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5e dimanche de carême

1. « Jésus s’était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourne au Temple de Jérusalem. » Ces détails, apparemment insignifiants, nous permettent de suivre Jésus presque pas à pas, quelques jours avant les événements de la passion. Peut-être séjournait-il chez Lazare, Marthe et Marie à Béthanie, petite bourgade au sommet du mont des Oliviers ? De bon matin, il retourne au temple, pour la première prière sans doute. Puis, à son habitude, « il se mit à enseigner ». Et on vient l’écouter de toutes parts tant ce qu’il dit est nouveau, tant la manière dont il le dit est nouvelle, « pas comme les scribes » (Mc 1,22).

2. Mais voilà justement que des pharisiens et des scribes l’abordent. Beaucoup sont scandalisés par les propos de Jésus qui en prend à son aise avec l’observation des commandements rituels sans fondement spirituel. Il nous change la religion, pensaient-ils. Jusque dans le Temple. Il faut le discréditer devant ses trop nombreux auditeurs. Ce cas d’adultère est produit pour le mettre à l’épreuve. On lit dans le livre du Lévitique : « Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort, l’homme adultère aussi bien que la femme adultère » (Lv 20,10). « Tu ôteras le mal du milieu d’Israël » rappelait encore le livre du Deutéronome, ce qui pouvait aller jusqu’à donner la mort par cette horrible lapidation. Cependant cette loi ne pouvait être appliquée qu’avec de grandes précautions : il fallait des témoins, qu’il y ait récidive et que cette femme ait été avertie de la sanction. On remarquera que l’homme est absent. Au temps de Jésus, cette sanction n’était très probablement plus appliquée et cela depuis longtemps. On peut comprendre.

3. « Dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là ? Et toi, que dis-tu ? » De l’adultère, Jésus en avait déjà parlé. Elle figure en bonne place parmi les commandements qu’il fait rappeler à celui qui lui demandait : « Bon maître que dois-je faire pour avoir en partage la vie éternelle ? » Auquel il répondit : « Tu connais les commandements : “Tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, tu ne feras de tort à personne, honore ton père et ta mère.” » (Mc 10, 18-19) Allant même plus loin que le commandement de Moïse : « Et moi, je vous dis : quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son cœur, commis l’adultère avec elle. » (Mt 5,28) Avec une telle exigence, Jésus ne devait-il pas aller jusqu’au bout ? Il ne répond pas mais s’agenouille, garde le silence, trace des signes dans le sable, on ne sait lesquels. Les accusateurs, eux, sont debout, sûrs d’être dans leur bon droit. Ce faisant, il prend du temps, laisse du temps. Ils voulaient une réponse dans l’immédiat, alors que la patience divine ne connaît pas le temps.

4. Après ce temps de silence, le temps de la patience, tombe la réponse. « Que celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. » Un retournement de question, un retournement du regard. Se frapper la poitrine avant de frapper celle de l’autre. L’exigence de fidélité n’est pas abolie mais est condamnée la prétention de se croire juste, en droit de faire justice. Jésus l’a déjà dit : « Ôte d’abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l’œil de ton frère ! » (Mt 7,5) C’est une question de logique, de vérité, de justice, un appel à l’humilité. « Je ne suis pas meilleur que mes pères » avait dit le grand Elie après s’être enfui, pourchassé par ceux qu’il avait tant humiliés. (1R 19,4) Le narrateur de notre récit poursuit, avec quelque ironie : « Ils se retirèrent l’un après l’autre en commençant par les plus âgés. » Preuve qu’ils s’étaient trop risqués, ceux qui condamnaient cette femme. Aujourd’hui, dans notre civilisation occidentale, la question ne serait même plus posée, tant la liberté de disposer de soi a pris le dessus sur la fidélité à l’engagement. Pourtant, depuis le 3 avril dernier, le sultan de Brunei, très riche petit état de l’île de Bornéo, a rétabli pour les musulmans la lapidation pour adultère et homosexualité, alors qu’aucun verset du coran ne prévoit une telle sentence.

5. François de Sales, l’apôtre de la douceur, écrivait à Jeanne de Chantal : « Nous accusons pour peu le prochain, et nous nous excusons en beaucoup ; nous voulons vendre fort cher, et acheter à bon marché ; nous voulons que l’on fasse justice en la maison d’autrui, et chez nous, miséricorde et connivence ; nous voulons que l’on prenne en bonne part nos paroles, et sommes chatouilleux et douillets à celles d’autrui. Nous nous plaignons aisément du prochain et ne voulons qu’aucun se plaigne de nous ; ce que nous faisons pour autrui nous semble toujours beaucoup : ce qu’il fait pour nous n’est rien, ce nous semble. Soyez égale et juste en vos actions : mettez-vous toujours en la place du prochain, et le mettez en la vôtre, et ainsi vous jugerez bien ; rendez-vous vendeuse en achetant et acheteuse en vendant, et vous vendrez et achèterez justement. »

C’est écrit, t’ont-ils dit, Seigneur. Mais, toi, tu n’as rien écrit. Seulement des signes que seul le cœur doit lire. Ils ne sont pas faits d’encre mais de miséricorde. Pour que dans nos mains les pierres qui lapident deviennent des semences de vie.

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(re)publié: 07/04/2019