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Sainte Trinité (16/6) : Commentaire

A une époque où l’on avait un peu oublié que chaque messe (sa prière eucharistique en particulier) était une prière au Père par Jésus dans son Esprit, s’imposa une fête de la Trinité. Elle se répandit à partir de 1030 et fut officialisée pour l’Eglise universelle en 1334. On ne sait exactement pourquoi elle fut placée au dimanche suivant la Pentecôte ; probablement voulut-on synthétiser l’œuvre des trois personnes divines après avoir, pendant le Temps pascal, célébré l’action de chacune.

L’intention était bonne : réveiller chez les fidèles le sens d’un Dieu qui s’est révélé de trois manières éminemment personnalisées. Or ce besoin est tout aussi actuel aujourd’hui où les uns s’adressent au dieu plat de Voltaire, le créateur du monde, et où les autres naviguent entre trois dieux dont ils ne savent exactement comment, malgré tout, en faire un seul.

Notre temps a cependant un atout : plus sensible à l’Ecriture qu’aux abstractions du Moyen Age finissant, il peut, à l’occasion de cette fête retrouver Dieu tel que le décrit la Bible et que la liturgie le célèbre : le Père qui envoie son Fils réaliser un plan d’amour que l’Esprit de Jésus nous communique aujourd’hui dans l’Eglise. Bible et liturgie nous parlent d’un Dieu qui vient à nous de trois manières éminemment personnalisées. Celles-ci, à leur tour, nous font pressentir que Dieu n’est pas le “célibataire qui s’ennuie derrière les étoiles”, mais que, à l’intérieur de lui-même, il y a une richesse de vie, un échange, un toi-et-moi qui nous font retenir le souffle avant de nous en faire chanter l’admirable accord. C’est ce que nous appelons le mystère de la Trinité, un seul Dieu en trois personnes, ce mot ‘personne’ n’ayant pas le sens actuel de trois individus. Tertullien emploie le mot latin ‘persona’ en pensant aux masques utilisés dans le théâtre ancien comme amplificateurs. Mais les mots humains sont tous piégés.

Ce que la liturgie nous donne au long de son année en doses homéopathiques est donc, aujourd’hui, célébré dans toute sa richesse. Même si le peuple chrétien ne saisit pas tout avec précision (et quel théologien oserait y prétendre !), une espèce d’instinct surnaturel lui a toujours fait aimer cette fête qui lui réjouit le cœur.

L’amour est le thème majeur qui parcourt les lectures. Ici pas de vérités abstraites ni de concepts théologiques. Le texte inspiré nous aide à pénétrer avec émerveillement dans ce qu’on appelle le mystère : non le mystérieux, l’obscur, mais l’éclat si violent que notre cœur ne peut le capter entièrement, un peu comme nos yeux ne sauraient sonder le soleil. Laissons-nous prendre par l’amour qui vibre à l’intérieur de Dieu pour, à notre tour, le répandre dans un don de nous-mêmes qui en sera le reflet.

Première lecture : Pr 8,22-31

Ce texte, d’une poésie charmante, personnifie la Sagesse. Il a ainsi pu préparer les esprits à la révélation de Jésus, Sagesse du Père. Nous aimons y lire, a posteriori, une allusion au Verbe créateur, puis incarné. Le prologue de Jean semble s’en inspirer.

Au commencement... avant les œuvres de Dieu les plus anciennes, avant l’apparition de la terre... avant les montagnes... (au commencement, dit Jean en Jn 1,1) la Sagesse était près de Dieu, à ses côtés (et le Verbe était auprès de Dieu, Jn 1,1) comme un maître d’œuvre (par lui tout s’est fait, Jn 1,3), jouant devant lui. Mais elle trouve aussi ses délices avec les fils des hommes (et le Verbe s’est fait chair, Jn 1,14).

Ce n’est pas encore la révélation trinitaire telle que nous la livrent la deuxième lecture et l’évangile, mais déjà un voile semble s’écarter et, timidement, esquisser en Dieu un merveilleux dialogue, comme un jeu.

Psaume : Ps 8

A la suite de la première lecture qui montre la Sagesse à l’œuvre pendant la création du monde, le psaume chante l’homme créé par Dieu.

Qu’est-ce que l’homme, Seigneur ? A voir ton ciel, la lune, les étoiles, il est une poussière perdue dans les galaxies immenses. Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses cependant à lui, que tu en prennes souci ?

Comme tu nous as faits grands, plus que ce ciel, ces étoiles ! Puisque tu nous établis sur les œuvres de tes mains, tu mets toute la création à notre service, comme à nos pieds. Saurons-nous réaliser l’amour que tu nous portes ? Tu as voulu l’homme grand, juste un peu moindre qu’un dieu. Le couronnant de gloire et d’honneur, le dotant d’intelligence et de cœur et lui donnant ton Fils. Qu’aurais-je pu lui donner de plus ? Ô Seigneur, nous te rendons grâce !

La Lettre aux Hébreux (He 2,6-9) applique ce psaume au Christ, Verbe incarné, l’Homme par excellence, dont il chante
- l’abaissement : Qu’est-ce que l’homme, Jésus, conspué, mis à mort, pour que tu penses à lui ?
- l’élévation en gloire : Tu l’as couronné de gloire et d’honneur... tu mets toute chose à ses pieds.

Oui, nous te rendons grâce, ô toi, Père, qui as créé l’homme dans une dignité admirable, et qui l’as recréé (après sa chute), en plus admirable encore dans la merveilleuse résurrection de ton Christ (ancienne prière d’offertoire).

Deuxième lecture : Rm 5,1-5

Ce texte a été choisi à cause de sa construction trinitaire que l’on peut résumer ainsi :
1. Dieu, le Père, a fait de nous des justes, en harmonie avec lui, réconciliés, en paix avec lui.
2. Et cela par notre Seigneur Jésus Christ qui nous a donné accès au monde de la grâce, dans une relation juste, paisible, une relation d’amour.
3. Et cet amour a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

Sens-tu comme Paul est loin d’une définition sèche de la Trinité ? Il ne définit rien du tout, et dans toute la Bible le mot Trinité est introuvable. L’apôtre montre tout simplement l’action du Dieu unique en ses trois manifestations éminemment personnalisées.

Et ces interventions produisent en nous un anoblissement, source de fierté, de légitime orgueil : la certitude d’avoir part à la gloire de Dieu. Ni plus ni moins. Nous allons vers notre divinisation

Paul emploie l’expression espérer d’avoir part à la gloire. Ce ‘espérer’ n’a rien à voir avec un ‘peut-être’ ; ne dit-il pas que l’espérance ne trompe pas, puisque nous tenons déjà un bout de cette gloire, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint ? Seulement cette gloire nous est encore voilée, et nous sommes dans la détresse des tribulations de notre vie terrestre. Détresse qui, loin de nous couper les ailes, nous aiguillonne, produit la persévérance qui, à son tour, produit la valeur éprouvée, et voilà l’espérance encore grandie.

Nous qui sommes rassemblés pour l’action de grâce (eucharistie veut dire : rendre grâce), savons-nous maintenant pour quoi, pour qui rendre grâce ? Pour la gloire de Dieu à laquelle nous avons part !

Allons, un peu d’orgueil ! Et un peu de persévérance pour nous préparer à la gloire !

Evangile : Jn 16,12-15

Cet extrait du discours des adieux montre particulièrement le rôle de l’Esprit Saint dans l’œuvre trinitaire.

Les apôtres ne pouvaient tout saisir du Christ, ils n’en avaient pas encore la force tant que Jésus n’était pas glorifié. C’est à la résurrection, quand l’Esprit Saint transformera le corps terrestre du Christ en corps de gloire, et qu’ils auront eux-mêmes les yeux de la foi pour le voir tel qu’il est, en ressuscité - alors seulement ils viendront à la vérité tout entière, la vérité étant ici autre chose qu’un appareil intellectuel réservé aux savants. Il nous est donné de pénétrer jusque dans le dialogue vivant de Jésus avec son Père.

L’Esprit Saint a donc une double action : sur le corps du Christ qu’il glorifie et sur les apôtres qu’il guide. Ce qu’a dit Jésus, l’Esprit le redit maintenant aux apôtres, il le redonne, il donne Jésus aux disciples. Tout ce qui est au Père est à moi... et l’Esprit reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître - connaître, au sens de vivre, expérimenter.

On jouit, sur le vif, de l’incroyable grâce d’avoir part, dans l’Esprit, à l’échange entre le Père et le Fils. Quelles profondeurs mystiques à côté desquelles nous passons sans frémir, parce que nous ne nous laissons pas porter par l’Esprit vers la vérité tout entière !

Jésus, en toi je trouve le Père. Père, tu me fais fils, fille comme Jésus. Esprit, vivant dialogue du Père et du Fils, plonge-moi dans cet échange frémissant - et qu’une vie de dialogue, de communion avec les autres en soit la réaliste expression !


Le Credo est trinitaire

Le Credo est une des meilleures approches du mystère de la Trinité. Pas de définition. Un récit sur les actions de Dieu, d’un seul : je crois en un seul Dieu.

Dieu a avec nous des rapports différenciés :
- Il vient à nous comme Père ; il nous a créés par amour, il a fait un plan d’amour pour réparer “la casse”, et faire, en Christ, une nouvelle création.
- Il vient à nous en son Fils Jésus qui réalise ce plan d’amour, par sa mort en croix et par sa résurrection.
- Il vient à nous en l’Esprit de Jésus qui nous sanctifie dans l’Eglise et nous fait parvenir à la réussite finale.

Remarquez qu’il est dit : Je crois en Dieu le Père, en Jésus son Fils, en l’Esprit Saint ; “en” avec “un mouvement vers”. Croire, c’est aller vers Dieu, par toute notre vie, tandis que l’on croit “à” l’Eglise.

Deux formulations majeures du Credo nous sont conservées : une brève, plus ancienne, le “Symbole dit des apôtres”, parce que, par sa structure trinitaire, on en trouve des traces jusque dans les temps apostoliques ; et le Credo dit “du concile de Nicée” (325), plus développé, et que l’on chante aux grand-messes - sans oublier le Credo interrogatoire de la Nuit de Pâques.

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(re)publié: 16/04/2019