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Dimanche des Rameaux et de la Passion

1. Ce dimanche associe dans la même célébration l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem et le récit de sa passion. Un succès populaire et puis une mort dans la solitude. Un accueil enthousiaste et puis le rejet le plus total. Une grande fête lumineuse et les heures sombres d’une tragédie. C’est ce que le récit de sa passion nous raconte. Que nous entendons toujours avec grande émotion. Le pouvoir du Temple avait eu raison de lui. Le Juste est maintenant injustement accusé et condamné par les plus hauts responsables religieux de son peuple, tourné en dérision par ses gardiens qui se jouaient de lui, abandonné par ses disciples, renié par Pierre qui avait pourtant dit qu’il mourrait pour lui. Horriblement, indécemment crucifié, à la vue de tous par Pilate. Quel destin !

2. Qui fut, est encore aujourd’hui le destin de tant d’hommes, de communautés d’hommes, de peuples d’hommes. Depuis Caïn et Abel, images de la souffrance de l’un et l’envie de faire souffrir de l’autre. « Agis bien. Pour que le péché tapi à la porte, avide de toi ne l’emporte » (Ge 4,7), avait dit le Seigneur à Caïn jaloux de son frère. Il ne l’entendra pas et Abel mourra. Deux frères, deux visages de l’homme ou plutôt, l’homme aux deux visages. Parce qu’au cœur de l’homme, de chaque homme, cohabitent celui qui souffre et celui qui peut faire souffrir. Abel un jour, Caïn demain. Qoheleth, ce sage du premier testament, en fera l’amère constatation en reconnaissant que l’homme partage son temps, entre le temps d’aimer et le temps de haïr, le temps de déchirer et le temps de coudre, le temps de démolir et le temps de construire, le temps de planter et le temps d’arracher, le temps de guerre et le temps de paix. (Qo 3, 1-8) Mais en définitive, très désabusé, il ne saura que dire : « Vanité des vanités, tout est vanité. » (Qo 1, 2) Et de conclure avec amertume : « Plus heureux celui qui n’a pas été, puisqu’il n’a pas vu l’œuvre mauvaise qui se pratique sous le soleil. » (Qo 4,3) Et c’est grande détresse, grand désespoir qui vient comme le dit Albert Camus « de ce qu’on ne connaît plus ses raisons de lutter et si, justement, il faut lutter ».

3. Jésus nous a appris autre chose, à vivre autre chose, parce que son Père avait mis si grand espoir dans l’homme et l’homme si peu en son Père, qui est aussi notre Père. Alors il a pris par la main, il a épousé cette humanité pour la conduire vers lui par les chemins que les hommes allaient lui rendre les plus abrupts. Il aurait pu se taire, sinon accepter quelque compromis. Mais il ne voulait pas, il ne pouvait pas ne pas dire ce qu’il disait voir en son Père. Que l’amour seul devait être aux commandes de nos relations les uns avec les autres. Que le péché de l’homme, le seul péché de l’homme, est de tuer en lui et autour de lui ce comment et pourquoi il est fait, « par amour pour aimer », comme le dit sainte Catherine de Sienne, cette femme exceptionnelle qui passa la plus grande partie de ses trente-trois ans de sa vie à réconcilier des hommes. Jésus a bien compris qu’il se ferait rejeter par ceux qui en avaient le pouvoir. Alors il mourrait d’amour. Pour l’homme, au nom de l’humanité entière.

4. De cette humanité à laquelle nous appartenons. Parce que nous sommes aussi concernés, nous qui pouvons penser que nos propres fautes, nos manquements à l’amour ne sont pas si graves pour que Jésus ait besoin d’en mourir de cette manière. Pourtant nous savons aussi semer des germes de discordes, refuser la main tendue, passer notre chemin loin des blessés de la vie, se taire quand il faudrait crier. Chaque fois que nous laissons la colère, la jalousie, la méchanceté, la rancune entrer dans notre cœur, se voir dans nos yeux, asservir nos mains, nous alourdissons la souffrance et la croix des hommes qui est aussi celle du Christ. Sur le chemin de la Croix, il y avait ceux qui l’en ont chargé et ceux qui l’accompagnaient en pleurs, se sentant impuissants, incapables de changer les choses, comme nous devant l’ampleur de la souffrance humaine. Il fallut ce jour-là réquisitionner un homme, Simon de Cyrène. Nous pouvons en être. Chaque fois que nous choisissons de vouloir du bien, de dire du bien, de faire le bien, nous sommes à ses côtés, marchons avec lui, participons avec lui, en lui et par lui à la venue du Règne de Dieu sur notre terre.

5. La semaine sainte qui s’ouvre va mettre sous nos yeux la croix pour que cette image de mort devienne le support de notre méditation. Ce que firent tant de nos devanciers qui se convertirent devant elle. Comme Thérèse d’Avila, qui devant une statue du Christ flagellé raconte : « Le Christ, lorsque je le vis, imprima en moi son immense beauté, elle y est toujours, elle y est encore aujourd’hui ; il a suffi d’une seule fois… Si nous ne le regardons jamais, si nous ne considérons pas ce que nous lui devons et la mort qu’il a subie pour nous, je ne sais comment nous pouvons le connaître, ni agir à son service. » Nous nous réjouissons de célébrer Pâques, mais avant, ne faut-il pas comme nos frères protestants, donner au Vendredi saint une place de choix ? St Jean de la Croix, contemporain et de la même sensibilité que Thérèse d’Avila, écrivit ce poème au cours d’une extase douloureuse.

1. Un Pastoureau, esseulé, s’en va peiné.
Il n’est plus pour Lui, ni plaisir, ni liesse,
Car II songe à sa pastourelle sans cesse,
Le cœur d’amour tout navré.

2. Il ne pleure pas que l’amour L’ait blessé.
D’être ainsi dolent, là n’est pas sa douleur,
Bien que sa douleur Lui poigne le cœur,
Mais Il pleure en pensant qu’Il est oublié

3. Or, à ce seul penser qu’Il est oublié
De sa belle pastourelle, en grande peine
Il se laisse outrager en terre lointaine,
Le cœur d’amour tout navré.

4. Puis, longtemps après, lentement il monta
Sur un arbre où Il étendit ses beaux bras ;
Et Il mourut, par eux toujours attaché,
Le cœur d’amour tout navré.

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(re)publié: 14/04/2019