Vigile pascale (4/4) : Commentaire

Pour résumer ce long article en utilisant l'Intelligence artificielle de Mistral AI, Paris, France, d'abord une vérification que vous êtes un être humain...

Au temple de Jérusalem il fallait traverser des cours successives pour arriver à l’édifice central. Dans celui-ci, le grand prêtre passait du sanctuaire au Saint des saints. Ainsi avons-nous traversé les dimanches du Carême jusqu’au triduum pascal, à l’intérieur duquel nous pénétrons maintenant dans le Saint des saints du mystère pascal. C’est le sommet du sommet.

Nuit bienheureuse que ne saurait concurrencer la nuit de Noël (malgré sa popularité), car celle-ci n’est qu’en vue de celle-là : Christ est venu (à Noël) pour nous libérer (à Pâques). Sans cette Nuit, toute la liturgie chrétienne flotte à la dérive : si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est creuse, il n’y a rien dedans () ; mais si le Christ est ressuscité, nous ressuscitons tous avec lui (ibidem).

Pendant les premières années du christianisme, toutes proches encore de l’événement, la communauté célébrait le Christ pascal chaque lendemain de sabbat, appelé dès lors dies-dominica (di-manche), jour du Seigneur ressuscité. Elle se rassemblait de nuit et veillait jusqu’à l’aube, pensant que le Christ reviendrait comme il était ressuscité, à l’aube d’un dimanche.

Très vite, et peut-être dès la fin du premier siècle (Paul a déjà christianisé la Pâque juive : ), la nuit de Pâques est célébrée avec plus d’éclat (la dispute pour en fixer la date remonte au milieu du 2e siècle). Saint Augustin l’appelle “la mère de toutes les veillées”.

Au neuvième siècle, on voit déjà l’office se célébrer le samedi après-midi. Un changement dans la pratique du jeûne conduisit finalement à décaler l’office au samedi matin avec tous les illogismes possibles (veillée nocturne en plein jour...). Ces contresens ont leur origine dans une lente dissolution du mystère de Jésus en fêtes particulières sans lien profond entre elles.

Ainsi le mystère pascal n’était-il plus compris comme un tout, et l’on célébra les fêtes en “pièces détachées”.

Le décret de Pie XII, du 9 février 1951, restaurant la liturgie antique de la Veillée nocturne, peut être considéré comme l’heureux aboutissement d’un long effort liturgique et le point de départ de la réforme conciliaire renouvelant la liturgie en son entier.

C’est donc une fête de la nuit, une veillée qui, en stricte liturgie, devrait se prolonger jusqu’au petit matin, comme cela s’est longtemps pratiqué. Que, du moins, on n’en vienne plus aux illogismes et à la perte de sens de la Semaine sainte d’avant le concile quand, parce que “c’est plus pratique”, on fête une liturgie de la nuit alors qu’il fait encore clair. Invoquer le pratique, le soi-disant bien des fidèles est ici déplacé, car c’est leur rendre un mauvais service que de les obliger à des contresens.

Du point de vue psychologique, il faut aussi choisir une autre heure que celle où se célèbre ordinairement la messe le samedi soir, pour ne pas donner l’air d’une messe du samedi soir un peu plus longue et plus compliquée. Il s’agit de bien marquer le caractère exceptionnel de cette Veillée. Et que l’on prenne son temps ! Ce soir, il ne faut pas être pressé. Expédier cette liturgie en 40 minutes pour courir en bâcler une autre dans le même essoufflement, est-ce encore “la Nuit de vrai bonheur” ? Ici, plus qu’ailleurs s’impose une réduction du nombre des offices. Que l’on se rassemble dans une église centrale où les prêtres des environs pourront célébrer une liturgie digne avec une assemblée consistante et un peu d’éclat.

PLAN DE L’OFFICE

L’office a une unité merveilleuse. Tout est Pâque, c’est-à-dire passage : l’assemblée passe de la place devant l’église à l’intérieur du sanctuaire ; les lectures méditent le passage du tohu-bohu à l’ordre créateur, de la mer Rouge à la Terre promise, du cœur de pierre au cœur de chair et, bien sûr, du Christ souffrant au Christ de gloire ; les catéchumènes “passent” les eaux du baptême ; enfin nous-mêmes qui renouvelons notre profession de foi, nous voulons passer d’une vie résignée à une vie plus engagée. Le tout dans le passage de la tristesse à la joie pascale, du jeûne au repas eucharistique avec le Ressuscité.

La Veillée se structure comme suit :
1. Célébration de la Lumière où, dans le feu et le cierge pascal, s’exprime la joie de notre libération.
2. Célébration de la Parole : elle est plus développée qu’à l’habitude, l’assemblée y médite les “merveilles”, les grandes étapes de cette libération.
3. Célébration du Baptême dans lequel les catéchumènes reçoivent sacramentellement cette libération, et où nous renouvelons nos propres engagements.
4. Célébration de l’ Eucharistie, le sommet du tout, la communion par excellence au mystère de la libération pascale.

1. OFFICE DE LA LUMIÈRE

La fête - la fête des fêtes - commence avec la bénédiction du feu nouveau et du cierge pascal. Un beau feu neuf, flambant, symbole de l’Esprit qui anime le Christ ressuscité. Le cierge pascal représente le Christ, plus lumineux que la colonne de feu qui guidait Israël dans sa marche vers la Terre promise. A la suite de ce Christ-lumière nous pénétrons dans l’église sombre, en chantant par trois fois : Lumière du Christ - nous rendons grâce à Dieu. Le ton est donné : toute cette liturgie sera action de grâce.

Quand tous sont entrés dans l’église, un diacre chante l’éloge du cierge pascal. Pour peu qu’on ait encore le sens du signe et des symboles, cet éloge saisit le cœur quand, au milieu d’une mer de cierges faisant bouger les chapiteaux des colonnes et les visages radieux des fidèles, monte, légère, la mélodie unique de l’Exultet : Exultez de joie. Louange de la Nuit, éloge de la Lumière, correspondance merveilleuse entre Israël passant la mer Rouge et l’Eglise en route. Cris audacieux : Ô faute bienheureuse d’Adam qui nous vaut un tel rédempteur ! Action de grâce. Prière pour le monde. Chant inégalé auquel il faut donner l’éclat serein qu’il mérite et pendant lequel ne devrait pas manquer la vive acclamation de l’assemblée.


Le cierge pascal a son origine dans la coutume romaine de faire brûler deux énormes cierges, de la grandeur d’un homme, la Nuit de Pâques. Les rites gallo-francs se contentèrent d’un cierge unique et le chargèrent de symboles. Ils en firent un véritable personnage, le Christ, représenté dans sa passion glorieuse par cinq grains d’encens qui signifiaient les cinq plaies. Le chiffre de l’année en cours, gravé dans la cire, proclame le Christ maître du temps et de l’histoire.

Ce cierge est porté en procession au début de la Vigile pascale, et tous les cierges de l’assemblée s’allument progressivement à lui, au triple cri : Lumière du Christ ! L’Exultet le chante en un lyrisme débordant. Il tient une place de choix au chœur jusqu’à la Pentecôte (et non seulement jusqu’à l’Ascension comme autrefois). Le reste de l’année, il est mis à une place digne, de préférence près des fonts baptismaux où les cierges du baptême s’allumeront à son feu. La coutume se répand de plus en plus de le faire brûler aux enterrements, en flamme de résurrection.


2. LITURGIE DE LA PAROLE

Après le chant de la Lumière, on s’assied pour méditer à loisir de grands et beaux textes, un véritable survol des étapes du plan de Dieu. Toujours en fonction de la résurrection du Christ, du baptême des néophytes et, bien sûr, du renouvellement de nos propres promesses baptismales.

De l’Ancien Testament nous sont proposées sept lectures. Leur choix est guidé par une tradition qui remonte à la liturgie juive. Celle-ci, dans la nuit pascale, commémorait les "quatre nuits" : celle de la création du monde (notre première lecture), celle du sacrifice d’Abraham (notre deuxième), celle du passage de la mer Rouge (notre troisième) et celle de la venue du Messie (nos trois dernières lectures). La liturgie, à son corps défendant, concède qu’on n’en lise que trois, dont toujours, obligatoirement, celle du passage de la mer Rouge. Si l’on fait un choix, le meilleur sera celui des “quatre nuits”.

Ces lectures, plus longues qu’à l’ordinaire, comme il se doit pour cette Veillée unique, livreront toute leur richesse si une brève introduction fait le lien entre ce qui est lu et ce qui est vécu par l’assemblée ; si la communauté prend une part active en répondant par le psaume ou un cantique approprié ; si chacune des étapes est bien ponctuée par une oraison plus solennelle qu’à l’ordinaire (elles proviennent toutes du sacramentaire gélasien - 7e siècle).

Comme des amoureux qui reprennent l’album de famille pour y relire leur amour, depuis les premières rencontres jusqu’à la naissance des enfants, déroulons les grandes étapes du plan d’amour qui aboutit à la Pâque du Christ et à la “naissance” des catéchumènes en cette Nuit bénie. Qui aboutit, bien sûr aussi, à notre “renaissance” dans le renouvellement de nos propres promesses baptismales.

Première lecture : Gn 1, 1-2,2

La création

Ne cherche pas dans ce récit “comment ça s’est passé”. Car c’est un poème qui chante la grandeur de Dieu, la beauté de sa création, la puissance de l’homme appelé à créer lui-même - et la source du tout : Dieu qui nous donne son amour. Toi, homme, réponds-lui en lui donnant le tien. Chante : Et Dieu vit que cela était bon. Regarde comme c’est bon, la création. Emerveille-toi. Réjouis-toi d’être là, de respirer, de chanter...

Mais il y a un mais. Par l’autre bout de la lunette, nous voyons un monde mal fait. Et Dieu vit que ce que faisait l’homme n’était pas bon. Alors il envoya Jésus qui, dans son corps ressuscité, inaugure une nouvelle création. Et c’est cela, en fin de compte, que tu chantes, la deuxième création en Christ. "Dieu qui fais merveille en créant l’homme et plus grande merveille en le rachetant..." dira l’oraison qui conclut ce premier épisode.

Premier Psaume : Ps 103

Hymne au Dieu créateur

Bénis le Seigneur, ô mon âme ! Seigneur, mon Dieu tu es si grand ! Quelle profusion dans tes œuvres : lumière, terre, sources, montagnes, oiseaux, troupeaux. Tout cela, ta sagesse l’a fait. Mais surtout, ô mon âme, bénis le Seigneur d’avoir tout recréé en Jésus, le Ressuscité.

Deuxième lecture : Gn 22, 1-13,15-18

Le sacrifice d’Abraham

Ce récit ne devrait pas être omis. C’est, des lectures, la seule qui relie cette liturgie au Vendredi saint. Comme le Vendredi saint a été célébré dans l’éclairage de la résurrection, celle-ci ne saurait l’être que sur le fond du sacrifice de la Croix.

Mais ce récit est redoutable. A première lecture, il rebute. Dieu demande à Abraham l’impossible, sacrifier son fils ! Mais ne m’y retrouverais-je pas, moi à qui Dieu demande aussi, l’une ou l’autre fois dans ma vie, l’apparemment impossible, sacrifier ce que j’ai de plus cher, ma santé, mon partenaire, mon enfant, une situation...? Subir le sacrifice dans la révolte et s’installer dans l’amertume ne mène à rien. Seul celui qui s’abandonne à Dieu dans la confiance accède à un niveau supérieur où le sacrifice portera ses fruits.

Mais, en cette nuit, c’est bien LE sacrifice par excellence qui se profile derrière celui d’Abraham et les nôtres. Celui de Dieu lui-même. Quand il ne put se résigner au gâchis de sa création, l’Amour vint parmi les hommes. Il savait qu’il serait écrasé par la masse énorme d’indifférence, d’égoïsme, de haine dont les pharisiens et la foule n’étaient que les pâles figurants. L’Amour n’a pas hésité. L’Amour s’est sacrifié. Mais comment tuer l’Amour ? On eut beau le percer d’une lance et rouler une lourde pierre sur lui, Il a fait sauter la masse, au matin de Pâques. Il a resplendi. Et nous chantons ce soir, les strophes de l’Amour blessé avec le refrain du triomphe.

Deuxième Psaume : Ps 15

Seigneur, j’ai choisi. Tu es mon partage. J’ai confiance, tu es à mes côtés dans la souffrance, à ma droite. Avec toi je suis inébranlable. Tu ne peux m’abandonner à la mort définitive, pas plus que tu n’as laissé ton Fils voir la corruption ().

Aussi, en cette Nuit où je fête sa (et ma) victoire sur la mort, mon cœur exulte, mon âme est en fête.

Troisième lecture : Ex 14, 15-15,1a

La libération d’Israël dans le “passage de la mer Rouge”

Récit capital, quoique assez éloigné de nos sensibilités. On entre bien dans le texte quand on sait que le passage de la mer Rouge (vers 1500 avant J.-C.) était, pour l’Israël d’alors, ce qu’est, pour le Français, Bouvines ou la prise de la Bastille, quand le pays devint la France ou que le peuple conquit sa liberté. Ainsi l’événement de l’exode avait-il donné à ce peuple sa liberté et sa consistance. Toujours le peuple élu se référera à cette merveille que fit pour nous le Seigneur, et que la Bible, pour en souligner l’importance, décrit en un style épique, aux images volontairement gonflées, à la manière de notre Chanson de Roland.

Le jeune christianisme n’a pas eu de peine à transposer ces faits dans la merveille par excellence qu’était pour lui le passage du Christ de sa vie terrestre à sa vie de gloire, ou encore le passage du catéchumène par les eaux libératrices du baptême. Ces deux faits étant l’un commémoré, l’autre accompli pendant cette Nuit sainte, la lecture de ce texte se trouve être au centre de la méditation nocturne. Elle ne saurait, en aucun cas, être omise.

Quelle libération ?

La libération est tantôt politique, quand l’Europe chasse le Maure ou Hitler - économique, quand l’industrie s’affranchit des trusts étrangers - sociale, quand une classe conquiert ses droits - biologique par les luttes contre la mortalité, la faim...

Pour ces libérations, l’homme utilise tantôt la science, tantôt la violence syndicale, tantôt le fusil - ou plusieurs choses à la fois.

Jésus n’use d’aucun de ces moyens. Pourquoi ? C’est qu’il veut une autre libération - en plus profond. Il descend jusqu’à la racine de toutes nos aliénations, jusqu’au cœur loin de Dieu.

Aussi ses moyens de libération à lui sont-ils déconcertants, au point que les apôtres eux-mêmes s’enfuient du jardin de l’agonie, désemparés. Lui, il se laisse enchaîner, conspuer, condamner injustement. Il meurt sur une croix. Et il nous demande de prendre la croix à sa suite, de laver les pieds des autres. Il nous invite à devenir serviteur au lieu de maître, à nous mettre du côté des victimes.

Folie aux yeux des efficaces. Scandale de la croix. Sagesse supérieure qui a donné naissance à une Eglise attentive aux opprimés, aux rejetés.

Retrouvons-nous à côté d’autres pour les libérations politique, économique, sociale. Mais que notre horizon libérateur soit plus large et notre action plus profonde encore ! Les autres libérations ne pourront qu’y gagner.

Premier Cantique : Ex 15

Un cantique est une hymne qui ne se trouve pas dans le Livre des psaumes : ainsi le Magnificat. Le cantique que voici suit immédiatement le récit du passage de la mer Rouge.

Hymne guerrière. Hymne triomphale.

Je célèbre mon Dieu, je l’exalte. Car ce ne sont plus les chars du Pharaon et l’élite de ses chefs qui sombrent dans la mer Rouge ; c’est la mort qui a sombré, l’abîme la recouvre. Christ l’a vaincue.

Qui est comme toi, Seigneur, toi qui as fait le prodige de ressusciter Jésus ! Toi qui amènes de nouveaux membres à nos communautés et les fais habiter dans le sanctuaire, l’Eglise.

Quatrième lecture : Is 54, 5-14

La protestation d’amour

Nous sommes ce peuple élu qui avait abandonné Dieu. Dieu, blessé, s’était mis en colère. Comment eût-il pu rester indifférent ?

Mais il aime toujours Jérusalem, notre communauté. Bien qu’il soit le Seigneur de toute la terre, de tous les hommes, il t’aime, toi, d’une façon particulière. Et le mot passe à peine les lèvres, tant il est audacieux : Dieu est... ton époux.

Et de renouveler, par un serment, sa déclaration d’amour : Je le jure, quand les montagnes changeraient de place, mon amour pour toi ne changera pas.

Pauvre Jérusalem, pauvre communauté affaiblie par les compromissions au-dedans, battue par la tempête au-dehors ! Je vais te redresser, te couvrir de pierres précieuses, de saphirs, de cristal. En cette Nuit bénie, tu seras délivrée de l’oppression !

Troisième Psaume : Ps 29

Je t’exalte, chante le Christ ressuscité, tu m’as fait revivre quand j’allais à la mort. Le deuil du Vendredi saint est changé en une danse.

Fêtez le Seigneur, vous ses fidèles ; en cette Nuit bienheureuse ne cessez de rendre grâce !

Cinquième lecture : Is 55, 1-11

La promesse de l’eau vive, de l’alliance éternelle, de la parole efficace, du repas savoureux. Dons que le Christ nous offre en cette Nuit bénie.

Vous tous dont le cœur est aride et qui avez soif, soif d’absolu, de Dieu - voici de l’eau, l’eau de la grâce. Vous qui vous êtes fatigués pour des bonheurs qui ne rassasient pas et qui vous ont coûté cher, - venez et consommez sans rien payer, même si vous êtes sans mérites, même si vous n’avez pas d’argent.

C’est grâce, pure grâce.

Écoutez la voix. Prêtez l’oreille. Et vous vivrez - bien autrement ! Car voici ce que dit Dieu : Je ferai avec vous, en Jésus, une alliance éternelle. Cette alliance se fera en ce nouveau David dont j’ai fait un témoin de mon amour pour toutes les nations. Il sera un guide, un chef, non seulement pour toi, communauté chrétienne, mais pour tous les peuples. Des nations, des civilisations entières que tu ne connais pas et qui, de leur côté, t’ignorent, accourront vers toi.

N’hésitez pas un instant. Cherchez le Seigneur... tant qu’il est proche. Bientôt il sera trop tard. Toi, méchant, pervers, qui te trompes de direction, abandonne ton chemin. Reviens vers le Seigneur.

Laissez vos plans mesquins, vos doutes et vos hésitations. Car j’ai un plan d’amour sur vous qui est bien autrement grand que vos petits projets courts. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins au-dessus des vôtres.

Allons ! Confiance ! Ce que je vous promets se réalisera. Aussi sûr que la pluie et la neige qui descendent des cieux ne retournent pas aux cieux sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée - aussi sûr ma parole, le Christ, Verbe du Père, ne retournera pas sans avoir accompli sa mission.

Soif de Dieu, invitation à boire à sa source, appel à la conversion, rappel de l’Alliance, perspectives universelles, temps qui passe, certitude de la réussite du plan divin... tout cela se chevauche et se presse dans ce beau poème qui conclut le deuxième livre d’Isaïe. Ce poème prophétique veut, à l’avance, nous ouvrir le cœur au Christ manifesté en son baptême. Il veut nous faire entendre, déjà, la voix du Père au-dessus des eaux du Jourdain.

Deuxième Cantique : Is 12

Rendez grâce au Seigneur ! Jubilez ! Criez de joie !

Voici le Dieu qui me sauve. Il me donne la liberté profonde du cœur. Il délivre l’humanité des chaînes de l’absurde, de la mort définitive. Il est le salut.

Proclamez-le, en cette Nuit de délivrance. Annoncez-le parmi tous les peuples, à tous les hommes !

Sixième lecture : Ba 3, 9-15,32-4,4

La vraie sagesse

Elle est personnifiée : elle est apparue sur terre, elle a vécu parmi les hommes. C’est le Christ, soleil pascal qui, par sa resplendissante lumière, nous a découvert les chemins de la connaissance : connaître moins d’un savoir intellectuel que connaître par le dedans, expérimenter, vivre avec.

Cette Nuit, tu vas renouveler tes promesses baptismales. Reviens au Christ, la vraie Sagesse. Marche vers sa splendeur.
Quelle chance tu as ! Heureux es-tu !

Quatrième Psaume : Ps 18

La sagesse louée dans la lecture est ici appelée loi, charte, précepte, commandement. Si déjà, dans l’Ancien Testament, ces mots désignaient moins un système juridique que la Parole de Dieu, combien plus expriment-ils notre attachement à l’Evangile, la charte du Ressuscité, plus savoureuse que le miel.

Oui, Seigneur, j’aime tes préceptes, ils réjouissent le cœur, ils clarifient le regard.

Septième lecture : Ez 36, 16-17a,18-28

Le cœur nouveau et l’esprit nouveau

Les quatre dernières lectures sont étroitement parentes. Toutes elles gravitent autour du thème de la Nouvelle Alliance, dont les premières lectures avaient déroulé les étapes préparatoires. De ces dernières lectures la septième est, assurément, la plus belle.

Un début sombre : Les gens d’Israël souillaient leur pays par leur conduite et par toutes leurs actions idolâtres. Alors ils durent en porter des conséquences : ils ont été disséminés dans les pays étrangers, déportés. Nous n’avons pas fait mieux. Nous aussi, nous avons couru les petits dieux et les gros : l’argent, le pouvoir, l’amour irresponsable... Nous nous sommes distancés de Dieu.

Ils ne méritaient pas que Dieu s’occupât encore d’eux. Ce n’est pas pour eux que je vais agir, mais pour mon saint nom, parce que je ne suis pas comme vous. Je suis saint, différent, tout autre. Je suis le fidèle que vous avez bafoué par vos trahisons.

Et que va faire Yahvé ? Je vous rassemblerai de tous les pays. L’unité sera refaite. Je vous ramènerai sur votre terre. C’est ici que le texte se met à parler, à dire ce qui va se passer dans cette Nuit pascale : les catéchumènes vont entrer dans la terre qu’est l’Eglise. De toutes vos idoles vous serez purifiés. Vous renoncerez au paganisme d’aujourd’hui. L’eau du baptême vous en lavera, vous en purifiera. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. Vous serez transformés, vous changerez de mentalité. Je mettrai en vous mon Esprit (le baptême implique déjà une venue de l’Esprit Saint ; aux baptêmes d’adultes, la confirmation est donnée en même temps). Vous suivrez la loi libératrice de mon Évangile et vous observerez mon commandement d’amour. Vous y serez fidèles. Vous le promettrez par votre profession de foi. Moi, je serai là pour vous fortifier par l’Eucharistie.

Alors se réalise l’incroyable, l’indicible : tu es à moi, je suis à toi. Vous serez mon peuple, je serai votre Dieu.

Et moi qui vais renouveler ma profession de foi en cette Nuit ? Seigneur, change mon cœur de pierre en cœur de chair. Mets en moi ton Esprit. Et aide-moi à être fidèle à mes promesses.

Cinquième Psaume : Ps 50

Le catéchumène prie ce psaume. Nous le chantons avec lui avant de renouveler notre profession de foi.

Crée, renouvelle, raffermis. Seigneur, fais en moi une nouvelle création. Ôte mon cœur de pierre, crée en moi un cœur pur. Rends-moi la joie, la joie d’être sauvé, libéré de mes chaînes. Moi, au cœur si hésitant, qu’un esprit généreux me soutienne.

Alors, à mon tour, j’enseignerai tes chemins, ton évangile aux égarés, à ceux qui cherchent.

Épître : Rm 6, 3-11

Le thème baptismal, annoncé plusieurs fois dans les lectures de l’Ancien Testament et constamment repris dans les oraisons, s’épanouit maintenant dans toute sa splendeur théologique. Le rite qui consiste à verser quelques gouttes d’eau sur la tête du baptisé n’est guère apte à nous faire comprendre ce texte. Il faut nous référer au grand rite des premiers siècles que, heureusement, on peut refaire aujourd’hui. Un véritable mime à sens multiple :

Le catéchumène quitte ses vêtements (sa vie loin de Dieu), descend dans l’eau s’y plonger (plonger dans le Christ et dans sa mort), puis remonte (participe à la résurrection du Christ) et revêt un vêtement blanc (il revêt le Christ).

On comprend, dans ce grand rite du baptême, la théologie de Paul : Nous qui avons été baptisés en Jésus Christ, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés... nous avons été mis au tombeau avec lui... Ressuscitons, menons une vie nouvelle, de même que le Christ est ressuscité des morts.

Cette Pâque, ce passage de la mort spirituelle à une vie de fils, de fille de Dieu, cet anoblissement sans pareil est aussi un appel : il nous faut mener une vie nouvelle. Noblesse oblige. Appel que le célébrant nous adressera tout à l’heure en même temps qu’aux catéchumènes : "Renoncez-vous ?" C’est la mort à une vie loin de Dieu - "Croyez-vous ?" C’est la vie nouvelle qu’il nous faut mener. Voilà la vraie et l’unique spiritualité chrétienne : être au Christ, vivre comme lui. Il n’y a pas d’autre spiritualité que celle de notre baptême.

Un jour cette communion au Christ sera complète : si nous sommes déjà en communion avec lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons encore par une résurrection qui ressemble à la sienne.

Le texte culmine en une hymne au Ressuscité : ressuscité des morts, le Christ ne meurt plus, il est vivant !

Sixième Psaume : Ps 117

Puis le cœur laisse libre cours à l’exultation. C’est le moment de solenniser, de faire brûler toutes les lumières, de tirer tous les registres [de l’orgue], d’élever les cierges allumés.

Rendez grâce au Seigneur, car il est bon, éternel est son amour ! Qu’Israël, la communauté chrétienne, le dise haut et fort. Qu’elle chante le Seigneur qui fait merveille. Le Christ lui-même chante avec nous : Le Seigneur m’a relevé. Nous chantons avec lui : nous ne mourrons pas, nous vivrons ! Jésus, la pierre rejetée par les pharisiens, est devenue la pierre d’angle de l’Eglise. Merveille !

Évangile : Mt 28, 1-10 / Mc 16, 1-8 / Lc 24, 1-12

Les textes changent avec les années du cycle : en l’année A nous lisons le récit de Matthieu, en B celui de Marc, en C celui de Luc.

Il faut donner à cette annonce, en cette Nuit, tout l’éclat possible. Elle doit être, si jamais, véritablement proclamée. On ne peut que se réjouir des réussites où l’évangile est chanté accompagné d’instruments et, à chaque verset plus marquant, interrompu par des Alléluia ou par le cri joyeux : Christ est ressuscité !

Joseph d’Arimathie et Nicodème avaient descendu de la croix le corps inanimé de Jésus, peu avant que la trompette du temple ne sonne le début du sabbat. Cette année-là, il était particulièrement solennel parce qu’il coïncidait avec la fête de la Pâque. On avait dû faire vite et se contenter de poser le corps sur la banquette mortuaire, à l’intérieur de la pièce taillée dans le roc. Le corps fut couvert provisoirement d’un mélange de myrrhe et d’aloès, environ cent livres, soit 33 kilos, de quoi, s’il n’était déjà mort, étouffer Jésus dix fois. Puis on roula une très grande pierre, de la forme d’une meule, devant le tombeau. Les femmes de la suite de Jésus virent le tombeau et notèrent la manière dont le corps y avait été déposé. Elles entendaient bien l’embaumer comme on le faisait pour un personnage de marque, et préparèrent aromates et parfums.

Le sabbat terminé, le premier jour de la semaine juive (notre dimanche), de grand matin, au lever du soleil, les femmes se rendirent au sépulcre. Voyez leur hâte, leur délicate attention pour donner au corps de Jésus les dernières marques de vénération. Elles étaient en souci et se disaient entre elles : comment entrer dans le sépulcre ? Qui nous roulera la pierre énorme ? Surprise ! Au premier regard, elles s’aperçoivent qu’on avait roulé la pierre.

A partir de là, les récits divergent et sont, sur des points secondaires, contradictoires. Un certain Reimarus (1768) a relevé dans les évangiles un nombre impressionnant de ces contradictions. G.E. Lessing les publia, engendrant ainsi des générations d’incrédules. L’erreur fondamentale était de prendre les évangiles pour des récits journalistiques. Or les évangiles sont des méditations, des visions et même des prédications. Sur des faits établis, bien sûr. Le fait de la résurrection est attesté par les quatre évangélistes, mais la façon dont ils la méditent est conditionnée par leur spiritualité propre.

Matthieu, féru, bourré d’Ancien Testament, voit dans l’événement de la résurrection une manifestation grandiose de Dieu. Il la décrit avec des images empruntées aux théophanies, aux apparitions de Yahvé, à celle du Sinaï en particulier : Il y eut un grand tremblement de terre ; l’Ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre, symbole de la mort, et s’assit victorieusement dessus.
Marc parle d’un jeune homme, et voit sans doute en lui la grâce et la vigueur, la jeunesse du Christ ressuscité.
Luc, qui pense déjà mission (n’est-il pas l’auteur du grand récit missionnaire des Actes ?), Luc qui pense témoignage, voit deux hommes (il en verra encore deux à l’Ascension). Parce que, pour témoigner légalement, il fallait être deux. Sentons-nous, chez Luc, pointer l’annonce apostolique, missionnaire des témoins du Christ ? Et cela dès le jour de Pâques ? Voilà une façon de rapporter les faits, plus riche, plus profonde que ce qu’on est convenu d’appeler l’histoire.

L’apparition dans un vêtement éblouissant, blanc comme la neige - l’éclair... fait penser au Christ de la transfiguration et crée l’atmosphère de présence divine. Aussi, devant cette présence, les femmes sont saisies de crainte biblique, de peur devant un événement extraordinaire dont elles ne devinent pas encore la portée. Luc dit que, éblouies, elles baissaient le visage vers le sol.

L’Ange les apaise : soyez sans crainte. Mais pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité ! Voici l’endroit - vide - où ils l’avaient déposé.

Et de leur faire une deuxième annonce, dans laquelle on reconnaît un résumé de la première prédication des apôtres. Rappelez-vous ce qu’il avait dit quand il était encore en Galilée : il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que le troisième jour il ressuscite.

Puis c’est l’ordre : Allez dire à ses disciples et à Pierre (notez au passage, la place particulière de celui-ci) : Il est ressuscité d’entre les morts. Il vous précède en Galilée ; là vous le verrez.

Marc note que les femmes s’enfuient, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne disaient rien à personne (du moins pour l’instant), car elles avaient peur. La grandeur de l’événement les a écrasées. Elles ne le réalisent pas encore.

Matthieu, qui télescope le récit à cet endroit, dit que vite elles quittèrent le tombeau, toutes joyeuses. Et elles coururent porter la bonne nouvelle aux disciples. Des femmes sont donc appelées à être les premières annonciatrices de l’événement le plus inouï, le plus central de la foi ! Et voici que Jésus lui-même, toujours selon Matthieu, vint à leur rencontre et les salua. Elles s’approchèrent et, lui saisissant les pieds, à la manière orientale, elles se prosternèrent devant lui. Le geste de l’adoration qui ne revient qu’à Dieu, voici qu’elles le portent sur Jésus, le Seigneur, le Ressuscité. L’Eglise “chrétienne” vient de naître.

Puis, selon Luc qui pense témoignage, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. Mais ces propos leur semblaient délirants. Vraiment, il y a de quoi. Et le doute obstiné des apôtres (si tenace que Jésus, le soir même, leur reprochera cette incrédulité) montre assez qu’ils n’ont pas inventé la résurrection. Et ils ne les croyaient pas !

Quel mélange de grandeur et de simplicité, d’écrasante majesté et de course joyeuse, de proclamation victorieuse : Il est ressuscité, et d’obstination à ne pas croire ! Et comment en serait-il autrement pour l’événement qui a bouleversé le monde et qui le questionne encore ! L’événement qui seul, oui seul, permet de ne pas dire que la vie est absurde.

Il n’y a qu’une chose à faire : nous prosterner. Puis, joyeux, courir, courir l’annoncer à tous les autres !

3. LITURGIE BAPTISMALE

Le grand moment est arrivé. Les catéchumènes - les parents chrétiens qui présentent leur enfant – s’y sont préparés pendant tout le Carême, la communauté avec eux.

L’épître a bien relevé le lien interne entre le mystère pascal et le baptême. La Nuit pascale est donc le moment idéal pour baptiser, et chaque communauté aura à cœur de réserver pour cette Nuit l’un ou l’autre baptême. Le baptême d’adultes convient le mieux. On ne baptisera, cette Nuit, que des enfants dont les parents pourront effectivement assumer toute la responsabilité d’une éducation chrétienne. Sinon ce baptême gâterait la fête plus qu’il ne la relèverait.

On commence par invoquer Dieu en chantant un condensé des Litanies des saints. Les litanies (du grec : prières de supplication) sont une forme de prière très ancienne, une espèce de prière universelle. Celle des saints est, dans la liturgie romaine, la plus ancienne et la plus vénérable. Elle fait pendant à la grande prière universelle du Vendredi saint. Toute l’Eglise du ciel est interpellée dans ses saints les plus représentatifs auxquels on peut ajouter les patrons des futurs baptisés.

Vient alors la bénédiction de l’eau baptismale. Rien de magique. Un signe visible pour une action invisible : comme l’eau purifie, vivifie (sans eau, pas de vie !), l’eau du baptême, plus exactement le Christ, lave le catéchumène des souillures qui ont déformé en lui l’image de Dieu, elle l’ensevelit et le ressuscite.

Cette bénédiction se fait par une prière qui résume les grands moments où l’eau a joué un rôle particulier dans l’Histoire sainte : les eaux de la première création, celles du déluge, de la mer Rouge avec son symbolisme pascal, du Jourdain où Jésus fut baptisé, enfin l’eau sortie du Christ en croix, qui avec le sang, est signe des sacrements, du baptême et de l’eucharistie en particulier.

Quand donc se décidera-t-on à baptiser selon le grand rite ! "C’est pas pratique" est une réaction typiquement occidentale à laquelle n’ont pas cédé les Eglises d’Orient qui ont su, mieux que nous, garder les traditions anciennes plus expressives et que suppose l’épître baptismale de cette Nuit.

Et pourquoi ne pas intégrer le renouvellement de la profession de foi de l’assemblée dans la profession de foi des catéchumènes, des parents et des parrains ? Ces derniers ne sont pas les seuls à se porter garants de l’avenir chrétien du baptisé ; c’est l’Eglise locale, la communauté qui accueille le baptisé en son sein ; c’est elle le véritable répondant.

Sommes-nous assez conscients de la gravité de ce moment ? Le renouvellement de notre profession de foi, après quarante jours de préparation, en liaison avec les engagements du catéchumène ou des parents qui présentent un enfant - prend ici un caractère unique. Le Credo de tous les dimanches, dont cette profession de foi est l’origine et le condensé, est ordinairement prononcé ou chanté sans que perce sa signification. Ici il est impossible de ne pas se sentir concerné. Si nous sommes sincères, il pourrait nous arriver d’hésiter. Car c’est bien le oui de la vie et non celui des lèvres qui est ici demandé. Il peut être dit dans la fatigue, la monotonie. Disons-le conscients que la fidélité est un amour aussi grand que l’enthousiasme des débuts. Disons-le en sachant que le Christ, la Vierge, les apôtres, tous les saints, invoqués tout à l’heure, sont à nos côtés - ainsi que la communauté présente.

Et encore : sommes-nous conscients que la profession de foi ne s’adresse pas seulement au Christ, mais à la communauté dont nous faisons partie ? - Croyez-vous en l’Esprit Saint qui sanctifie l’Eglise, à la communion des saints qui ont en commun foi et sacrements - donc à notre communauté ?

Inversement nous qui sommes la communauté, offrons le climat voulu où la foi des néophytes pourra s’épanouir. Encourageons-nous mutuellement dans notre foi par la fidélité à l’assemblée dominicale, par les liens d’affection. Vivons-la dans de petits groupes où ces liens prennent consistance, dans les services et ministères dont la communauté a besoin.

La profession de foi est dite debout, dans la main le cierge allumé. Puis le célébrant asperge l’assemblée d’eau bénite, signe du baptême. Le Credo habituel est omis, puisque nous venons de professer solennellement notre foi.


L’eau bénite

Cette Nuit on “fait l’eau bénite”. Nous en prenons dans nos maisons pour nous en signer, volontiers le soir ou le matin ; nous en prenons surtout lorsque nous pénétrons dans une église, particulièrement avant une eucharistie.

Cette eau, dit expressément le rite de sa bénédiction en cette Nuit pascale, rappelle notre baptême. Elle est donc plus que le rite de purification en usage chez les Juifs à l’entrée du temple et, encore aujourd’hui, chez les musulmans avant qu’ils n’entrent dans une mosquée. L’eau bénite nous rappelle que nous sommes enfants du Père, frères de Jésus, membres d’une communauté où agit l’Esprit - avec tout ce que cette dignité comporte de responsabilité.

Faut-il rappeler que, si l’aspersion de l’assemblée au début de chaque messe dominicale n’est plus obligatoire, elle n’est pas interdite ?


4. LITURGIE EUCHARISTIQUE

La célébration eucharistique est bien la dernière partie de cette Veillée pascale, mais elle ne doit, en aucun cas, donner l’impression d’être une conclusion - elle est, au contraire, le sommet du tout. Pas un ajout, mais le cœur.

Si le deuxième article de la Constitution conciliaire sur la Liturgie affirme que dans chaque célébration s’accomplit l’œuvre de la rédemption, c’est bien dans cette Nuit unique, plus qu’à tout autre moment, que l’eucharistie nous unit à l’action pascale du Christ. La préface chante : "Il est bon de te glorifier en tout temps, mais plus encore en cette Nuit où le Christ notre Pâque a été immolé." Sans la résurrection, l’eucharistie ne serait qu’un simple repas fraternel.

C’est le moment unique pour “faire nos pâques”, au sens le plus fort du mot : “communier” au Christ pascal. Lui nous aidera à vivre notre profession de foi ; il nous accompagnera, il nous fera passer d’une vie tiède vers la vitalité chrétienne, source de joie.

Cette dernière partie ne doit donc d’aucune manière finir en queue de poisson : canon plus court, action de grâce escamotée, chants raccourcis “parce qu’on a dépassé l’heure”. Mieux vaut programmer à l’avance. Que le baiser de paix avec lequel nous nous souhaitons de joyeuses Pâques soit chaleureux. L’oraison de communion ne demande-t-elle pas que nous restions unis dans l’amour ? Un moment de silence après la communion pour intérioriser... puis la célébration finit dans un double Alléluia, bien envoyé.

La grande raison de célébrer.  

Il est digne de te louer, Seigneur, toujours et en tout lieu. Mais, en cette Nuit, plus que jamais. Car l’Agneau pascal (l’Agneau du passage) est passé de la mort à la vie. Il a, de la sorte, détruit l’absurdité de notre mort. Il nous a rendu la vraie vie, celle qui ne mourra jamais.

Aussi, rayonnants de la joie pascale, nous chantons, nous exultons, unis à nos frères de toute la terre, unis à la liturgie céleste où les anges chantent, chantent ta gloire.

Préface de la Nuit de Pâques


“Faire ses Pâques”

Longtemps il était impensable de participer à la messe sans y participer entièrement, communion comprise. Aussi les pécheurs publics, exclus de la communion, quittaient l’assemblée après la liturgie de la Parole.

Lors des grands débats conciliaires du quatrième siècle où l’on appuya la divinité de Jésus contre les hérétiques ariens, on en vint à tellement prêcher la majesté du Christ et la vénération des “saints et terribles mystères” que, par crainte et respect, on s’éloigna de la table sainte. En Occident, même la coutume de communier aux trois grandes fêtes de l’année se dégrada - au point que le quatrième concile du Latran (1215) exigea la communion au minimum une fois par an, et cela pendant le Temps pascal.

Pourquoi juste à Pâques ? Parce que Pâques est LA fête par excellence, et qu’il convient de recevoir le corps du Christ au moment où l’on fête sa mort et sa résurrection, dont l’Eucharistie est l’émergence. Le temps de la communion pascale varie selon les diocèses ; il peut aller du Carême à la Pentecôte.

Il est évident que communier une fois par an est un minimum en dessous duquel on se distance sérieusement de la communauté eucharistique. La norme devrait être celle des beaux temps liturgiques : la communion tous les dimanches.


ET LA FÊTE CONTINUE

Pâques n’a pas l’impact populaire de Noël. Elle n’a pas sécrété chez nous des coutumes comme en Russie ou en Grèce. Mais des amorces sont là qu’il serait opportun de favoriser : dans une salle, sur le porche, de quoi piquer un rien, des œufs de Pâques et, bien sûr, de la lumière, des bougies un peu partout, des chants...

Les premiers chrétiens savaient bien, eux, combiner liturgie et amitié, repas du Seigneur et agape fraternelle. On ne fera jamais assez pour exprimer le caractère unique de la “mère de toutes les veillées”.

Les œufs de Pâques
De tous temps, l’œuf a été un signe de fécondité. Au printemps on enterrait des œufs dans les champs, comme pour exciter la terre à produire ses fruits. Au Moyen âge, on christianisa cette coutume en bénissant les œufs que l’on portait dans les champs. L’œuf est aussi un symbole de résurrection, parce que la vie fait craquer la coquille pour apparaître de sa propre force. La coutume de les peindre se trouve dans toute l’Europe occidentale, en Russie et jusqu’en Iran.

ALTERNATlVES

La richesse même de la Nuit pascale pose quelques problèmes. Ici et là on a cherché à les résoudre un peu différemment du schéma officiel.

C’est la célébration de la lumière (du feu et du cierge pascal) qui a provoqué la plus forte mise en question. Le rite officiel du feu et du cierge a le désavantage de ne pas être praticable s’il pleut ou si l’on ne dispose pas de place suffisante devant l’église où regrouper toute l’assistance. Souvent les gens restent dans l’église, pendant que se déroule, dehors, une cérémonie de clercs. Eteindre ensuite les cierges après l’Exultet pour les rallumer pour les engagements baptismaux est un pis-aller. Pour cette Veillée, il faudrait normalement garder les cierges allumés pendant tout l’office, ce qui crée d’inextricables problèmes de fixation de cierges etc. Enfin la solennisation du feu et du cierge pascal fait un sommet abrupt, sans montée préparatoire, sommet aussitôt suivi d’une chute de l’attention.

Quelques-uns commencent donc par... le commencement, le récit de la création, l’église étant laissée dans une demi-obscurité qui va s’éclairer progressivement et culminer dans la célébration de la lumière et l’éloge du cierge pascal, éloge auquel le chant de l’Alléluia se laisse facilement intégrer, le tout débouchant dans l’évangile de la résurrection - gradation qui introduit elle-même au baptême et à la profession de foi.

Ce schéma s’écarte de la structure antique qui ouvre une célébration du soir par un lucernaire, un rite de la lumière. On ne bénit pas la lumière au milieu de l’office quand on en a déjà bien usé. On peut se demander si la solennisation de l’évangile ne pâtit pas du voisinage de l’Exultet.

Pour quelque schéma que l’on se décide, c’est toujours la qualité de la célébration qui est déterminante.

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René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

Publié: 04/03/2026