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3e dimanche ordin.

1. Jésus vint à la synagogue comme il en avait l’habitude. La synagogue, qui signifie assemblée comme le mot église, n’était pourtant pas le lieu de la présence divine comme nous le disons de nos églises. Le seul lieu de cette présence était le Temple de Jérusalem. La synagogue était chaque vendredi soir le lieu de la parole et de la prière. On commençait par lire un texte et un participant qualifié, en général, un rabbi, un maître, en faisait le commentaire.

2. A Nazareth son village, ce jour de sabbat, Jésus revient. Depuis qu’il l’avait quitté, sa renommée s’était répandue tout particulièrement au nord du lac de Galilée, à Capharnaüm en particulier. Il ne fallut guère de temps pour qu’à Nazareth, à 30 km de là, on entende parler de son talent d’orateur, de guérisseur même. Alors on l’y attendait. Pour vérifier peut-être ce qu’on disait de lui. Ne devait-il pas à ses concitoyens la primeur de ce qu’il faisait, de ce qu’il disait ? Ne devait-il pas considérer qu’ils avaient droit à plus d’attention, eux qui le connaissaient si bien ? Ses parents n’étaient-ils pas encore parmi eux ? Ce jour-là donc on l’attendait avec beaucoup d’interrogations, de tension peut-être.

3. « L’Esprit du Seigneur est sur moi… le Seigneur m’a consacré… Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, aux aveugles qu’ils verront la lumière, annoncer une année de bienfaits accordées par le Seigneur. » Ces belles promesses messianiques que tous étaient impatients de voir se réaliser. Ici et maintenant. A cette époque, on n’imaginait pas un royaume céleste, dans un futur extra-terrestre. La richesse comme la santé étaient considérées comme des dons de Dieu pour la vie présente et ceux qui, se croyant « justes », en étaient privés, s’en prenaient violemment à Dieu comme le fit Job : « Quand cesseras-tu de m’épier ? Ai-je péché ? Qu’est-ce que cela te fait, espion de l’homme ? » (Jb 7,19-20).

4. Simple, sobre est le commentaire de Jésus : « L’année de grâce, annoncée par le prophète Isaïe, se réalise aujourd’hui sous vos yeux. » Ainsi donc le salut de Dieu serait arrivé et lui Jésus serait donc ce Messie, ce prophète des prophètes désigné et sanctifié par Dieu pour annoncer cette année jubilaire, cette année de bienfaits, de libération pour tous les opprimés, ce jour qui verrait une transformation sans précédent avec la venue du Messie, ce libérateur. On l’écouta avec attention d’abord mais rien de ce qu’on attendait à Nazareth ne s’est produit, pas même une guérison, dit le récit. On finit donc par l’expulser comme un faux messie.

5. Jésus, il est vrai, n’a pas guéri tous les sourds, tous les paralysés, tous les aveugles de la Galilée et de la Judée. Les temps de grâce, de paix annoncés, ce paradis terrestre espéré ne sont pas arrivés, ne sont toujours pas arrivés. Aujourd’hui, multitudes sont les victimes de notre système dominé toujours davantage par l’argent-roi. Les gilets jaunes disent certes de justes revendications. Mais le gilet lui-même est fabriqué en Chine. Personne ne manifeste pour ces ouvriers, ouvrières, enfants qui par leur sueur, leur santé, et un peu plus de pollution de la planète doivent nous donner « pour rien » à nous qui avons tant. La vie augmente et on s’en plaint. Mais là-bas au Yémen et bien ailleurs, elle ne peut plus augmenter : il n’y en a plus. On laisse des migrants mourir en mer ou devant des murs ou dans des camps insalubres. L’assourdissant silence n’est pas celui de Dieu mais bien le nôtre. Certes, comme l’écrivait au 13e siècle St Thomas d’Aquin, « on ne peut pas venir au secours de tous et c’est à l’initiative de chacun qu’est laissé le soin de disposer de ses biens de manière à venir au secours des pauvres ». Mais il nous faut toujours entendre le cri qui vient d’en haut « Pourquoi me persécutes-tu ? » et ne pas y rester sourd.

« Le royaume de Dieu est en vous » nous as-tu dit, Seigneur. Tu es venu habiter l’homme mais c’est pour que l’homme fasse que Dieu habite la terre. Ce que tu disais de toi ce jour de synagogue, tu voulais que nous le disions de nous. Ce que tu feras, tu nous demandes de le faire.
En cette journée nationale des lépreux, touche la lèpre de notre cœur qui nous met tant à distance les uns des autres. Amen.

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(re)publié: 27/01/2019