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2e dimanche de Pâques

1. De nos jours on veut tout comprendre, tout maîtriser, tout justifier. Les sciences ont progressé mais parfois le doute s’installe quand, par exemple, un médicament présente plus de risques que de bienfaits. On manifeste dans la rue pour que les promesses des dirigeants soient suivies d’effet parce qu’on en doute. On cherche des preuves pour accuser ou disculper les personnes mises en causes dans une affaire judiciaire. Rien de plus naturel. Mais sans la confiance que les enfants mettent dans leurs parents, les étudiants dans leurs professeurs, les administrés dans leurs dirigeants, la vie serait-elle sereine, vivable ? On ne peut pas vivre dans la suspicion permanente et l’on souffre de perdre confiance lorsqu’elle a été abusée. Publilius Syrus, un poète latin mort en 43 avant J.-C., écrivit : « La confiance est semblable à l’âme en un point : une fois envolée, elle ne revient point. » De manière analogue à ce que Marcel Pagnol disait de l’honneur : « Il est comme une allumette ; ça ne sert qu’une fois. »

2. On doit ce récit à Jean, peut-être le dernier apôtre vivant. Ce n’est pas par hasard que cet évangile écrit dans les années 90, à la frontière de l’époque de ceux qui ont vu Jésus et de ceux qui ne croiront que sur leur témoignage, nous parle du doute. Il entend répondre à une question que l’on s’est vite posée dans les premiers temps de l’Eglise : « Pourquoi le Ressuscité, s’il est vivant, s’il est au milieu de nous, reste-t-il invisible ? » Thomas n’eut pas confiance en la parole des autres apôtres. Il veut toucher son Christ, celui qu’il a connu, là où justement on ne peut pas le confondre avec quelqu’un d’autre. A ses plaies. A l’endroit des plaies qui disent la mort. Quel réalisme et quelle exigence ! Thomas ressemble à ceux qui, un jour, demandèrent à Jésus de leur montrer un signe qui vienne du ciel (Mt 16,1) ou à ceux qui se moquaient au pied de la croix : « Qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui. » (Mt 27,42)

3. Thomas, notre frère jumeau, a parlé pour nous ce soir-là. Qui n’a jamais douté ? Qui ne s’est pas demandé si tout ce qu’on nous a dit, qu’on nous dit toujours, est bien vrai ? Ce rêve de bonheur éternel, ce rêve du monde humain que Jésus ferait passer en réalité divine, seraient-ils illusoires, fruits d’une sourde espérance, comme le pensent ceux qui ne croient pas ? Si nous pouvions avoir des preuves, elles nous permettraient, nous semble-t-il, de ne pas marcher en aveugle et de convaincre autour de nous de la justesse de nos choix. Elles nous aideraient tellement, pensons-nous, à nous rendre plus croyants, parce que nous aurions de Jésus un sentiment de plus grande proximité, moins loin des yeux, plus proche du cœur. Mais, s’il était ainsi, morte serait la foi, mort serait Dieu.

4. Parce que justement l’infini serait cerné par et dans le fini, l’éternel limité par et dans le mortel, l’Amour sans limite réduit dans et par nos embrassades fugaces. L’homme aurait digéré Dieu. Il faut reconnaître à l’expression religieuse juive d’avoir constamment mis en exergue et placé très haut cette transcendance divine qui l’a tenu dans une très respectueuse vénération. Comme l’exprime Job qui, après avoir âprement discuté avec Dieu, l’avoir sommé de faire ce qu’il lui demandait, finit par reconnaître : « J’ai abordé, sans le savoir, des mystères qui me confondent… Aussi, j’ai horreur de moi et je me désavoue sur la poussière et sur la cendre. » (Jb 42, 3-6) Sur un ton plus tonitruant, le philosophe et journaliste Maurice Clavel a intitulé un de ses livres : « Dieu est Dieu, nom de Dieu ! » La parole de Jésus, « Tu ne mettras pas le Seigneur ton Dieu à l’épreuve », bouleverse Thomas. Il n’eut plus besoin de le voir de ses yeux, de le toucher de ses mains. Envahi par l’émotion, il ne sut que dire « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Thomas cherchait un chemin pavé de preuves. Il trouva un chemin d’adoration. Sur lequel nous pouvons repartir avec pour nourriture de bagage la dernière parole de Jésus : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! »

Seigneur, je sens bien que je ne te suis pas assez attaché malgré tout ce que je sais de toi. Je suis guetté par des sentiments de froideur, d’indifférence. Surtout lorsque les épreuves de l’âge, de la maladie, du deuil sont à ma porte. Toi qui as franchi les portes fermées du Cénacle, déverrouille nos réticences, donne la paix à nos cœurs inquiets. Donne-nous de vraiment ressentir que tu es avec nous « tous les jours jusqu’à la fin des temps ». (Mt 28,20) Seigneur, comme une grâce, nous te le demandons.

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(re)publié: 28/04/2019