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Epiphanie

1. « Où est le roi des Juifs » demandaient les mages, ces sages venus d’orient consulter les Écritures auprès des responsables de Jérusalem et Hérode prenait peur. Trente ans plus tard, dans la dérision, Pilate répondait : « Jésus de Nazareth Roi des Juifs », il est là et montrait la croix et un condamné, défiguré. Et le Temple de s’en offusquer. Israël cherchait un roi à la hauteur de ses espérances et ne le trouvait pas. Hérode et Pilate craignaient un prince concurrent et s’en débarrassèrent. Quel destin pour un homme qui a refusé d’être roi et pourtant tellement parlé de royaume, du Royaume des Cieux, du Règne de Dieu ?

2. Lui, il serait ce Roi qui, de travailler de ses mains, ferait le choix. Il serait ce Roi qui n’aurait comme escorte qu’une douzaine de sans grade, des « gens quelconques ». Il serait ce Roi qui n’aurait d’autre palais pour les siens que les chemins de pierre qui ne permettent pas d’y reposer la tête. Il serait ce Roi qui n’aurait d’autre trône que la colline des béatitudes en Judée, ou le banc d’un esquif de pêcheur du lac. Il serait ce Roi sans argent qui dirait bienheureux les pauvres, les artisans de paix et ceux qui meurent pour la justice. Il serait ce Roi qui demanderait à boire à une femme de la Samarie honnie. Il serait ce Roi qui se ferait inviter à la table des sans-lois, s’y laisserait toucher par une femme de pauvre renommée. Il serait ce Roi qui se mettrait à genoux devant ses disciples comme le faisaient les plus petits des serviteurs au pied de leurs maîtres. Il serait ce Roi qui n’aurait que le commandement de l’amour pour loi et à cause d’elle porterait une pourpre dérisoire, un roseau pour sceptre, des épines comme couronne.

3. « Où est ton Dieu ? » Lancinante question posée à tout croyant dans ce monde du passé comme du présent, déchiré par tant violences, d’injustices criantes. Nous nous interrogeons, nous aussi, lorsque nous éprouvons cet inquiétant sentiment d’assèchement spirituel, tenaillé par la soif d’une présence sensible de Dieu qui donnerait de vivre les événements avec sérénité, dans les instants de dépression, les jours de deuil, les temps de maladie, voire les années de grande solitude. Je prie mais ne sens rien. Ma tête est vide et mon cœur triste. Guillaume de Saint-Thierry, ami de saint Bernard, disait bien cette attente : « Où es-tu, Seigneur, où es-tu ? Et où, Seigneur, n’es-tu pas ? Je suis certain qu’ici, maintenant, tu es avec moi. Mais puisque tu es avec moi, pourquoi, moi aussi, ne suis-je pas avec toi ? » N’y-a-t’il d’autre réponse que « l’assourdissant silence de Dieu » qui amenait le philosophe Sartre à la conclusion : « Dieu se tait, donc il n’existe pas. »

4. Les mages, continue le récit, « revinrent par un autre chemin ». Ils s’attendaient à rencontrer et honorer un Roi en sa cour, en son pouvoir mais ils ne trouvèrent qu’un enfant et sa mère. Seulement un enfant et sa mère. Seulement la fragilité humaine et la tendresse divine. Ni Hérode en cet enfant si fragile, ni Pilate face à son condamné à mort, n’ont vu l’humaine image de Dieu, la divine image de l’homme. Les mages, eux, l’y reconnurent et c’est à la fragilité humaine et à la tendresse divine qu’ils offrirent leurs présents, l’or inaltérable, l’encens de la prière, la myrrhe qui sert à l’onction sainte comme à l’embaumement sacré.

5. « Où est le Roi des Juifs ? » « Où es ton Dieu ? » « Où es-tu Seigneur ? » Par quels chemins faut-il passer ? Autant de questions posées aux « chercheurs de Dieu ». A la question « Où es Dieu ? », il est répondu une autre question : « Où es ton frère ? » Depuis que « le Verbe s’est fait chair », c’est dans l’homme qu’il se donne à voir, qu’il se fait entendre. Aujourd’hui comme hier. Parce que c’est là qu’il se donne à voir, c’est là qu’il attend d’être servi, c’est là qu’il se donne à être honoré. « Ce que vous avez fait à l’un de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Saint Vincent de Paul en avait une telle certitude : « Une sœur ira dix fois par jour voir les malades, et dix fois par jour, elle y trouvera Dieu… Allez voir de pauvres forçats à la chaîne, vous y trouverez Dieu. … Reconnaissons devant Dieu que les pauvres sont nos seigneurs, nos maîtres. »

Seigneur, nous te cherchons et pourtant tu es juste à côté de nous. Dans ce visage attristé, esseulé par un deuil qu’il faut éclairer par ton espérance comme une huile de myrrhe ravivante. Dans cette malade que la perte d’autonomie physique, mentale, met à distance et à laquelle il faut offrir un peu d’encens de dignité. Dans cet enfant qui, loin là-bas, dans les ruines de son chez-soi, attend que nous apportions un peu du confort et de l’or de notre bien être. Donne-nous, Seigneur, de te trouver là où tu es caché et nous repartirons par d’autres chemins vers ceux que tu es venu nous montrer.


Aloyse SCHAFF
as1932 gmail.com
 
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(re)publié: 06/01/2019