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Nativité du Seigneur (25/12) : Commentaire de la messe de la Nuit

Messe populaire s’il en est. Même si une partie de “l’auditoire” vient par romantisme, raison de plus pour bien célébrer les saints mystères. Avec la Vierge et Joseph, remplis de foi, nous trouvons les bergers, alors assimilés aux publicains. Et c’est à eux pourtant que l’Ange adresse son message de joie. Pourvu que nous soyons pauvres comme eux, conscients de notre vide intérieur. Alors nous pourrons être comblés.

Faut-il rappeler que le tant attendu est, sous les traits d’un enfant, le Dieu de majesté qui s’est rendu visible à nos yeux (préface) ? Il est le Messie, le Sauveur, proclamera l’Ange ; celui que nous recevrons dans l’eucharistie comme le Christ de gloire.

Première lecture : Is 9, 1-6

Le peuple (les déportés du royaume du Nord, aujourd’hui l’Eglise éprouvée) marchait dans les ténèbres, car le joug étranger pesait, les chaussures des soldats piétinaient le sol natal.

Et voici que, subitement, resplendit une lumière : un enfant nous est né, un fils nous a été donné. Fils au pouvoir royal et davidique, aux titres plus qu’humains, encore cachés chez cet enfant, mais qui éclateront dans la gloire de Pâques : Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père à jamais, Prince de la paix.

Oeuvre de l’amour merveilleux du Seigneur. C’est pure grâce ! Et c’est pour cela que nous nous réunissons en cette nuit pour faire action de grâce.

Aussi l’allégresse se répand en nos cœurs, Dieu fait grandir notre joie. Chante ta libération ! Fête en cette nuit la grande lumière !

Nous avons plutôt l’impression que les bottes des soldats et les ténèbres régissent encore le monde. Mais, malgré tout, l’homme de la foi sait voir la grande lumière, et ce sont souvent les persécutés qui l’aperçoivent encore le mieux.

Psaume : Ps 95

Chantez, chantez, chantez, bénissez, proclamez, racontez !

Terre, ciel, mer, forêts, tout est en fête. Que le cosmos lui-même tremble de joie !

Et que le chant soit nouveau ; l’ancienne alliance est passée, la nouvelle, elle vient ; le nouveau-né est parmi nous, le Christ éternellement jeune, nouveau. C’est le grand roi qui vient gouverner la terre, du sceptre de sa croix.

Exultons, dansons. Et communiquez cette bonne nouvelle, dites votre joie, racontez à tous les peuples la gloire de Dieu et ses merveilles.

Deuxième lecture : Tt 2, 11-14

Une hymne plus qu’un extrait de lettre. Un condensé de la foi qui s’appuie sur deux manifestations (mot-à-mot : épiphanies). La première quand la grâce de Dieu (sa bonté débordante envers nous) s’est manifestée pour le salut, la libération de tous les hommes. A partir de Bethléem, cette épiphanie, cette manifestation se fera de plus en plus forte pour éclater à Pâques où Jésus s’est donné pour nous, afin de nous racheter, nous libérer. Noël : la première étape, le premier pas vers notre libération !

La pleine manifestation est à venir. Quand se manifestera la gloire du Christ dans tout son éclat, quand il paraîtra ce qu’il est : Dieu et Sauveur.

Ces deux manifestations sont les pôles d’une libération destinée à tous les hommes. Nous chrétiens en sommes le signe. Déjà Dieu fait de nous ce qu’il veut faire de toute l’humanité : son peuple.

Entends-tu sonner la trompette de ta libération ? Ton cœur frémit-il ? Tu es déjà racheté. Jésus est venu. Mais tu es encore trop hébété, prostré, abattu pour le réaliser vraiment. Un jour tes yeux se dessilleront et, inondé de lumière, tu crieras de joie.

Mais si, en cette nuit, tu trouves cette révélation un peu... théorique, cramponne-toi aux appels les moins romantiques qu’ait écrits l’Apôtre : Apprends à rejeter les passions d’ici-bas ; dans le monde présent vis autrement, pas comme tout le monde : en homme raisonnable, juste, religieux. Ne te fixe pas aux réussites faciles : attends le bonheur de Dieu. Sois ardent à faire le bien.

Un Noël où tu n’as pas le temps de te croiser les bras !

Évangile : Lc 2, 1-14

Grand branle-bas. Le puissant empereur Auguste ordonne de recenser toute la terre. Il dicte ses volontés - et Dieu se sert de lui pour bouleverser le monde. Jusqu’à nos jours. Joseph vient donc se faire inscrire à Bethléem, son domicile officiel, avec Marie qui était enceinte.

L’événement n’a rien du joli de nos crèches ; il est banal, cruel même. Le jeune couple n’est pas connu, personne ne le reçoit chez lui. Même dans la salle commune, espèce de caravansérail, il n’y avait pas de place pour eux. Tout près de là, sans doute, ils avisent un appentis pour les bêtes. Marie mit au monde son fils premier-né, l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire. On reste muet, bouche bée. On a envie de pleurer, et je ne suis pas sûr que Marie et Joseph, un moment, n’aient eu leur crise de larmes et de découragement. C’est comme cela que Dieu est entré dans notre monde.

Personne ne va voir, si ce n’est des bergers, gens méprisés, alors assimilés aux publicains. C’est aux petits, aux pauvres que va l’Evangile.

Mais alors la Bonne Nouvelle éclate en splendeur et majesté. Lumière, anges annonciateurs, crainte révérencielle des bergers, troupes célestes innombrables... sont les signes bibliques de la manifestation glorieuse (épiphanie) de Celui qui est appelé Sauveur, Messie, Seigneur. Trois titres que Luc n’utilisera plus qu’à la fin de son livre pour le Ressuscité. Dans cet enfant dort le Seigneur qui viendra en gloire. Ce Christ ne se comprendra qu’à Pâques, quand sa gloire sera vraiment révélée.

La vision se termine en apothéose : Gloire à Dieu, paix aux hommes. Ce qui est en Dieu, sa gloire, est venu chez nous sous forme de paix. La précision : Paix aux hommes qu’il aime - n’est pas restrictive (quelques versets plus haut, la joie est pour tout le peuple), mais montre que cette paix est don gratuit de Celui qui nous aime.

Terre et ciel sont désormais inséparablement unis dans cet enfant. Dans un double mouvement : du ciel le Verbe descend sur terre, apporte la grâce ; et, de la terre, le Christ fait remonter l’action de grâce. Il n’y a plus ce fossé tragique entre Dieu et l’homme. Christ est devenu le pont sur lequel Dieu vient à nous et nous allons à lui.

La liturgie nous éduque à une spiritualité glorieuse : c’est le Seigneur de gloire qu’elle nous présente, encore caché, mais déjà révélé aux petits, aux méprisés. Si les santons gardent toute leur fraîcheur, ayons du moins les yeux du “ravi” qui voyait et entendait ce que les autres ne percevaient pas.

 
René LUDMANN, cssr
(re)publié: 24/10/2017