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Fête du Corps et du Sang du Christ

1. Ils étaient nombreux et le soir tombait dans cette région peu fréquentée. Vient l’heure du repas. Les disciples s’inquiètent. « Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger » proposent-ils à Jésus. Mais ils s’attirent aussitôt une réponse surprenante : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » Ce qu’ils se disent incapables de faire : il n’y a ici que 5 pains et 2 poissons.

2. Le pain que nous mangeons est le symbole le plus significatif de tout ce qui est nécessaire à la vie. Actuellement, plus de 800 millions d’hommes dans 53 pays, soit une personne sur neuf, souffrent de malnutrition aiguë et nécessitent une aide d’urgence. Mais beaucoup plus souffrent de ne pas avoir accès à l’eau potable ou aux soins et plus encore à la liberté, à la considération, à l’entraide. Parce que le pain représente bien plus que ce que nous mangeons. Il est le symbole de tout ce qui permet de vivre vraiment, réaliser des projets, de construire notre personnalité, d’agir, de trouver dans notre monde le goût de vivre. Et bien sûr ils ne sont pas si loin de nous ceux qui souffrent de manquer de travail, de la solitude dans leurs jours de vieillesse, et qui ont faim de soutien, d’attention, de paix, de compassion, d’amour.

3. Devant une telle famine physique ou morale nous nous sentons impuissants et préférons peut-être ne pas y penser et renvoyons à d’autres le soin de trouver des réponses. Comme les disciples l’avaient pensé ce soir-là : « Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger ! » Qu’ils se débrouillent en quelque sorte. En leur disant « Donnez-leur vous-mêmes à manger » Jésus les invite à ne pas se défausser, même s’ils n’ont que 5 pains et 2 poissons, c’est-à-dire pas grand-chose pour l’ampleur de ces attentes.

4. Mais le geste qu’ils ont fait, que nous sommes appelés à faire, celui de partager de ce que Dieu nous a donné, d’un peu de notre pain, d’esprit de paix, de plus d’attention à l’autre, peut prendre des dimensions inattendues. Les spécialistes des Ecritures se sont même demandé si le partage de ces quelques nourritures n’avait pas déclenché chez tous l’envie de partager ce qu’ils avaient. Le miracle ne serait plus dans une multiplication physique des aliments mais de la multiplication des gestes de partage. Parce que l’exemple est communicatif, entraînant. Et lorsqu’on a fait un premier pas, on peut en faire un second et beaucoup d’entres par la suite. Mais il faut faire le premier pas.

5. Un deuxième enseignement veut nous conduire plus loin. Les gestes de Jésus sont ceux-là mêmes que ceux de la Cène dont nous avons entendu le récit par l’apôtre Paul dans la lecture précédente : « Levant les yeux au ciel, il bénit ces pains, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à tout le monde. » Les Pères de l’Eglise ont vu dans le récit du partage du pain multiplié à profusion l’annonce de ce qu’il ferait le soir du Jeudi saint, ce soir où il donnerait non un pain qui se perd mais sa personne comme pain véritable, pour que notre foi soit plus qu’un assentiment moral, communion avec lui. Les Douze et bien d’autres avaient vécu en communion avec lui et découvert qu’il avait changé toute leur manière de comprendre les choses, qu’il avait donné un sens nouveau, inconnu, à leur existence. Avec ce « Faites-ceci en mémoire de moi », ils comprirent qu’ils ne pouvaient pas le garder pour eux et qu’il fallait aller le dire partout, à tous. Merveilleuse mission qu’ils firent avec enthousiasme, cet enthousiasme qui nous a quittés tant nous ne voyons plus l’incomparable richesse que Jésus fit en venant parmi nous.

6. Parce qu’il faut bien le reconnaître, lorsque nous sommes plongés dans le silence de l’adoration eucharistique, lorsque nous le recevons dans la communion, nous sentons bien démunis pour réaliser que ce petit objet fait de farine et d’eau est le Christ. Nous le pensons intérieurement parce qu’il l’a dit. Mais nous ne le sentons pas. Alors nous le recevons un machinalement. Nous devons à Alphonse de Liguori les plus belles pensées pour nous aider dans cette recherche de sens. En citant d’abord le prophète Isaïe « En vérité vous êtes un Dieu caché » (Is 45,15), il continue « Nulle œuvre divine ne réalise ces paroles aussi parfaitement que l’adorable mystère de l’Eucharistie : là, notre Dieu est entièrement caché. Dans l’Incarnation, le Verbe éternel voila (cacha) sa divinité et manifesta son humanité ; au tabernacle celle-ci même (cette humanité) disparaît sous les apparences du pain… Les païens se forgeaient des dieux à leur fantaisie et ne purent jamais imaginer un dieu épris d’amour pour eux comme notre Dieu qui accomplit le prodige de se cacher dans une hostie et de rester ainsi, nuit et jour, sur l’autel, leur perpétuel compagnon, comme s’il ne pouvait, semble-t-il, se séparer d’eux, même un instant… Dans l’eucharistie Jésus Christ n’obéit pas seulement au Père, mais encore à l’homme… Lui, le Roi du ciel en descend sur l’ordre d’un homme : une fois sur l’autel il semble n’y demeurer que pour obéir aux hommes. Il y reste privé de tout mouvement spontané : il se laisse placer où l’on veut, exposer dans l’ostensoir, ou renfermer dans le ciboire ; il se laisse porter au gré du prêtre, dans les maisons, sur les routes, donner à la sainte table aux justes comme aux pécheurs. Quand il vivait sur la terre, disait saint Luc “il était soumis à Marie et à Joseph” ; dans l’Eucharistie, il se soumet à autant de créatures qu’il y a de prêtres dans l’univers ».

En recevant ton Corps, en nous y exposant, aide-nous, Seigneur, à ne cesser de méditer cette humilité que tu nous donnes à voir. Pour mettre notre cœur à genoux et notre main tremblante en te recevant. Alors nous saurons comment te porter comme un soleil d’or sur nos routes d’hommes.

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(re)publié: 23/06/2019