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Saint-Sacrement (23/6) : Pistes pour l’homélie

Pour résoudre le problème de la faim qui commence à tenailler la foule, les disciples proposent 2 solutions : soit renvoyer les gens dans les villages des alentours pour qu’ils les hébergent et leur donnent à manger, soit aller eux-mêmes à la ville acheter la nourriture nécessaire. Mais Jésus propose une 3e solution : « Donnez-leur vous-même à manger » ! Aussitôt les apôtres font l’inventaire. Le résultat de la collecte n’est pas brillant : 5 pains et 2 poissons. Un peu maigre pour 5 000 personnes.
La suite du récit est tout à fait étrange.
Il ne faut cependant pas être grand théologien pour remarquer la ressemblance, je dirais même l’identité entre cette histoire et les récits de la Cène et… des disciples d’Emmaüs.
Par ces 3 récits très semblables, saint Luc pose en quelque sorte la base d’une liturgie que célèbrent déjà les 1res communautés de chrétiens. Dans ces 3 récits nous retrouvons un élément tout à fait identique : le geste de Jésus : il prit le pain, le rompit et le donna.
Dans chaque épisode, ce geste est précédé d’un enseignement de Jésus : il proclame la Parole.
Nous retrouvons donc ici le fondement de la liturgie eucharistique : « écoute de la Parole » et « partage du pain ». Il est à ce sujet, intéressant de savoir que les premiers chrétiens ne parlaient pas d’eucharistie mais de « partage du pain ».
A partir de là et au fil des siècles et d’une histoire souvent tourmentée, l’Eglise a élaboré une liturgie de plus en plus compliquée qui risquait de verser dans l’idolâtrie d’un morceau de pain.
Le concile Vatican II a bien essayé de dépoussiérer cette liturgie devenue incompréhensible pour les non initiés, mais il n’en reste pas moins qu’elle reste encore trop attachée à l’exécution parfois maniaque de rites pétrifiés, alors que cette eucharistie devait être un moteur qui fait avancer, un cœur qui bat et fait vivre la communauté.

J’aime souligner que dans l’eucharistie il ne s’agit pas d’un simple morceau de pain, mais comme le montrent bien les 3 récits de Luc, il s’agit d’un pain béni, rompu et donné dans lequel la communauté reconnaît le corps du Christ, sa présence toujours actuelle.
Ce pain est béni, c’est-à-dire que nous le considérons comme un don.
Il est rompu c.-à-d. que je ne le prends pas pour moi tout seul, je sais qu’il m’est offert pour le partage et pour être donné.

Il va de soi évidemment, que ce pain constitué de grains de blés, représente tout ce qui peut combler nos faims : faims de nourriture mais aussi faim d’amitié, de liberté, de travail, de dignité…
Remarquons encore que la liturgie de Jésus ne se résume pas à un rite stérile ; elle bouleverse tous ceux qui partagent ce repas, cette liturgie fait advenir à la réalité ce qu’elle célèbre : la communauté devient « corps du Christ ».
Au départ c’est une foule anonyme qui se rassemble devant Jésus. Chacun est venu pour soi, pour son propre compte, avec son petit morceau de pain à manger en catimini pour combler sa petite faim. N’est-ce pas tous ces petits morceaux de pain que Jésus va rassembler pour le partage ? Et ce pain mangé tous ensemble transformera la foule anonyme en communauté vivante, en Eglise.
Nos assemblées ne sont-elles pas aussi constituées d’une foule anonyme, un rassemblement d’individus isolés ? Elles ne deviendront une véritable « communauté eucharistique » que lorsque le pain sera partagé c.-à-d. lorsque chacun trouvera sa place autour de la table ; lorsque tous, en commençant par les exclus de la société de consommation, se sentiront reconnus, accueillis, aidés, aimés pour eux-mêmes et pourront enfin goûter à la joie du Royaume. Oui, alors réellement, Jésus sera présent au cœur de notre communauté.

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(re)publié: 23/04/2019