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Nativité du Seigneur (25/12) : Commentaire de la messe de l’Aurore

Après les splendeurs de la nuit, voici l’aurore, le soleil levant. Nous allons vers la lumière qui nous a frappés cette nuit ; comme les bergers, nous offrons le peu que nous avons, nous regardons avec les yeux de la foi. Laissons-nous saisir par cette lumière ; elle pénètre en nous par les lectures et la sainte communion. Comme Marie, méditons dans notre cœur. Puis, comme les bergers, nous irons raconter tout ce que nous avons entendu et vu.

Première lecture : Is 62, 11-12

Avec le prophète, les yeux de notre foi découvrent ce qui reste encore caché dans l’enfant de la crèche. Cet enfant, c’est le Sauveur, le libérateur. Déjà nous le voyons dans sa victoire pascale, précédé de ses trophées, comme dans les entrées triomphales des vainqueurs. Et voilà que tout change. Sion, l’Eglise et, à travers elle, l’humanité, la voici anoblie. De pécheresse elle devient le peuple saint, d’enchaînée - la rachetée par le Seigneur. De méprisée - la désirée. De délaissée - la ville qui n’est plus délaissée.

Y crois-tu, communauté rassemblée ? Si tu y crois, laisse tes airs abattus. Sois joyeuse. Fête. Et conduis-toi en libérée. Depuis que le Christ est venu, tu n’es plus seule, tu n’es plus délaissée.

Mais qui est réellement anobli ? Le délaissé, le laissé-pour-compte qui n’est désiré par personne, et dont les bergers de cette messe de l’aurore sont les délégués auprès de la crèche.

Psaume : Ps 96

Exaltation ! Allégresse ! Rendons grâce pendant cette eucharistie ! Car la lumière s’est levée dont, à cette heure du matin, l’aurore est le symbole. Une joie toute particulière est semée dans le cœur simple, humble.

Bientôt cet enfant, tel le soleil qui va parcourir sa course, se manifestera comme roi, sera proclamé aux îles (aux païens), aux peuples sans nombre. Un sauveur nous est né, et nous contemplons sa gloire ! Eglise, que le Seigneur soit ta joie !

Deuxième lecture : Tt 3, 4-7

Comme l’épître de la nuit dont il est la continuation, ce passage situe Noël dans l’ensemble de la foi. Ce résumé concis et dense, sec à la lecture rapide, prend saveur, une fois médité.

Dieu est invisible. Et voilà qu’il se laisse voir - en Jésus. En lui il s’est manifesté (mot-à-mot : épiphanié). Tout autrement que les hommes se l’imaginaient. Les philosophes n’ont-ils pas fait de lui le froid et abstrait Être suprême ? Lui, il se manifeste bonté, tendresse pour les hommes. Il se manifeste libérateur : il nous a sauvés de nos captivités intérieures. Cela est grâce, pure grâce, non pas à cause d’actes méritoires que nous aurions accomplis par nous-mêmes. C’est l’œuvre de l’Esprit de Jésus.

Nous avons été recréés, renouvelés. Il nous a fait véritablement renaître. Par le baptême. Et nous sommes ainsi devenus justes, comme une note sonne juste. Nous sommes en harmonie avec Dieu.

Notre union à Dieu est déjà réelle, nous possédons déjà la vie éternelle, nous y avons droit comme un enfant a droit à l’héritage. Mais à l’état d’amorce seulement, de début, dans l’espérance, certains de son épanouissement.

Vois comme, aux grandes fêtes, la liturgie nous donne ses plus beaux actes de foi : Dieu s’est manifesté pour faire en nous de si grandes choses ! Sois fier, Dieu t’a anobli. Tu es de haute naissance !

Evangile : Lc 2, 15-20

La messe de l’aurore est aussi dite messe des bergers, à cause de cet évangile où ils sont au premier plan.

Lorsque les anges les eurent quittés, ils auraient pu se dire : Bah ! restons chez nous. Mais ils s’encouragèrent mutuellement, se disaient entre eux : Allons... pour voir ce qui est arrivé. Ce doit être important, puisque le Seigneur lui-même nous l’a fait connaître. Voyez leur empressement, leurs cœurs bien disposés : ils se hâtèrent.

Ils auraient pu être déçus. Extérieurement il n’y avait pas grand-chose à voir : Marie et Joseph avec le nouveau-né dans une mangeoire. Et pourtant ! Ils découvrirent. Ils virent, avec les yeux du cœur, oui, les yeux de la foi.

La preuve : ils racontèrent la chose au point que tout le monde s’étonnait. Car ils étaient transportés, ils glorifiaient et louaient Dieu.

En peu de mots, d’une simplicité extrême, la démarche de la foi : croire à une annonce, voir (expérimenter), raconter, transmettre en glorifiant Dieu !

J’étonnerai en disant Dieu ; les gens se mettront à réfléchir... Mais je ne les toucherai que si je suis humble, pauvre et transporté comme les bergers.

Quant à Marie, elle médite, elle retient dans son cœur. Avec elle nous savourons, sans encore tout comprendre. Nous devinons, comme à travers les brouillards, un soleil d’une vive luminosité.

 
René LUDMANN, cssr
(re)publié: 25/10/2017