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Tous les Saints (1/11) : Commentaire

Les origines de la Toussaint remontent jusqu’au temps où, les persécutions ayant cessé, l’Église éprouva le besoin de fêter en une célébration commune les innombrables martyrs connus et inconnus. L’Orient commémorait alors tous les martyrs le premier dimanche après la Pentecôte, comme fruits de l’Esprit qui avait animé ces héros de la foi. A Rome, la fête prit de l’ampleur quand l’empereur Phocas offrit au pape Boniface IV le temple païen du Panthéon. Tout naturellement, ce temple, consacré à tous les dieux, devint une église consacrée à tous les martyrs. En 610 le pape y fit transporter un grand nombre de reliques de martyrs, vingt-huit chariots pleins, dit-on (les catacombes en regorgeaient). La fête se célébrait au Temps pascal, comme fruit du triomphe pascal de Jésus. Pour des raisons toutes matérielles (il était difficile, à la sortie de l’hiver, de nourrir les nombreux pèlerins accourus vers les martyrs), Grégoire IV (827-844) déplaça la fête à l’automne et la fixa au 1er novembre, date qu’avait déjà retenue l’Irlande. Réservée jusque là aux seuls martyrs, la fête s’étendait désormais à tous les saints. Sa place à la fin de l’année liturgique se justifie comme un couronnement, une plénitude de la grâce du Christ et comme la vision de notre propre gloire future.

Une fête empoisonnée.

En la circonstance, les meilleures intentions ont été détournées de leur but : le saint abbé Odilon de Cluny (11e siècle) avait voulu associer les défunts à la fête de tous les saints. Aussitôt, les morts jetèrent leur drap funéraire sur la joie de la fête. La Toussaint est devenue le jour de l’année où l’on pense à ces chers disparus ; il est devenu triste, et beaucoup de ’“chrétiens”’ soupirent : Ah ! vivement qu’ils passent, ces jours de cafard ! Plaidons pour une dissociation entre la Toussaint et le Jour des Morts. Là où cela est possible (!) on gagnera à bénir les tombes un autre jour, afin de laisser à la Toussaint son caractère de fête, de fête triomphale. Car c’est bien de triomphe, de réussite finale qu’il s’agit, de fierté devant tant d’hommes et de femmes qui ont “fait” l’Église. Parlons de vie. La mort, c’est pour un autre jour. Et que la fête soit belle ; qu’elle réconforte le cœur ; qu’elle favorise les élans généreux, en projetant devant nos yeux tant de magnifiques exemples d’une sainteté possible !

Qui fêtons-nous ?

D’abord et avant tout Dieu lui-même. Toi seul es saint, dit le Gloria. Tu es la source de toute sainteté, enchaînent les prières eucharistiques, et la première préface de la Toussaint chante : C’est à toi que nous rendons grâce... car, en couronnant les mérites des saints, tu couronnes tes propres dons. La fête des saints est d’abord la fête du Saint par excellence.

Mais nos esprits comprennent mieux la sainteté divine en regardant ces hommes et ces femmes extraordinaires qui en sont le reflet. La lumière unique est réfractée en leur prisme et décomposée en une multiplicité d’exemples qui nous permettent de la lire, de l’admirer et de l’imiter.

JE CROIS À L’ÉGLISE, LA SAINTE !

Première lecture : Ap 7,2-4.9-14

L’Apocalypse est un livre surréaliste, dirait-on aujourd’hui. Codé, en tout cas, par des chiffres, des couleurs, des objets et des personnages symboliques.

Remarquons d’abord quatre anges dévastateurs, signes de la persécution dans laquelle les chrétiens sont plongés. Mais un autre ange monte du côté où le soleil se lève, du côté d’où viendra le Christ triomphal de la fin des temps. Il marque d’un sceau le front des serviteurs de notre Dieu, coutume antique pour déclarer siens et protéger un objet, une personne. Ce sceau nous a été “imprimé” par le baptême et la confirmation. Nous appartenons à Dieu ; il nous protège, non de l’épreuve, mais dans l’épreuve.

Ces marqués sont cent quarante-quatre mille. Ce n’est pas beaucoup ; même pas la population d’un département français. Le chiffre est évidemment symbolique : il a comme base de calcul les douze tribus d’Israël, relayées par l’Église chrétienne bâtie sur les douze apôtres du Christ ; douze mille fois douze, c’est le chiffre parfait multiplié par sa perfection. L’Église va donc au ciel dans sa plénitude.

Une deuxième vision montre l’accomplissement de la première. Jean voit une foule immense que nul ne peut dénombrer... de toute nation, race, peuple et langue. Cette foule est là, debout dans la position du vainqueur. En vêtements blancs, signes de la grâce reçue. Avec des palmes à la main, sans doute une allusion aux cérémonies de victoire quand devant l’empereur ou le général l’armée défilait dans l’amphithéâtre aux cris de salut, honneur... Ou serait-ce une allusion à la fête juive des Tabernacles quand, les palmes à la main, le peuple faisait une procession d’action de grâce pour la libération de l’Égypte et le don de l’Alliance ? En tout cas, le chant est de victoire. Il se clame devant le trône de Dieu et devant l’Agneau pascal, le Christ ressuscité.

Amen, louange, gloire... probablement une hymne liturgique de la communauté primitive que Jean transpose dans sa vision céleste ; elle doit être la dominante de nos eucharisties.

Cette foule immense est sauvée, non par ses propres actions, mais par l’action du Christ, par le sang de l’Agneau qui l’a purifiée.

Vision grandiose que Jean a décrite pour encourager les chrétiens persécutés à tenir dans leur foi. A la Toussaint, nous la lisons en portant notre attention plutôt sur le chiffre de la plénitude, les cent quarante quatre mille, sur l’Église qui va au ciel au grand complet - ainsi que sur la foule immense que personne ne peut compter. Réjouissons-nous ! Il n’y aura pas de chaises vides, comme souvent dans nos assemblées ! Le ciel sera plein, la bonté de Dieu triomphera de toutes nos résistances.

« VOUS ÊTES UNE SAINTE COMMUNAUTÉ... UNE NATION SAINTE », nous dit Pierre (1P 2,5.9). Chacun de nous sait que ce n’est pas vrai, que nous sommes un ramassis de pécheurs qui l’avouons d’ailleurs hautement, dès le début de nos assemblées eucharistiques. Mais comme un fils de nobles reste un noble dans sa mauvaise conduite, notre état de fils et de filles de Dieu nous colle à la peau, a pénétré nos os et n’en sortira plus. Nous appartenons à Dieu, nous lui sommes consacrés, nous avons été “sanctifiés” par le baptême. C’est à notre gloire et à notre confusion. Que du moins la conscience d’être encore si loin de notre idéal soit l’épée dans les reins qui nous pousse à presser le pas.

Psaume : Ps 23

Qui peut gravir la montagne du Seigneur, celle des béatitudes ? Qui peut se tenir dans le lieu saint où réside Dieu, la Sainteté même ? Qui peut chanter le cantique de louange devant le trône et l’Agneau ?

L’homme au cœur pur... qui ne livre pas son âme aux idoles, celui qui vient de la grande épreuve (première lecture).

Voici le peuple, la foule immense que nul ne peut dénombrer, de toute nation, race, langue (première lecture).


LE CALENDRIER DES SAINTS

Au cours des siècles, ce calendrier s’est tellement gonflé qu’il écrasait le cycle liturgique aux dépens des dimanches et fêtes du Seigneur. Il a bien fallu le réordonner et faire un choix. Alors que l’ancien calendrier comptait une majorité écrasante de prêtres et de religieuses - presque exclusivement européens - le nouveau (1969) a intégré des saints marquants de chaque siècle et de chaque région du monde, ainsi que davantage de laïcs et de gens mariés. Si des saints ont disparu du calendrier universel, leur célébration locale n’en est pas supprimée pour autant : chaque région, chaque paroisse gardent celui et ceux qui leur sont propres.

Deuxième lecture : 1 Jn 3,1-3

Un des thèmes favoris de Jean chante ici sa splendide mélodie : grâce à Jésus nous sommes entrés dans une nouvelle relation à Dieu. Voyez, contemplez, admirez avec les yeux du cœur éclairés par tout ce que Jésus nous en a dit : Voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés ! C’est grâce, pure grâce ; nous sommes comblés. Nous le savons, mais c’est trop souvent un savoir théorique. Il nous faut le savoir toujours à neuf, c’est une véritable découverte. Il y faut la foi ; aussi le monde, celui qui n’a pas la foi, ne peut pas nous connaître tels que nous sommes. Il sourit. Il nous prend pour des naïfs. Mais qui sommes-nous donc ? Les enfants de Dieu, ni plus ni moins ! Le réalisons-nous sans trembler d’effroi et de joie tout ensemble ? Comme Jésus, nous pouvons appeler Dieu notre Père, avec tout ce que ce mot audacieux recèle d’intimité, de liens du cœur, de noblesse, de fierté. Il y a entre Dieu et nous un abîme que nous ne saurions franchir. Christ a jeté un pont entre Dieu et nous ; désormais, nous sommes de la famille de Dieu. C’est à vous couper le souffle !

Nous ne faisons que le soupçonner. Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ; nous le voyons comme à travers un épais brouillard. Mais lorsque le Fils de Dieu, Jésus, paraîtra dans sa gloire, à notre mort et à la fin des temps, alors son éclat rejaillira sur nous et il épanouira dans sa splendeur ce qui n’en encore que timide bourgeon. Nous serons alors semblables au Christ tel qu’il est depuis sa résurrection. Divinisés ! Mieux que ne pouvait le penser le serpent du paradis terrestre et avec lui, toute la littérature contemporaine : « Vous serez comme des dieux ! »

Nous le verrons tel qu’il est. Face à face, dans une vision directe, sans intermédiaire. Comment le dire ? Nous balbutions ! Mais ce sera ainsi. Quelle joie ! Dès aujourd’hui !

Évangile : Mt 5,1-12a

Une des pages centrales de l’Évangile. La charte du christianisme. Les attitudes fondamentales. Moins la carte routière détaillée que l’aiguille magnétique qui indique la direction.

Et pour en montrer l’importance, Matthieu commence son récit par : Jésus gravit, non une montagne parmi d’autres, mais LA montagne, précision moins géographique (ce fut sans doute une de ces collines aux pentes douces descendant vers le lac) qu’une localisation spirituelle : comme Yahvé avait donné son Alliance et sa charte des dix commandements sur la montagne du Sinaï, ici Jésus promulgue sa charte à lui, plus importante encore que la première. Jésus s’assit, tel le maître pour enseigner la Torah, la Loi, en un geste majestueux de douce autorité. Il ouvrit la bouche pour parler, autre mot solennel pour montrer l’importance de ce qui va se passer.

Heureux ! Ah ! Qu’ils ont de la chance ! Ah ! Quel bonheur ! C’est un cri. La joie est proclamée. Le texte grec trahit un rythme, un élan. Aucun interdit, aucun commandement. Rien de mesquin. Jésus propose, il ouvre des portes : si tu veux.

Heureux les pauvres de cœur. Oui, quelle chance tu as si, dans l’immense supermarché de nos sociétés gavées, tu sais avancer sans t’alourdir de biens futiles, si ton cœur reste libre, si tu sais te contenter de moins. Heureux es-tu, si tu sais te dépouiller de toi-même, du gros égoïsme qui envahit chacun de nous. Heureux es-tu si, plus profondément encore, tu sens les limites foncières de l’homme, sa pauvreté essentielle, et qu’alors monte en toi l’autre désir, celui de Dieu. Fais le vide en toi et tu seras capable d’accueillir Dieu lui-même. Son Royaume est à toi.

Heureux les doux. Ne sois ni un doucereux fade, ni un faible de caractère. Mais sois habité par une telle passion de la vérité, une telle force d’âme que tu ne recours plus à la violence. Tu es alors tellement vrai que la vérité s’imposera par ton rayonnement intérieur. Tu seras doux parce que tu auras su marier la passion pour le droit avec le respect de ton opposant.

Heureux ceux qui pleurent. Ne sois ni un pleurnichard, ni un pessimiste. Mais non plus cet optimiste superficiel qui se contente de petits bonheurs au rabais. Souffre, pleure de voir la bêtise humaine gâcher le plan de Dieu. Sois triste de voir le mal triompher si souvent. Loin de te paralyser, cette tristesse te poussera à l’action. Plus profondément, aie un regard aigu pour percer la vanité des choses et mesurer les “réussites” terrestres, si courtes, si brèves. Alors tu sentiras en toi une blessure, comme un mal du pays après un autre bonheur, après Dieu lui-même.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice. La justice sociale, mondiale, bien sûr. Plus profondément, la justice de Dieu. Que tu sois juste, comme on dit de quelqu’un qu’il chante juste. Sois en “accord” avec Dieu, en “harmonie” avec ton moi. Hélas ! Il y a bien des couacs dans ta vie. Ce qui compte, c’est de tendre à cet accord, d’avoir faim et soif de cette justice, de Dieu lui-même.

Heureux les miséricordieux. Sais-tu qu’en araméen ce mot vient de ‘matrice’, qu’il indique donc une attitude puissamment féminine ? Eh bien, sois maternel ! Aime l’autre comme une femme aime l’enfant qu’elle a porté, même s’il est ingrat. Ta bonté n’a rien à voir avec de la faiblesse. Simplement ne juge pas. Aie pitié. Comme le bon Samaritain, descends de la monture de tes suffisances, penche-toi, tends la main, panse la plaie.

Heureux les cœurs purs. Pense moins à la pureté sexuelle qu’à ce qui la conditionne. A la limpidité de ton cœur. Qu’il soit comme un vitrail accueillant la lumière et l’amplifiant. Le contraire : l’opacité à Dieu et aux autres. Plus que ton habit et que ton corps, pur soit ton cœur, le lieu où habitent tes pensées les plus secrètes. Sois net, clair. Sois ouvert aux autres. Sois transparent à Dieu.

Heureux les artisans de paix. Nous sommes tous pour la paix. La fais-tu ? Sois en l’artisan. Fais le premier pas. Le dialogue, voilà la chose la moins partagée au monde. Ne cherche pas à faire passer tes idées personnelles à tout prix. Fais des concessions, fût-ce aux dépens de ton amour-propre. Enlève ce qui est germe de haine : l’injustice installée, le mépris de l’autre. Fais comprendre à notre Occident qu’il prépare de terribles conflits avec son égoïsme de riche. Travaille à la paix en favorisant le dialogue entre les peuples. Autant qu’il est en ton pouvoir. Et tu peux beaucoup, ne fût-ce qu’en respectant l’étranger près de toi ou en correspondant avec un Africain.

Heureux ceux qui sont persécutés. Alors là, c’est le bouquet. Pourtant, si tu cherches à vivre ces sept béatitudes (le chiffre sept était sacré, symbolique), inévitablement tu auras des ennuis. Ton idéal est dangereux. Il met en cause les égoïsmes bien installés. Sauras-tu encaisser pour tes principes ? Accepter qu’on t’insulte, te persécute ? Si, dès la première difficulté, tu rentres tes certitudes (?) comme l’escargot ses antennes, alors ces certitudes ne valent rien, tu n’es pas vrai. Et tu ne seras jamais vraiment heureux. Si, par contre, tu vis sans compromission, tu sentiras une forte paix envahir ton cœur. Réjouis-toi, sois dans l’allégresse.

A ces béatitudes est promis le bienfait messianique, répété deux fois au début et à la fin en une manière d’inclusion : le Royaume des cieux - Dieu lui-même - est à eux. Ce bienfait unique est détaillé en une variété de dons, adaptés à chaque béatitude, et qui sont autant de citations empruntées aux prophètes : obtenir la terre promise, être rassasié, jouir de la consolation d’Israël, voir Dieu, être son fils, obtenir miséricorde - qu’est-ce d’autre sinon, dans la richesse de sa diversité, l’unique bienfait : Dieu lui-même ?

Enfin, remarquez que les béatitudes ne séparent jamais Dieu et mon frère. Celui qui est pauvre, petit devant Dieu l’est aussi devant son prochain. Tantôt le rapport à Dieu est accentué (ceux qui pleurent, les cœurs purs...), tantôt le rapport au frère (les doux, les miséricordieux) en un va-et-vient les unissant inséparablement.

Pourquoi sommes-nous si tristes alors que le message de Jésus parle tant de joie ?

Parce que nous ne vivons pas les béatitudes ; ou si mal. Or la médiocrité n’a encore jamais rendu heureux personne. Aucun code n’a jamais fabriqué des amoureux. Il faut dépasser le code, fût-il celui des dix commandements, pour vivre les béatitudes. Elles sont l’élan d’amour, elles nous donnent ce regard aigu sur la vanité des choses et nous font ressentir une immense faim de Dieu. Par là même, elles nous sortent de notre égoïsme pour nous faire aimer l’autre. Nous ne serons heureux qu’ainsi. Voulons-nous y mettre le prix ? Qu’attendons-nous ?

Comment se fait-il que les béatitudes soient si peu connues ?

Elles ne figuraient même pas dans le catéchisme de mon enfance. Les dix commandements oui, et en gros caractères ; et il fallait les apprendre par cœur. Combien de chrétiens sauraient réciter les béatitudes sans trébucher dès la deuxième ou la troisième ? Pourquoi l’oubli de ce texte si fondamental ? Parce qu’il nous embête. Il est exigeant, si exigeant qu’on l’a réservé à l’élite. Les dix commandements seraient obligatoires, les béatitudes seulement conseillées. Erreur monumentale ! Les béatitudes contiennent l’Évangile dans sa fraîcheur, sa source, son élan. Que fait un couple s’il veut se retrouver après des années d’habitudes ? Il oublie les codes, il revient à son premier amour.

Une mauvaise présentation des béatitudes, dont, nous chrétiens, sommes les premiers responsables, y a fait lire un énorme contresens dans lequel s’est engouffré le gros de la littérature des cent cinquante dernières années. Nietzsche y a lu un programme pour débiles et pleurnichards ; Marx l’opium du peuple : « Heureux vous, les pauvres, ne vous défendez pas, vous aurez en récompense le ciel - plus tard. »
Quand on pense que c’est la page d’Évangile qui contient le plus d’explosif ! Et que de l’observer provoque un tel remous que les égoïsmes se rebiffent et déclenchent la persécution que “promet” le dernier verset !


Un Saint Patron

Longtemps, un prénom chrétien fut obligatoire pour le baptême. L’Église ne l’exige plus, à cause de la réticence des pays du tiers-monde pour des noms européens. Souhaitons à ces régions des saints autochtones dont elles pourront porter le nom avec gloire.

Pour nous, l’usage garde toute sa valeur. Que nos parents chrétiens sachent résister aux modes passagères et renoncer à leurs goûts (parfois farfelus) pour penser à leur enfant. A vingt ou quarante ans, celui-ci devrait encore porter son nom avec fierté, et avoir, dans son saint patron, un modèle sympathique, exaltant, entraînant.


La galerie des grands hommes

Quel Français n’est fier de parcourir le Panthéon où reposent les dépouilles de ses grands hommes - quel noble ne contemple avec admiration les tableaux de ses ancêtres dont il a hérité le nom, les vertus et les devoirs !

Et nous ne serions pas fiers de ces martyrs qui ont résisté à l’absolutisme des pouvoirs, de ces réformateurs qui ont redressé l’Eglise, de ces missionnaires qui ont sillonné le monde, de ces cœurs généreux qui se sont vendus pour délivrer les captifs, qui se sont dévoués aux lépreux, qui ont ouvert des hospices pour filles perdues, des écoles pour analphabètes - sans oublier ces contemplatifs retirés du monde pour en contester la superficialité ?

Ces hommes et ces femmes sont notre fierté. Ils nous ont, en quelque sorte, anoblis.

Mais noblesse oblige et, si nous les admirons, imitons-les aussi.

Apprenons d’eux à aimer le Seigneur avec tendresse. Ils en étaient éblouis, ils le rayonnaient.

Apprenons d’eux à être fils et filles de l’Église, à la servir ; et si nous la critiquons, comme ils n’ont pas eu peur de le faire, que ce ne soit jamais avec amertume, mais avec un cœur passionné pour elle - et en commençant par nous réformer nous-mêmes.

Apprenons d’eux à respecter l’homme et à nous dévouer à lui. C’est d’eux que nous apprendrons à joindre l’amour et la tendresse au combat pour la justice. Ils sont les plus beaux visages de l’humanité, parce qu’ils sont des visages de Dieu.

Les soldats inconnus

A côté de ces hommes et de ces femmes extraordinaires, il y a les saints inconnus. Et ils sont les plus nombreux. Car la sainteté ne se mesure pas au spectaculaire, mais à l’intensité de l’amour. Sans bruit ils ont fait leur devoir... un peu, beaucoup. Pensons à ces mamans aux nuits vides de sommeil et pleines de sollicitude, à ces pères de famille rapportant dans leur maigre paye un cœur tout dévoué aux leurs, à ces malades dominant l’amertume par leur union au Christ souffrant, à ces syndicalistes qui ont préféré la justice à l’avancement, à ces missionnaires partis au loin porter l’Évangile et supporter moustiques, malaria et solitude... Parmi ces “inconnus” nous en connaissons quelques-uns : nos parents qui nous ont tant donné, tel éducateur, tel prêtre, tel ami qui nous ont dirigés vers les belles exigences. Nous les honorons aujourd’hui, nous les vénérons, nous les prions. Nous cherchons à leur ressembler. Car cette sainteté-là, c’est la nôtre.


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 01/09/2018