LogoAppli mobile

Cendres (6/3) : Commentaire

Les dimanches, jours de la résurrection, jours de joie, n’étaient jamais des jours de jeûne. Une liturgie scrupuleuse s’aperçut qu’on ne jeûnait donc pas exactement quarante jours. Elle avança donc le jeûne au mercredi précédant le premier dimanche. Avec le jeûne la coutume d’imposer les cendres aux pénitents publics déménagea elle aussi.

Réconciliation et Cendres

Celui qui avait commis une faute grave et publique (adultère, apostasie, meurtre...) était exclu de la communauté eucharistique. Au début du Carême avait lieu, pour les repentis, une cérémonie pénitentielle : les coupables revêtaient un habit de pénitence, l’évêque leur imposait les cendres qui, dans l’Ancien Testament déjà, étaient le symbole du rejet et du repentir ; puis, pieds nus, cierge en main, ils quittaient l’église et réparaient leurs fautes dans la prière, le jeûne et d’autres bonnes actions. Le Jeudi saint ils étaient réconciliés, réintégrés et réadmis pour l’eucharistie de la Nuit pascale.

La pénitence publique disparut vers le dixième siècle, mais la coutume d’imposer les cendres s’est étendue à tous les chrétiens. Celle-ci s’est maintenue et reste populaire encore aujourd’hui.

Évitons la méprise dénoncée plus haut : bloquer le Carême sur la pénitence, faire de celle-ci un but, limiter l’imposition des cendres à une cérémonie nous rappelant la brièveté de la vie.

Les deux oraisons de la bénédiction des cendres nous donnent une motivation plus positive et plus chrétienne : Que tes serviteurs (...) parviennent avec une âme purifiée à la célébration de la Pâque de ton Fils ; puissions-nous obtenir le pardon de nos péchés et vivre de la vie nouvelle à l’image de ton Fils ressuscité.

Dès le premier jour du Carême, notre regard se porte vers Pâques. C’est le terme qui donne au voyage son “sens”. Nous faisons pénitence, nous demandons la réconciliation afin de célébrer Pâques dans la paix et la joie.


Le rite pénitentiel coutumier est aujourd’hui omis, puisqu’il est largement remplacé par celui de l’imposition des cendres.

Première lecture : Jl 2,12-18

Il est question d’un châtiment mérité après une faute grave. Mais Dieu, qui est tendre et miséricordieux, préférerait renoncer à la punition. On prêtait alors à Dieu des sentiments humains jusqu’à le faire changer d’idée. Qui sait ? Il pourrait revenir sur sa décision et renoncer au châtiment. Dieu veut combler le peuple de ses bienfaits si celui-ci veut bien revenir au Seigneur de tout son cœur.

Et le prophète de secouer Jérusalem : Sonnez de la trompette ! Prescrivez un jeûne ! Le peuple entend cet appel : anciens et enfants, époux et jeunes mariés, prêtres... crient : Pitié Seigneur !

Déjà le jeûne est un moyen de faire pénitence ; mais il ne vaut que s’il est signe d’une véritable conversion : déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements. C’est un jeûne de toute la communauté : anciens, enfants, époux, prêtres... Il est plus large que l’abstention de nourriture, il comporte le repentir (revenez), la prière commune du peuple réuni, de l’assemblée.

Psaume : Ps 50

Le plus important des sept psaumes de pénitence.

Pitié, mon Dieu, je fais appel à ton amour, à ta grande miséricorde. En ce début du Carême je reconnais mes torts, j’ai toujours mon péché devant moi. Lave-moi, purifie-moi, crée-moi un cœur pur pour que je puisse célébrer vraiment ta Pâque. Enlève l’indolence, le laisser-aller, remets en moi un esprit résolu, qu’un esprit généreux me soutienne. Pendant ces quarante jours fais-moi expérimenter ta présence, ton Esprit Saint dans la méditation de ta Parole. Que déjà la libération de Pâques brille sur ces jours, la joie d’être sauvé. Que déjà mes lèvres et mon cœur s’ouvrent pour chanter bientôt l’alléluia pascal, pour annoncer tes bienfaits et pour te louer dans l’action de grâce eucharistique.

Deuxième lecture : 2Co 5,20-6,2

C’est un appel solennel : au nom du Christ ! Nous vous le demandons instamment, laissez-vous réconcilier avec Dieu ! Et Paul de diriger notre regard vers celui qui n’a pas besoin de réconciliation - Il n’a pas connu le péché, et le Père l’a pourtant identifié au péché des hommes ; mot à mot : il l’a fait péché. Le Christ ne peut pécher ; mais en prenant un corps soumis à notre condition de pécheur, il en a endossé tout le poids. Par sa Pâque, Jésus change ce corps de misère en corps de gloire, nous réconcilie avec le Père et nous donne part à sa sainteté : nous sommes identifiés à la justice de Dieu.

C’est donc vers le Christ pascal qu’il nous faut regarder, en ce temps favorable du Carême. La grâce reçue, ne la laissons pas sans effet. C’est maintenant le jour du salut. Ne différons pas !

Évangile : Mt 6,1-6.16-18

Cet évangile détaille les “œuvres” traditionnelles du Juif pieux. Quand tu fais l’aumône... quand vous priez... quand vous jeûnez. Elles sont faciles à traduire pour aujourd’hui, pour le Carême en particulier :

L’aumône : partager. Ce n’est pas seulement une question de charité ; en justice je dois à celui qui est dans le besoin. Le Carême de partage est l’excellent temps fort d’un souci qui devrait être constant et étendu à l’univers en un temps où la télévision nous met en contact direct avec la misère des hommes. Derrière le partage se profile aussi la réconciliation, le pardon mutuel.

La prière : participer avec plus d’assiduité aux offices du Carême, à des réunions, des conférences pour mieux connaître sa foi ; intensifier la méditation privée de l’Ecriture.

Le jeûne : se maîtriser dans le manger et de mille façons.

Ces trois œuvres recouvrent tout le champ de la vie chrétienne : le rapport à Dieu (prière), au prochain (aumône), à soi-même (jeûne).

Mais, au-delà de la pratique du Carême, il y a son esprit : plaire à Dieu et à Dieu seul, faire pénitence dans le secret ; ne pas mesurer le bien que l’on fait : que ta main gauche ignore ce que donne ta droite. Le reste, c’est se donner en spectacle.

Enfin ne prenez pas un air abattu. Ne vous composez pas une mine défaite. Parfume-toi la tête et lave-toi le visage.

Sois joyeux !

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
(re)publié: 06/01/2019