LogoAppli mobile

Des pistes pour l’homélie du 5e dimanche de carême, année C

Piste 1

On jette devant Jésus une femme qui a commis l’adultère. Ce qui est le plus choquant c’est qu’on n’amène que la femme seule, le complice on l’a laissé aller. Il est naturellement plus facile de s’attaquer aux plus faibles.
C’en est fini pour cette femme, elle n’a plus aucune chance d’en sortir, elle est déjà par terre et sera bientôt sous terre. Elle est cernée par la foule. Chacun a ses pierres en mains prêtes à être jetées. On n’attend que l’ordre, c’est-à-dire la réponse de Jésus à la question piège : « faut-il oui ou non la tuer ? »
Jésus s’abaisse et se met au même niveau que la femme, c’est-à-dire par terre, car il sent que ce sera bientôt son tour d’être jeté par terre et de tomber sous les coups.

Cette pratique qui semble d’un autre âge, n’a guère évolué, ne sommes-nous pas aussi armés de pierres et de mépris pour cette femme prise en flagrant délit d’adultère, comme pour celui qui est sorti de prison, pour cet alcoolique, ce voleur ou ceux-là qui ont abandonné leurs enfants… Et nous ne nous privons pas de les jeter par terre, de les lapider sans leur donner la moindre chance de se racheter, se ressaisir, de changer et de reconstruire un nouvel avenir.
Tous ces gens hargneux, Jésus va cependant les contraindre à rentrer en eux-mêmes, un peu comme l’avait fait l’enfant prodigue, dont l’Evangile nous parlait dimanche dernier.
Jésus va les obliger à constater qu’ils ne sont pas aussi purs qu’ils en ont l’air. « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre » … et chacun s’en retourne un peu moins fier.
Si cette femme a pu être sauvée, c’est grâce finalement à ceux-là qui ont eu la franchise de rentrer en eux-mêmes et de regarder leur passé peu glorieux. Sans ce retournement, Jésus n’aurait rien pu faire pour que cette femme ne soit pas lapidée. En quelque sorte nous pouvons dire que les accusateurs sont aussi sauvés.
Quand tous sont partis, Jésus va alors se relever tout en relevant la femme, un peu comme s’il se relevait du tombeau en entraînant avec lui tous les pécheurs.
Mais cette résurrection, ce nouveau départ pour la vie n’a été possible que grâce à tous ceux qui ont accepté de rentrer en eux-mêmes et de laisser tomber leurs pierres.
Oui, il n’y a de Pâques possible que si nous aussi, aujourd’hui, nous acceptons de rentrer en nous-mêmes et de regarder notre passé.
Nous aider à rentrer en nous-mêmes, c’est tout le sens du sacrement de réconciliation qui nous est proposé en préparation à Pâques.
Ce regard sur notre passé, loin de vouloir nous enfoncer dans une culpabilité morbide nous permettra au contraire de regarder non plus seulement notre propre avenir mais aussi celui des autres, avec confiance et optimisme.
Ce n’est que lorsque nous auront lâché les pierres que nous serrons dans nos mains pour lapider les autres, que Jésus pourra nous aider à nous relever tous et à reconstruire un avenir nouveau, les prémices de la résurrection.

Piste 2

Dans certains pays, aujourd’hui encore, certaines lois religieuses invitent à lapider les femmes adultères. Dans notre religion, il n’y a pas tellement de siècles, c’étaient les hérétiques et les sorcières qui périssaient sur le bûcher.
Comme dans l’Evangile d’aujourd’hui les exécutions attiraient les foules qui se réjouissaient de participer à la mise à mort de ces possédés du démon.
De telles pratiques nous révoltent aujourd’hui et on se demande comment est-il possible d’abord que les religions aient justifié de telles tueries mais aussi que des personnes soi-disant ‘vertueuses’ puissent participer au massacre d’autres personnes de leur entourage et même s’en réjouir ?
Lorsqu’autrefois un malheur frappait une population, ce malheur ou cette catastrophe était considéré comme une punition des divinités à cause de la faute des hommes. Alors on cherchait un coupable et pour apaiser la colère des dieux on le mettait à mort. Une fois mis à mort, le peuple pouvait retrouver sa sérénité.
Jusqu’au jour ou ces sacrifices humains furent heureusement remplacés par le sacrifice d’un animal. Rappelons-nous le sacrifice d’Isaac.
L’animal sacrifié était le « bouc émissaire » càd celui qui était sacrifié en portant la faute des hommes.
Personne donc ne se sentait ni coupable, ni responsable d’aucune faute puisque la victime était chargée de tous les péchés de la communauté.
Jésus s’est élevé contre cette conception de la « colère de Dieu » qu’il fallait apaiser. Chacun est responsable de sa faute et doit en rendre compte personnellement. C’est un peu facile de s’en décharger sur le dos d’innocents exécutés.
Sans doute dans nos pays il n’y a plus de mise à mort, les bûchers sont éteints et pourtant insidieusement l’idée du « bouc émissaire » continue à faire des ravages.
Il n’est pas difficile d’observer que partout où des femmes et des hommes sont ensemble, très rapidement émerge du groupe un « bouc émissaire » : que ce soit dans la classe à l’école, dans l’atelier, au bureau, dans le village et même parfois dans la famille. Il y a souvent, comme on dit, « une tête de turc », une personne fragilisée, plus vulnérable, plus faible, un peu différente… sur laquelle tout le monde s’acharne pour la faire ‘craquer’. On la rend responsable de tout ce qui ne va pas, on lui impute toutes les erreurs, les accidents et les ratés.
S’il n’y a plus de mort sanglante aujourd’hui, il y a cependant toujours autant de mise à mort aussi cruelles et vicieuses : on décourage la victime, on fait tout pour qu’elle parte, qu’elle perde son emploi voire même qu’elle se suicide ! Les exemples sur Facebook sont légion ! En lui faisant endosser tout le mal, cela permet a chacun de se déculpabiliser : « c’est pas moi, c’est lui ». Moi je suis du bon côté, je n’ai rien à me reprocher, je suis pur, vertueux, j’observe les commandements…
Oui, des femmes lapidées, des « boucs émissaires » existent plus que jamais dans notre société. Ils sont lapidés avec des mots qui tuent aussi sûrement que des pierres.
Comme dimanche dernier avec l’enfant prodigue qui « rentre en lui-même », Jésus force tous les accusateurs à jeter leur pierre, à rentrer en eux-mêmes pour reconnaître leur faute, leur responsabilité dans le mal qui nous assaille.
Nous prenons alors conscience que nous ne sommes pas nécessairement meilleurs que toutes celles et ceux que nous avons envie de lapider. C’en est fini du bouc émissaire, nous dit Jésus, même si lui mourra aussi de cette manière.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
Dans cette rubrique
(re)publié: 13/03/2019