LogoAppli mobile

14e dimanche

« Parmi les disciples, Jésus en désigna soixante douze, et il les envoya deux par deux en toute ville et localité où lui-même devait aller. » Le nombre 72 représentait symboliquement le nombre des langues parlées comme on le pensait à l’époque. Deux par deux parce qu’il fallait être deux pour que le témoignage soit reçu. Et Jésus de leur donner ses consignes, surprenantes pour certaines

1. La première : « Allez, je vous envoie là où je dois aller… Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : “Paix à cette maison”. » Paix en hébreu se dit « shalom ». C’est encore aujourd’hui en Israël le mot utilisé pour se saluer, se dire bonjour ou au revoir. « Ville de la paix » est le nom de Jérusalem. Le mot Paix revient souvent dans les évangiles. « Paix aux hommes » avaient proclamé les anges à la naissance de Jésus. « Va en paix » disait Jésus à celui qu’il avait guéri, à celle qui s’était vue pardonnée, à tous ceux qui avaient retrouvé le goût de vivre ! La paix selon Jésus ne représente pas seulement la bonne entente avec le prochain, la cessation de toute hostilité. Elle est bienveillance systématique, sans calcul, sans arrière pensée. En disant « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix », Jésus nous invite à entrer dans la sienne. A l’envoi final quand nous entendrons « Allez dans la paix du Christ », ne pensons pas : « Allez la messe est dite » mais « bien plutôt la mission commence et la tâche est immense ».

2. Avec pour seule mission : « Guérissez les malades qui s’y trouvent. » Cela se passe au cours de sa montée à Jérusalem. Jésus sait que son temps est compté. Il avait tant de choses à dire, tant de gens à rencontrer. Alors il envoie des disciples, d’ordinaires disciples, avec cette consigne : « Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites- leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous !” » On devine bien qu’en se rendant dans ces maisons, les disciples avaient à cœur de dire qui les envoyait. La maladie représente la fragilité humaine. Physique d’abord car elle met à mal le goût de vivre. Morale aussi lorsqu’on le perd pour des raisons comme la mésentente familiale, la pauvreté, le délaissement. Spirituelle enfin pour qui n’a pas pris la mesure de la fraternité à développer, de l’amour à donner. Justement, Jésus entend faire connaître ce qui est au cœur de son message : « Vous êtes aimés. Mon Père vous aime, comme moi je vous aime. Alors aimez-vous les uns les autres ! » Se savoir aimé, savoir aimer conduit sur le chemin de guérison de toutes nos fragilités. La vocation de l’Eglise est d’être missionnaire, porteuse du message de cette Bonne Nouvelle. Mais elle ne pouvait le faire sans créer des dispensaires, des hôpitaux, des écoles. Nous avons tous en mémoire l’admirable œuvre de Mère Teresa en ces mouroirs de l’Inde, et de bien d’autres avant elle comme Vincent de Paul à la recherche des bébés et enfants abandonnés, comme Pierre Claver qui s’est dit l’esclave des Africains de Colombie qu’il accueillait, ou Joseph Damien l’apôtre des lépreux, devenu lépreux à leur contact. Les quêtes pour les œuvres caritatives, catholiques ou non, ne les mettons trop vite à la poubelle. Elles nous permettent de répondre à cette immense prière des souffrants qui sont à notre porte et transforment notre prière pour eux en acte. « Je suis né nu du sein de ma mère, je repartirai nu dans le sein de la terre » nous rappelle Job. Qu’ai-je fait de tout le bien acquis ?

3. « Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales... ne vous attardez pas… » ajoute Jésus. Cela peut paraître paradoxal. Ni argent qui permettrait de subvenir à ses besoins, ni sac pour ne pas s’encombrer, ni sandales qui permettent d’aller plus loin, plus vite. Sans s’attarder parce que la souffrance est partout. Il y a urgence, dit Jésus, et n’hésitez pas à répondre aux appels que vous entendez même si vos moyens sont pauvres. « Vous pouvez toujours donner quelque chose, même si c’est seulement la gentillesse » écrivait Anne Frank.

4. Mais sachez que « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups », autrement dit, que vous prendrez des risques. « Le disciple n’est pas au-dessus du maître. » « On vous rejettera vous aussi comme on m’a rejeté » disait-il encore sur cette route qui le conduisait à Jérusalem vers son arrestation. En commençant par les siens. Parce que les loups peuvent être dans la bergerie. Judas le livrerait pour de l’argent. Pierre le renierait par peur. Le pasteur Dietrich Bonhoeffer, pendu dans une prison de Berlin pour s’être opposé au nazisme, avait écrit dans Le prix de la grâce : « Ce n’est pas l’acte religieux qui fait le chrétien, mais sa participation à la souffrance de Dieu dans le monde » pour exprimer sa conviction que l’engagement chrétien dans la fidélité peut faire passer par des chemins douloureux.

Seigneur, fais qu’à l’exemple de notre pape François, nous ayons le courage de sortir pour nous risquer au témoignage, à dire plus de fraternité, plus de partage. Parce que moi je ne sais peut-être que faire, comment faire, inspire-moi. Sois à mes côtés lorsque des épreuves risquent de saper mon courage. Aide-moi à rester fidèle malgré les oppositions, les incompréhensions. Dans ces moments-là, donne-moi de lever les yeux vers toi, de te regarder, toi qui es toujours devant.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
(re)publié: 07/07/2019