22e dimanche du temps ordinaire
1. Jésus est invité au repas du jour du sabbat, par un chef de la mouvance pharisienne. Tous les mots disent plus qu’il n’y paraît. Le sabbat est jour de fête et le repas se doit d’être à la hauteur. Comme notre dimanche aujourd’hui. Jésus est invité par un notable, pas n’importe lequel, un chef de la mouvance pharisienne. La raison de l’invitation se lit dès la première ligne : « Ces derniers l’observaient. » Jésus, avant d’être un objet de scandale, fut d’abord un objet de curiosité. Et quelle meilleure occasion de l’interroger que de l’inviter à un repas avec les spécialistes et dignitaires de la religion ? Mais cet hôte ne s’attendait pas à ce qui allait se passer.
2. Jésus a d’abord mis tous les convives dans l’embarras en guérissant un hydropique, souffrant d’un œdème. Cela ne se fait pas un jour de sabbat pendant lequel il faut imiter le repos du créateur et n’accomplir aucun acte qui pourrait y contrevenir. Qu’il aille donc chez le médecin un autre jour que celui du sabbat. Pourtant, dit Jésus, qui « laisserait son fils ou son bœuf tombé au fond d’un puits » sans l’en retirer, sabbat ou non. « Ils ne purent rien répondre à cela » conclut le récit. Il met aussi dans l’embarras, lui qui n’est qu’un invité, ceux qui cherchent les premières places à table en leur rappelant une conduite de bon sens. Enfin il met dans un plus grand embarras encore son hôte en lui demandant d’inviter, non ses proches ou ses riches voisins, mais « les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles. Non, cet homme-là, Jésus, n’est plus à inviter. Lui il ira s’asseoir à la table de ceux qu’on n’invite pas.
3. Des comportements qui ne nous sont pas étrangers. Il fut un temps où, à l’identique, par héritage, travailler le dimanche était interdit et le cultivateur qui voulait rentrer sa récolte avant la pluie devait en demander l’autorisation à son curé qui d’ailleurs ne la refusait pas. Quant aux premières places, rien n’a changé. Ils sont attrayants, les hommes qui ont réussi en affaires, en politique. Ils ont des pouvoirs et des clés qui peuvent nous ouvrir des portes, obtenir de mieux vivre, de mieux réussir, enfin de leur ressembler ! Pour monter dans l’échelle de la considération publique, ne vaut-il pas mieux s’asseoir à côté de ceux qui ont pouvoir, fortune, renommée ? Et il apparaît bien que celui qui se met à la dernière place y restera longtemps. Quant à inviter des gens de la rue à sa table, il nous faut reconnaître que nous en sommes loin. Rien ne nous empêche d’inscrire dans nos budgets notre soutien aux associations qui viennent dans le monde en aide aux enfants et leurs familles qui souffrent de la famine et en meurent, aux victimes des dictatures, et à tant d’autres.
4. Jeudi dernier, on fêtait le roi de France, Louis IX, saint Louis. Son biographe raconte que « s’il y avait parmi ses pauvres un aveugle ou un mal voyant, le roi lui mettait un morceau dans l’écuelle et lui enseignait comment il devait mettre la main à l’écuelle : et encore plus quand il y avait un mal voyant et un impotent, il mettait du poisson devant lui, prenait le morceau de poisson et en retirait les arêtes diligemment de ses propres mains, et le mettait dans la sauce, et alors le mettait dans la bouche du malade. » Dans les recommandations dernières à son fils, on lit : « Cher fils, s’il advient que tu deviennes roi, prends soin d’avoir les qualités qui appartiennent aux rois. Et s’il advient qu’il y ait querelle entre un pauvre et un riche, soutiens de préférence le pauvre contre le riche jusqu’à ce que tu saches la vérité, et quand tu la connaîtras, fais justice. » Ce roi montra que grande noblesse, humilité et attention aux plus pauvres pouvaient marcher ensemble.
Seigneur, j’ai tout à apprendre. Toi qui nous vois faire tant d’efforts pour nous élever, donner le change, aide-nous d’abord à nous regarder nous-mêmes tels que nous sommes, en vérité afin de regarder l’autre plus justement.
Seigneur,
Je la connais cette secrète envie
Qui me dit à l’oreille du dedans
De m’avancer au premier rang
Pour ne pas passer pour un petit.
Seigneur,
Je la connais cette jalousie
Qui me fait mettre la suspicion
Sur la réussite et les opinions
De qui ne partage pas mon avis.
Seigneur,
Je le connais ce silence
Qui me tient à distance
De la reconnaissance et du merci
A qui je dois bien plus que je ne dis.
Apprends-moi, Seigneur, les chemins
De l’humilité qui fait de la place
A celui que tu as mis à mes côtés
Pour me faire connaître la richesse
De ta création et la joie de partager
Le trésor qu’en nous tous tu as distribué.

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.