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21e dimanche ordin. - « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui...

« Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ?

1. Les hommes ont toujours eu le sentiment que des menaces concernaient leur vie, leur liberté et qu’ils avaient besoin de protection et de sauveurs si elles étaient menacées, attaquées. Ils avaient conscience aussi de ne pas être parfaits devant Dieu et le priaient de leur accorder le salut, à savoir le bonheur éternel. Une récente émission sur l’Inde montrait les immenses foules qui se rassemblaient près du Gange pour se purifier de leurs péchés. Du salut, de la rédemption, les auteurs de l’Ancien Testament en parlent plus de 700 fois. Comme il a délivré le peuple hébreu de l’esclavage, de l’exil, on y prie le Seigneur de délivrer maintenant Israël de tous ses ennemis mais aussi de tous les maux, de tout ce qui l’empêche d’être heureux. Il n’est donc pas surprenant que la foi chrétienne, qui s’enracine dans l’Ecriture, ait été appelée religion du salut. Le nom Jésus signifie Dieu sauve. Mais sauvé de quoi ? On pense au salut éternel, au bonheur sans fin dont nos péchés nous priveraient. On a pourtant bien le sentiment de ne pas avoir causé tant de mal pour mériter une damnation éternelle. Certes nous ne sommes pas parfaits et savons mal faire ou omettre de faire le bien. Mais comment un Père, puisque c’est ainsi que Jésus nous fait appeler Dieu, pourrait-il ne pas pardonner à ses enfants ? Alors qu’a voulu nous dire Jésus lorsqu’il dit que seront jetés dehors, là où il y a des pleurs et des grincements de dents, ceux qui commettent « l’injustice » ?

2. Qui sera sauvé, a demandé cet inconnu. Il pensait, lui aussi, à ce bonheur éternel, à venir à la fin des temps. Jésus ne répond pas à la question qui portait sur le futur mais renvoie au présent. Au bonheur présent. Et le bonheur présent, selon Jésus, ce qui rend heureux, il l’a détaillé dans le sermon sur la montagne : « Heureux vous qui êtes pauvres de cœur », si vous savez bien reconnaître votre indigence et jeter votre confiance en votre Père comme un enfant sait le faire.
« Heureux vous qui pleurez », si vous savez pleurer aussi avec ceux qui pleurent.
« Heureux si vous avez faim et soif de justice », si vous savez vous rendre insatisfaits de ce monde qui vous entoure, si vous savez compatir à la peine de celui qui marche à côté de vous.
« Heureux si vous devenez des artisans de paix », si vous savez vous défaire de vos armes de jalousie, de rancune, de vengeance, si vous décidez de considérer que l’autre est un frère.
« Heureux si vous êtes miséricordieux », si la miséricorde coule de votre cœur comme une huile de guérison.
« Heureux maintenant mais bien davantage encore lorsque ayant cheminé toute votre vie sur ces chemins-là, vous atteindrez les portes du Royaume des Cieux. »

3. Telle est la porte étroite. Etroite parce que ces comportement sont exigeants, parce qu’il faut se défaire de tout ce qui nous empêche de voir qu’ils ouvrent à ce bonheur qu’il nous est difficile de faire nôtre, trop encombrés que nous sommes par des richesses trompeuses. La porte d’entrée de la basilique de la Nativité à Nazareth est étroite et basse. On affirme que l’on voulait ainsi empêcher les croisés d’y entrer à cheval, les obligeant ainsi à en descendre et montrer plus d’humilité. En nous faisant demander à Dieu de nous délivrer du mal, ce n’est pas d’un démon extérieur, d’un porteur de mal, d’un malin, mais de nous-mêmes, lorsque nous commettons ce qu’il appelle « l’injustice », à savoir ce qui nous empêche d’être « justes », c’est à dire conformes à l’attente de Dieu. Celui qui fait le bien s’approche de Dieu, celui qui fait le mal s’en éloigne et ne peut être reconnu comme disciple de Jésus, même s’il « a mangé et enseigné en sa présence ». On entre dans le Royaume de Dieu ou l’on s’en écarte par chaque pas effectué dans le quotidien de notre vie. Jésus n’a cessé de nous renvoyer à nous-mêmes. « Du cœur en effet, dit-il, proviennent intentions mauvaises, meurtres, adultères, inconduites, vols, faux témoignages, injures. » (Mt 15,19).

4. Porte étroite certes, mais ouverte à tous ceux qui « de l’orient et de l’occident, du nord et du midi » feront leurs les vues de Jésus, même sans le connaître. Nous n’avons pas à nous demander d’abord quelle est la bonne religion, quelles sont les vérités à croire, quels sont les interdits à s’interdire. « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle » avait demandé un auditeur à Jésus. Il lui avait répondu par la parabole du bon Samaritain, la concluant par « Va et fais de même », fais comme cet étranger, cet hérétique honni. En voyant toutes ces foules de l’Inde chercher la purification dans les eaux du Gange, se lancer les uns sur les autres des quantités de poudres de couleurs, faire tourner des cylindres de prière ou des gourous s’astreindre à des positions insolites permanentes et douloureuses, on peut avoir le sentiment de savoir prier bien plus correctement qu’eux. Ne nous trompons pas. Ils prient Dieu !

Seigneur, Pierre a dit de toi : « Il est passé en faisant le bien. » Après avoir pris le chemin de la facilité, la nuit du reniement, il est passé lui aussi par la porte étroite au temps de la persécution parce qu’il avait compris que ce que tu avais dit, que ce que tu avais fait, était la voie du salut.
Donne-moi, Seigneur, de me lever le matin avec cette pensée : comment me mettre en situation de faire du bien, de résister à tout son contraire, de ne pas me laisser dominer par les forces du mal-faire qui sommeillent toujours en moi. Pour que je découvre ce bonheur qui fut le tien sur cette terre.

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(re)publié: 25/08/2019