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27e dimanche ordin. - « Augmente en nous la foi »

« Seigneur, augmente en nous la foi » demandent les Apôtres que Jésus venait de traiter d’hommes de peu de foi. Que demandaient-ils ? Qu’est cette foi que l’on peut ne pas avoir et si on l’a, la perdre, ce dont Jésus lui-même s’inquiète : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18,8)

1. Dans la revue Etudes des Pères Jésuites, un article portait comme titre en page de couverture : « Pourquoi on ne va plus à la messe ? » Il est écrit par un sociologue, directeur de la revue Esprit. Il y est dit que « la réforme liturgique d’après Vatican II n’est pas allée à son terme, mais qu’on a assisté à une réorientation vers un cérémonial figé qui fait que la communauté assiste à la messe sans être invitée à une réelle participation ». (Esprit, oct. 2019, p. 84) Selon lui, la raison principale se trouve dans le fait que la liturgie de la messe n’est pas assez participative, avec en ces derniers temps, une nostalgie du passé que l’on veut réanimer. Il est vrai qu’il fut un temps où « il fallait sauver les âmes » par une pratique des sacrements, condition incontournable du salut. Et la messe faisait partie de ces obligations sous peine de péché mortifère. Dans un autre article, un jésuite, philosophe cette fois, analyse plus largement les sources de la crise actuelle et pense que l’institution « ne prend pas réellement au sérieux les communautés chrétiennes comme sujets, au service desquelles est nommé le ministre. » (Ibid., p. 72) On s’interroge beaucoup sur les moyens « d’augmenter » cette foi qui semble s’éteindre si rapidement en Europe.

2. La question des apôtres et la réponse de Jésus, que seul l’évangéliste Luc rapporte dans les années 80, laissent à penser que les premières communautés chrétiennes étaient déjà en crise. Le retour annoncé du Seigneur ne se faisait pas. Paul, dans les années 50, avait déjà essayé d’y répondre. Alors jusqu’à quand faudrait-il pardonner 70 dix fois sept fois, se faire serviteur de tous, aimer ses ennemis jusqu’à donner sa vie, ces commandements hors normes, impossibles à mettre en pratique. On avait déjà entendu : « Qui peut-être sauvé ? » (Lc 18,26). La demande mise par Luc dans la bouche des Apôtres pourrait alors bien être considérée comme un appel au secours. Un appel au secours que l’on peut faire nôtre au milieu de ce temps de crise de l’Eglise qui voit, entre autres effets, les églises désertées, sa vision éthique de l’homme contrée. Temps de crise que l’incendie de Notre-Dame de Paris pourrait bien illustrer.

3. Pourtant les choses avaient bien commencé. Les apôtres étaient partis de rien. Ils avaient entendu Jésus, d’abord à distance, s’étaient rapprochés, étonnés dans un premier temps, admiratifs ensuite, captivés enfin par ce qu’il disait, ce qu’il faisait. Jésus les avait alors appelés à porter son projet, à partager ses sentiments, sa manière de voir et de faire. A une condition : qu’ils demeurent en lui, comme un sarment doit rester attaché au cep de la vigne (Jn 15, 1-10). L’attachement, voilà ce qu’il leur demande. A la racine de ce que nous appelons la foi, comprise comme la confiance si souvent évoquée dans les évangiles, se trouve l’attachement au Christ Jésus. Un attachement viscéral, même s’il n’est pas sentimental. Qui va bien au-delà d’un partage d’idées, de valeurs morales. Qui va jusqu’à accepter de croire à l’inimaginable comme d’ordonner à un arbre d’aller se planter dans la mer. Un très jeune enfant auquel son père aura dit que son jouet est rouge alors qu’il est bleu dira qu’il est rouge. Parce que c’est son père qui l’a dit. Pour les choses de la terre, on peut se tromper et changer d’avis. Pour les choses d’en haut, seul un attachement sans faille permettra de suivre le Christ Jésus. C’est cela que Luc veut nous signifier dans la réponse de Jésus à la demande des communautés chrétiennes d’hier et d’aujourd’hui.

4. « Seigneur, augmente en nous la foi » était la question et Jésus renvoie à ceux qui la lui posent. Pas de coup de baguette magique donc. Il nous appartient de décider de la hauteur, de la profondeur et de la largeur de cet attachement et de le faire grandir. Par tous les moyens à notre disposition comme les sacrements qui sont des effusions de l’Esprit de Jésus, la prière qui nous fait lever les yeux, la méditation pour nous illuminer de l’intérieur, la lecture qui nous donne de découvrir, de mieux comprendre, l’engagement caritatif qui nous met en mouvement. Nous saurons que nous sommes sur ce chemin d’un attachement grandissant si d’entendre le nom du Christ Jésus nous met en éveil, si un regard, même furtif, vers une croix, nous touche, et si, de la voir portée, même comme bijou, nous rappelle que nous sommes une communauté.

5. Pour en revenir à la messe évoquée précédemment, considérons-la comme la fête des fêtes, la fête de Noël et la fête de Pâques et la fête de la Pentecôte réunies. Tout y est donné pour qu’il en soit ainsi. Et la rencontre comme en famille, et la parole pour aller plus loin, et l’action de grâce qui fait remercier, et la communion pour faire grandir cet attachement en réponse à celui qui nous est donné au cœur de la célébration. Ce « pour vous » doit nous émouvoir. La fête des fêtes, pour être vécue comme telle, ne va pas sans ambiance festive. Il nous appartient de la créer. Non, le chant n’est pas réservé à une chorale. Une fête de famille se voit sur les visages, se fait entendre autrement que du bout des lèvres, se vit autrement que chacun pour soi.

Alors faisons vivre ce chant de la communauté de l’Emmanuel : Eclate de joie, chante et danse pour ton Dieu, allé-allé-alleluia !


Méditation « A l’écoute de la Parole »

Il s’ouvre, le livre qui n’est pas livre
Mais, venue d’en haut, Parole vive.

Ce n’est pas un lecteur que tu entends,
C’est la voix du Prophète de la nuit des temps.

Il n’est pas d’un officiant le message écouté,
C’est l’écho de Sa voix qui revient de Galilée.

Alors ferme les yeux, et l’esprit éveillé,
Laisse glisser en toi la rivière des mots
Qui rafraîchissent à chaque soubresaut
Les pierres ballottées, les cœurs desséchés.

Elles demandent rumination obstinée,
Ces paroles à moudre comme du grain.
Et à être pressés, ces grains de raisin
Qui donneront pain et vin divins à partager.

Mais la parole qui vient juste de passer
Que tu n’avais jamais remarquée,
Ne la perds pas, emporte-la, médite-la.
C’est Christ qui vient de t’emboîter le pas.

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(re)publié: 06/10/2019