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2e dimanche - A Cana

1. « Or le troisième jour il y eut une noce à Cana. » Un repas de noces pour fêter l’alliance d’un homme et d’une femme par l’amour échangé. Le repas de noces, c’est un moment de bonheur partagé dans une ambiance de joie. Et le vin qui réjouit le cœur de l’homme pour y contribuer, comme le dit le psaume 103 (Ps 103, 15). Mais ce jour-là, à Cana, on manqua de vin. A cette époque, outre la parenté, les amis comme Marie qui habitait à 6 km de là, on invitait tout le village et les passants aussi. L’hospitalité est une tradition séculaire dans ce pays. Ce qui peut faire beaucoup de monde. Et l’ami du marié qui devait s’occuper de l’organisation de la fête n’en avait-il pas prévu autant. D’autant plus que les noces duraient 7 jours. On imagine son inquiétude. Une honte qui rejaillirait sur les mariés et dont on parlerait longtemps.

2. Marie, mère de famille attentive et prévoyante, s’en aperçoit et envoie les disciples en avertir Jésus. On a remarqué qu’elle disait « ils n’ont pas de vin » au lieu « ils n’ont plus de vin ». Pour signifier peut-être que Jésus apportait en son intervention plus qu’une joie éphémère, le temps d’une noce villageoise. Comme le confirme sa réponse à la question des disciples de Jean le Baptiste : « Pourquoi, alors que nous et les pharisiens nous jeûnons, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus leur dit : « Les invités à la noce peuvent-ils être en deuil tant que l’époux est avec eux ? » (Mt 9,14-15) Dans le passé, on a souvent présenté l’évangile comme un appel à la pénitence, à l’austérité alors que la joie en est le sentiment dominant. Dès les débuts. « Réjouissez-vous, soyez dans la joie » avaient proclamé les anges aux bergers dans leur nuit. Jusqu’à la fin retrouvons la joie de croire. Redisons-la nous dans nos journées. Montrons-la dans nos célébrations. Certes les épreuves attristantes ne nous manquent et nous ne manqueront pas. L’évangile peut nous aider à les vivre autrement que dans la désolation de l’âme.

3. Michel Delpech, décédé en janvier, il y a trois ans, a écrit : « J’étais jeune, j’avais du succès, la vie me souriait, lorsqu’une profonde dépression m’a mis à terre. J’ai plongé très bas. La maladie (le cancer de la langue) m’a tenu éloigné de la scène pendant dix ans. J’ai fait une rechute dépressive après mon premier cancer. J’ai survécu au jour le jour, les petites victoires se sont accumulées ; finalement, je me suis retrouvé à quai, quand patatras, le cancer est revenu… Pour un chanteur, perdre sa voix, c’est la pire épreuve. Depuis l’âge de 18 ans, la chanson est toute ma vie. Deux cents chansons en cinquante ans de carrière, dont trente “tubes”.
Durant cette plongée dans les ténèbres de la dépression, j’ai connu le chaos. J’ai cherché à en sortir par le “haut”, en tâtant du bouddhisme, de l’hindouisme, en essayant la méditation transcendantale… Mais je me suis rendu compte, progressivement, que tout cela n’était pas un chemin fécond pour moi. J’étais en train de me perdre. J’ai commencé simultanément à m’intéresser à cette part de mon identité que je refusais jusqu’alors de regarder : la religion chrétienne. Et j’ai osé… le christianisme ! Je ne sais si j’aurais eu cette hardiesse sans la dépression, je ne sais pas si je serais allé aussi loin dans cette voie. Une chose est sûre : depuis, Dieu reste l’objet incessant de ma quête.
Je suis profondément croyant. J’ai vécu un jour un “choc religieux” à Jérusalem, où j’ai rencontré le Christ. Je visitai le Saint-Sépulcre avec ma femme, et là, pressé pourtant par de nombreux pèlerins, soudain, devant le Tombeau, je m’agenouille et me voilà chrétien. Un peu comme Frossard, Claudel, Clavel – d’un coup. En l’espace d’un instant, Jésus est entré dans ma vie, dans mon cœur. C’était très doux. J’ai immédiatement eu la sensation que j’étais sauvé. Tout ce qui m’était arrivé auparavant devenait caduc. La seule chose que je ne remette jamais en doute, c’est l’existence de Dieu. »

4. Seigneur, j’aurais pu être l’un des invités à ce repas de noces si j’avais été de ce temps, de ce village de Cana ou même peut-être si j’avais commencé à te suivre, un peu hésitant. Je ne sais si je me serais aperçu qu’il n’y avait plus de vin. Je ne sais même pas si je me serais aperçu que tu étais là, tant tu as été discret. Peut-être, tout de même, me serais-je rendu compte que le vin à la fin du repas était meilleur. Grâce à toi.
Mais je ne regrette pas de n’avoir pas été à Cana tant ma vie est devenue fête aujourd’hui parce que tu es venu chez moi, non pas de passage, mais à demeure. C’est vrai que parfois je me laisse aller, que le découragement et la tristesse me font oublier que tu es là, que je manque de cette joie que tu veux nous donner. Mais il y a ta mère. Elle me rappellera de faire tout ce que tu diras. Alors si je le fais, Seigneur, tu la convertiras à nouveau, cette eau de mon ordinaire, en vin de fête !

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(re)publié: 20/01/2019