LogoAppli mobile

24e dimanche ordin.

1. Cette parabole nous est bien connue. On l’appelait autrefois la parabole de l’enfant prodigue. On insistait alors sur le repentir de ce fils qui pourtant n’avait guère de repentir puisqu’il voulait revenir parce qu’il avait faim. Aujourd’hui on l’appelle plus justement « parabole du père et des deux fils ». L’histoire de ces deux fils, c’est l’histoire des hommes dans leur relation avec le Seigneur. Notre histoire personnelle.

2. Il y a d’abord celle de ce fils cadet, le plus choyé peut-être comme tout dernier né, que le père laisse partir sans s’y opposer, sans rien demander quant à ce qu’il entend faire. Les détails sur le comportement et le devenir de ce fils paresseux et dépensier abondent. Il part en pays étranger, sans lieu de prière, sans tradition religieuse, y dissipe tout ce qu’il avait reçu, avec des filles dira l’aîné. Comble d’humiliation, il doit accepter de garder les porcs, animaux impurs entre tous pour tout croyant juif, sans même avoir lui-même de quoi manger. Et c’est pour cela qu’il revient. Et c’est le veau gras qu’on lui prépare, le seul veau gras de l’année que l’on élevait pour célébrer une fête importante comme un mariage. Vient alors l’histoire du fils aîné. Très en colère. Il y a de quoi. On le laisse aux champs alors que la fête a commencé, la fête qu’il apprend par les employés, une fête qu’on ne lui a jamais faite, à lui qui n’a cessé de travailler dans le domaine paternel. A quoi bon être fidèle si c’est pour être ainsi traité ?

3. Jésus s’adressait alors à tous ceux qui lui reprochaient de faire bon accueil à ceux qu’on appelait pécheurs, comme ces collecteurs d’impôts honnis pour leur collaboration avec l’occupant, comme ces mauvais pratiquants chez qui il allait manger, ces filles des rues qu’il faisait entrer dans le royaume des cieux avant eux. Jamais personne n’avait parlé ainsi. Ne devraient-ils pas être honorés, eux, les scribes et pharisiens, qui se donnaient beaucoup de peine pour respecter les commandements que leur avait transmis Moïse ? Cette parabole est une réponse à leurs questions et récriminations. Jésus ne répond qu’en leur montrant l’attitude d’un père présent tout au long du récit. C’est lui le personnage principal de la parabole. Là encore les détails abondent. On le voit guetter à l’horizon, courir vers ce fils qui craignait de l’approcher, se jeter à son cou et le couvrir de baisers, ce qui ne se faisait pas, même en famille. Il coupe court à la demande de pardon, le fait habiller somptueusement, bijoux compris et fait organiser la plus grande fête de famille qui soit. Un Père qui laisse à ses enfants le choix de leurs comportements, jusqu’à l’oubli et l’ingratitude, mais qui pour autant est un Père généreux, miséricordieux, accueillant, préoccupé du bonheur de ses enfants. Un père qui n’est pas d’ici. On l’a compris, il s’agit du Père des Cieux nommé 130 fois dans l’évangile de saint Jean.

4. Méconnaître cet amour est notre drame, notre faute, notre péché. Alphonse de Liguori écrivait : « Tout notre malheur, ô mon Dieu, est de ne pas vous aimer assez. » Ce malheur que peuvent connaître des parents qui ont tout donné pour leurs enfants et en voient l’un ou l’autre partir dans la nuit de l’oubli. Nous partons en pays étranger lorsque nous mettons nos choix de comportements à la place de ceux que Jésus nous propose de la part du Père. Nous gardons les porcs lorsque nous gardons en nous des sentiments de vengeance, de rancune, de jalousie, de médisance, tout ce qui n’est pas bienveillance. Nous ressemblons au fils aîné qui se révolte, lorsque nous en voulons au Seigneur de ne pas voir nos vœux exaucés. De ne pas savoir reconnaître cet amour du Père mis sous nos yeux en Jésus nous paraît bien difficile et nous décourage.
Une histoire juive raconte qu’un fils de roi séparé de son père par une longue distance, cent jours de marche, c’est l’autre bout du monde, veut revenir vers son père mais se dit : « Je ne peux pas, je n’en ai pas la force. » Le père l’apprend et lui adresse un message : « Fais comme tu peux. Marche selon ta force et moi je viendrai et je ferai le reste du chemin pour arriver jusqu’à toi. »

Faisons nôtre la prière de saint Bernard : « Mon Dieu, faites que je vous connaisse et que je me connaisse. »


Méditation

Seigneur, je suis en manque
De tout ce qui me fait ressembler à toi

En manque de reconnaissance
Pour les biens que le Père me fait en abondance
Et pour lesquels je devrais lui dire merci
Et, de ces dons, lui rendre tous les fruits.

En manque de ne pas savoir compatir
A la peine de celui qui pleure à côté de moi
En manque de ne pouvoir pardonner
A celui qui m’a si profondément blessé

En manque de bienveillance,
De celle qui se voit dans le regard
Qui ne cesse de dire à tout passant
Que je ne lui suis pas indifférent

En manque d’espérance aussi
Lorsque je ne broie que du noir
En me regardant comme dans un miroir
Lorsque l’épreuve me laisse démuni

En manque de ce silence
Qui me ferait t’entendre au plus profond de moi.

Seigneur, comble ce manque qui me fait souffrir
De ne pas te sentir habiter en moi.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
(re)publié: 15/09/2019