écrit au moment des premières persécutions des chrétiens vers la fin du premier siècle. Ceux-ci ne pouvaient pas parler ouvertement de Jésus, de leur Dieu, le risque était grand de se retrouver dans l’arène avec les lions. C’est ainsi que les années passaient dans un climat incertain. On comprend facilement que les persécutions et les difficultés de vivre leur foi commençaient à décourager certains. Le livre de l’Apocalypse a été écrit dans ces moments difficiles pour essayer de remonter le moral des chrétiens et les aider à persévérer en leur rappelant que Dieu sera le grand vainqueur de tous ces tourments.
Mais pour ne pas prendre de risques et se faire arrêter, ils parlaient entre eux par allégories, par symboles que leurs opposants ne pouvaient comprendre comme par exemple le symbole de l’Agneau, les vêtements blancs, les palmes… ou encore par allusions chiffrées : 144 000 (12 X 12 X 1 000)… par des proclamations énigmatiques : « Ils ont lavé leurs vêtements dans le sang de l’Agneau… »
L’Apocalypse est donc semblable à un code, un message caché qui n’était compris que par les seuls initiés et ne voulait rien dire pour les autres.
Les plus âgés d’entre nous se souviennent qu’il en allait de même pendant la guerre. Les résistants transmettaient des messages codés dont le plus célèbre : « les sanglots longs des violons… » annonçait l’imminence du débarquement.
Si le livre de l’Apocalypse laisse entrevoir comment sera la fin, qui sera le grand vainqueur, les Béatitudes nous parlent au présent, elles montrent quel est le comportement de ceux qui vivent dans l’attente du Royaume. Ces paroles de bonheur, Jésus ne les adressait pas aux notables, ni aux riches mais à toute cette foule qui le suivait et qui était composée de gens victimes des exactions, écrasés par les impôts et les dîmes, des gens frappés par la maladie et la pénurie, des affamés de justice et de paix… oui, c’est à tout ce peuple que Jésus dit : « Le Royaume est déjà là ! » ou mieux « Le Royaume est à vous ».
En nous donnant les Béatitudes Jésus montre ce qui est le plus important pour Dieu : « l’essentiel pour lui, n’est pas que nous soyons chrétiens avant d’être bouddhistes ou musulmans… non, l’essentiel est que nous soyons « pauvres de cœur » « doux » « artisans de paix » « des cœurs purs »… Cela signifie que les chrétiens n’ont pas le monopole de la sainteté !

Si donc aujourd’hui la fête de la Toussaint nous invite à penser à tous les saints qui parsèment nos calendriers, à tous ces hommes et ces femmes exemplaires que l’Eglise a canonisés et élevés sur les autels… les Béatitudes, elles, viennent élargir notre regard, elles nous disent : « Regardez tous les gens qui opposent la douceur à la violence, qui répandent la paix autour d’eux, qui ne font pas les malins mais sont toujours prêts à aider… regardez tous gens qui cherchent Dieu même à travers tant d’autres religions… ils sont tous semeurs de vie et la mort n’aura jamais de prise sur eux… »
Vous désirez voir le visage de Dieu ? Savoir qui est Dieu ?
Et bien regardez-les et vous verrez en eux un air de famille avec Dieu.

Piste 2

A plusieurs reprises, les lectures qui nous sont proposées en cette fête de Toussaint parlent de ‘foule’ : « Une foule immense de témoins » dit le livre de l’Apocalypse, « une foule autour de Jésus » dit l’Evangile. Parler de foule fait surgir en nous des sentiments multiples et variés. En effet la foule c’est quelque chose d’anonyme, elle est constituée d’une multitude d’individus de toutes espèces. La foule est synonyme de disparité et diversité. On n’aime pas la foule parce qu’elle fait peur. Parfois incontrôlable, elle est bête, se laisse facilement manipuler…

Généralement nous préférons l’ordre, ce qui est classé, trié, rangé, catalogué. Et pour ce faire on range par catégories, dans des tiroirs différents, on établit des frontières, on élève des murs, on met des cloisons. Alors tout devient plus clair : d’un côté les hommes et de l’autre les femmes, ici les croyants, là les mécréants, au dessus les chrétiens en dessous les non chrétiens, devant les bons, derrière les méchants…
Mais voici que cette fête de la Toussaint vient chambouler notre bel arrangement, elle fait sauter les cloisons, on mélange le tout et on retrouve la foule.
- « Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait » dit l’Evangile ! C’est donc au tout venant que Jésus propose ses béatitudes et son Royaume. Il ne s’adresse pas aux apôtres et aux disciples ou aux hommes religieux… c’est absolument à tous qu’il dit : « bienheureux ».
Quand nous parlons de bienheureux ou de saints nous pensons de suite à celles et ceux qui sont morts et que l’Eglise a canonisés tandis que Jésus nous fait comprendre que le bonheur n’est pas pour demain mais pour aujourd’hui. C’est la 1re cloison que Jésus fait sauter : les bienheureux ne sont pas seulement au ciel mais sur la terre. Ce n’est pas seulement pour demain mais pour aujourd’hui.
- Jésus fait aussi sauter une 2e cloison en s’adressant non seulement aux croyants mais à tous les hommes sans distinction, qu’ils soient religieux ou non. Il est vrai que l’Eglise a souvent monopolisé le Royaume des cieux en réglementant son accès par des lois et des règles comme si elle en était propriétaire. Remarquez que Jésus ne dit pas « bienheureux les pieux et les vertueux » mais « bienheureux les pauvres, les cœurs purs, les artisans de paix…le Royaume des cieux est à eux » !
- Enfin le livre de l’Apocalypse vient corriger une dernière illusion en faisant tomber une 3e cloison : le Royaume ce n’est pas pour une élite, un petit reste mais il est ouvert à tous : « Le Royaume c’est la foule immense de témoins que nul ne peut dénombrer : des femmes, des hommes de toutes races, langues et peuples… »

La fête de Toussaint comme toutes les grandes fêtes : Noël, Epiphanie, Pâques, Ascension, Pentecôte… nous manifeste que Dieu veut abolir toutes les cloisons, son amour n’a pas de frontière. Puissions-nous en cette fête nous regarder les uns les autres avec ce regard de Dieu qui nous invite à découvrir en l’autre tous ses germes de sainteté.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
(re)publié: 01/09/2019