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2e dimanche de carême

1. Ils avaient besoin d’être rassurés, ces disciples qui avaient un jour répondu à l’appel de cet inconnu venu du lointain village de Nazareth et l’avaient suivi. Pas tous les jours à ses côtés comme on l’imagine trop facilement. Car ils étaient pêcheurs sur la mer de Galilée et il leur fallait bien gagner leur vie. Mais en le voyant faire des guérisons, en voyant les gens de partout venir à lui pour cela, en l’écoutant leur parler d’une manière si nouvelle, si convaincante de Dieu comme d’un Père, comme personne n’en avait jamais parlé, ils commencèrent à le fréquenter. D’un autre côté, ceux qui avaient le droit de dire les choses de la religion, les scribes, les pharisiens les plus exigeants, ne cessaient de dire qu’il disait le contraire de ce que Moïse, l’ami de Dieu, avait dit et prescrit. Pour eux, Jésus n’était qu’un faux prophète, comme il y en avait toujours eu.

2. Pierre, Jacques et Jean. Manque André, le frère de Pierre, qui pourtant avait rencontré Jésus avant lui. Peut-être, trop bavard, aurait-il raconté tout à l’entour cet événement que Jésus voulait garder secret ? En voyant Jésus, mystérieusement transfiguré, converser avec Moïse et Elie, en entendant une voix venue de la nuée, semblable à celle qui conduisait les Israélites à travers le désert, leur dire « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le », les voilà enfin rassurés. Ils avaient sous les yeux la certitude que Jésus était bien l’ami de Moïse et d’Elie, que ce qu’il disait devait être cru. Leur émotion fut si grande qu’ils souhaitèrent en demeurer là : « Dressons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. » Pour que cela dure. Mais cela ne dura pas. Il fallut redescendre de la montagne sans avoir construit la tente de la présence divine, comme au temps de Moïse.

3. Avec cette étonnante recommandation que nous rapporte un autre évangéliste, Marc : « Comme ils descendaient de la montagne, il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts. Ils observèrent cet ordre, tout en se demandant entre eux ce qu’il entendait par ‘ressusciter d’entre les morts’. » Au contraire, ne fallait-il pas le faire savoir à tous ? A condition qu’on les crut ? Que serait-il advenu s’ils en avaient parlé ? A n’en pas douter, ceux qui déjà l’accusaient d’être un faux prophète trouveraient une réponse imparable à la question « Qui est cet homme ? » Voyez bien, c’est un fou, il a perdu la raison, il est habité par le démon. Les trois qui virent dirent aussi ne pas comprendre. Ils ne le purent qu’après la résurrection.

4. Leur histoire est aussi la nôtre. Un jour il nous semble si facile de croire, de prier, comme sur une montagne de lumière. Mais il arrive aussi le jour où il nous faut en descendre, celui du questionnement, du doute : est-ce que tout ce que j’ai appris à croire est bien vrai ? Ou cela n’est-il qu’un beau rêve ? Comme celui des disciples sur la montagne. Après des jours lumineux, en viennent d’autres que Jean de la Croix appelait « la nuit de l’âme », ceux du questionnement, du doute. Nous passons d’un état à l’autre sans trop savoir comment, pourquoi. Tous les saints en parlent, preuve qu’ils n’ont pas vécu tous leurs jours sur un nuage. Comme Guillaume de Saint-Thierry, un ami de saint Bernard l’a si bien dit. « Où es-tu, Seigneur, où es-tu ? Et où, Seigneur, n’es-tu pas ? Je suis certain qu’ici, maintenant, tu es avec moi. Mais puisque tu es avec moi, pourquoi ne suis-je pas avec toi ? » Les mêmes trois disciples devront, eux aussi, passer par le jardin de Gethsémani, ils s’y endormirent pour ne rien voir.

5. On doit à saint Vincent de Paul la réponse qu’il donnait à cette sœur qu’il imaginait prise par le doute : « Je vous avoue que, pendant un an ou peut-être six mois, je volais, tant j’étais fervente, j’allais servir les pauvres si volontiers, je leur disais de si belles choses, j’avais tant de satisfaction à entendre les lectures spirituelles, à parler et entendre parler de Dieu, et tout me semblait facile. Mais le temps est devenu bien contraire, car tout cela me manque maintenant ; je n’ai plus de ferveur ; si je vais servir les pauvres, c’est uniquement parce qu’il faut y aller ; si l’on me commande quelque chose, je le fais seulement pour obéir ; s’il faut communier, je communie parce que la règle le porte. Quand on m’ordonne de faire quelque chose, j’aimerais mieux m’aller promener. Par conséquent je suis une infidèle. » Vincent lui répondit : « Oh ! non, non, vous n’êtes pas infidèle pour cela. L’œuvre est-elle moins bonne pour ce que vous la faites sans consolation ou avec répugnance ? Tout comme il y a deux façons de naviguer, à voiles et à rames, aussi y a-t-il deux façons d’aller à Dieu, à rames et à voiles. A rames, c’est quand on a beaucoup de peine en les exercices, que l’oraison dure, qu’on n’y prend point de plaisir, que tout est à contre cœur ; à voiles, c’est lorsqu’on vole en ses exercices, que tout rit et que le vent des consolations souffle. Et Notre-Seigneur, quand il était sur la croix, en quelle détresse n’était-il pas ? N’a-t-il pas fait, en ces pénibles moments, l’œuvre admirable de la rédemption des hommes ? N’arrêtez plus votre vue à ce que vous êtes, mais regardez Notre Seigneur auprès de vous et en vous ; et vous verrez que tout ira bien. »

Seigneur, pour chaque jour mais surtout pour le temps de l’épreuve qui assombrit si vite nos cœurs, à la place de l’inquiétude du questionnement du que penser, du que dire, apprends-nous le silence de la contemplation.

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(re)publié: 17/03/2019