LogoAppli mobile

Baptême du Seigneur (13/1) : Commentaire

Ce dimanche est déjà hors du cycle de Noël-Epiphanie, si l’on restreint ce cycle à la naissance et à l’enfance de Jésus. Il inaugure la vie missionnaire du Christ. Par ailleurs, il appartient encore au cycle épiphanique dont il est comme la clôture, avec son épiphanie particulière : Jésus, caché pendant trente ans, est maintenant ‘épiphanié’, manifesté comme le Messie.

On pourrait parler de dimanche charnière. Il passe de la vie cachée du Christ à sa vie publique. Il faut y voir cependant plus qu’une simple transition. C’est le passage important, le moment-clé où le Christ est manifesté comme Fils du Père, comme Messie envoyé pour nous libérer. Y est proclamée notre propre dignité de fils et de filles de Dieu.

On ne saurait assez mettre en valeur ce dimanche. La liturgie orientale, parfois plus perspicace, ne s’y est pas trompée qui donne à cet événement la place qui lui revient, au point d’en faire la fête par excellence de l’Epiphanie du Christ.

[Si l’Epiphanie est célébrée le 7 ou le 8 janvier (quand Noël tombe un dimanche), le Baptême du Seigneur est fêté en semaine, le lundi.]

Première lecture : Is 40,1-5.9-11

A première vue, ce texte semble mieux fait pour l’Avent que pour le Baptême du Christ. Mais, quand on le médite, on s’aperçoit qu’il s’insère bien dans le baptême de conversion prêché par Jean (évangile) et qu’il prépare l’éclatante manifestation (épiphanie) de Jésus à son baptême.

Jérusalem, qui personnifie le peuple de Dieu, a reçu une terrible, une double punition pour toutes ses fautes. Elle est déportée, en exil à Babylone (vers 550 avant J.-C.). Mais Dieu l’aime toujours et veut la ramener au pays. Consolez mon peuple... parlez-lui au cœur. Le service d’esclave est accompli, le crime d’apostasie est pardonné.

Monte vite sur la haute montagne, élève la voix. Et avec force ! Toi qui portes la bonne nouvelle à Sion, le peuple désolé, dis : Voici le Seigneur Dieu, il vient avec puissance comme un guerrier victorieux, ses trophées de victoire le précèdent.

Mais c’est un roi dont le royaume n’est pas de ce monde, sa victoire est sur le Mal, sa puissance est de bonté. Il va se mettre à la tête de son troupeau, l’Eglise. Avec une tendre attention pour les petits et les faibles, comme le berger qui porte les agneaux sur son cœur et prend soin des brebis qui allaitent leurs petits.

Déjà nous est révélé qui est Jésus : le Seigneur de gloire et de majesté et, en même temps, le doux et humble de cœur.

Mais ne vous contentez pas d’entendre cette bonne nouvelle. Préparez cette venue. Comme au temps de “l’adventus”, de la venue d’un roi dans une de ses provinces éloignées, tracez une route... tout ravin sera comblé, toute colline abaissée... (versets auxquels se réfère Jean Baptiste dans l’évangile de ce jour).

Ce Seigneur qui vient avec puissance, c’est le Christ que la voix du Père et l’onction de l’Esprit manifesteront (épiphanieront) à son baptême (évangile).

Psaume : Ps 103

Psaume épiphanique. Il décrit ’’l’épiphanie’’, la manifestation majestueuse de Yahvé dans la nature. Il prépare la manifestation du Père au baptême de Jésus.

Ô Dieu admirable, tu es revêtu de magnificence. Tu as pour manteau la lumière. Comme tenture tu déploies les cieux. Toutes les forces et toutes les beautés de la nature sont tes servantes : des nuées, tu te fais un char ; des vents, tes messagers. Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! Nous te rendons grâce pour la création, reflet de ta splendeur.

Tu nous combles de tes bienfaits, la terre s’emplit de tes biens. Tous ils comptent sur toi. Sans toi, les hommes ne peuvent rien : tu reprends leur souffle, ils expirent. Tu envoies ton souffle, celui de ton Esprit, ils sont créés à neuf. Oui, dans l’Esprit, descendant sur Jésus au Jourdain, tu renouvelles la face de la terre.

Deuxième lecture : Tt 2,11-14.3,4-7

La première partie de cette méditation est commentée la Nuit de Noël, 2e lecture.
La deuxième partie, commentée ici, semble tirée d’une hymne d’action de grâce pour le baptême.

Au baptême de Jésus, comme à Noël, Dieu a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes. Il ne s’est pas montré le Puissant, le Terrible - comme l’Ancien Testament l’avait souvent saisi. En Jésus - visage visible du Dieu invisible - Dieu s’est montré tel qu’il est : bon, tendre.

En Jésus, il nous a sauvés, libérés de l’absurde. Il a ouvert une porte (les cieux qui se sont déchirés au baptême du Christ) vers la réussite finale.

Nous y avons part par le bain du baptême. La liturgie primitive ne connaissait guère les quelques gouttes d’eau sur le front. Elle plongeait le catéchumène dans l’eau. Cette plongée en Christ est un bain de jouvence qui nous a totalement changés. Il nous a fait renaître, il nous a renouvelés. Nous sommes devenus des justes, tels que nous devons être, en exacte harmonie avec Dieu.

Cela est grâce. Ce n’est pas à cause de nos propres actes méritoires. C’est l’œuvre de l’Esprit Saint.

Dieu le Père a répandu l’Esprit par Jésus. Belle formulation trinitaire de l’action de Dieu en nous.

La vie éternelle, nous la possédons déjà. Oui. Ce n’est pas un : « Je l’aurai... peut-être ? » Je l’ai. Je la possède. Dès aujourd’hui, le Seigneur me parle, il m’aime. Dès aujourd’hui, je lui parle, je l’aime. L’essentiel est déjà donné. Il y a juste encore ce voile provisoire au travers duquel il me faut communiquer.

Sur la plupart des chrétiens, le baptême n’a aucun impact. Une cérémonie pour enfants. Pauvre chrétien qui ignores ton anoblissement ! C’est bien pour cela que tu manques de fierté. Prends conscience de ce que tu es. Et vis en conséquence.

Evangile : Lc 3,15-16.21-22

Le peuple venu auprès de Jean Baptiste était en attente. L’effervescence, alors, était grande chez les Juifs. Ils supportaient mal la domination romaine et attendaient un libérateur. Ils étaient en attente du Messie. L’histoire connaît plusieurs cas de faux messies à l’époque de Jésus. Tous se demandaient si Jean n’était pas le Messie, car il en imposait par sa prédication musclée, sa vie d’ascète. Il proclamait que le royaume de Dieu était proche.

Jean se récuse. Publiquement. Il s’adresse à tous : Moi, je vous baptise avec de l’eau en signe de contrition pour vos péchés. Mais il vient le vrai Messie. Maintenant. Il est plus puissant que moi. Il n’y a pas de comparaison. Je ne suis pas digne de défaire, comme un serviteur à son maître, la courroie de ses sandales.

Lui vous baptisera - mot à mot : plongera - dans l’Esprit Saint et le feu. Cette expression semble bien désigner le jugement final, comme purification (l’Esprit Saint) et destruction (le feu). Quand Jésus vient, sa seule présence provoque une décision qui nous jugera. Plus loin, Luc (Lc 7,29-30) dit que « tout le peuple et même les publicains se faisaient baptiser - mais les pharisiens et légistes ont repoussé le dessein de Dieu... en ne se faisant pas baptiser ». Je ne puis avoir devant le Christ une attitude neutre. Il vient à moi. Selon que je lui ouvre la porte ou la tiens fermée, je me juge. Et ce n’est pas une bagatelle. C’est l’Esprit Saint ou le feu.

Comme Jésus priait après avoir été baptisé, alors le ciel s’ouvrit. Le ciel bouché, qui pèse comme un couvercle, voilà qu’il se déchire. Une ouverture, enfin un peu de lumière dans la nuit de nos cœurs !

L’Esprit Saint descendit sur Jésus. Jésus lui-même est baptisé, plongé dans l’Esprit Saint. C’est un moment extraordinaire que l’évangéliste n’arrive pas à décrire. Et comment le pourrait-il ! Il essaie : une apparence corporelle, une apparence, comme une colombe annonciatrice de la paix, telle la colombe portant un rameau vert dans son bec après les affres du Déluge.

A l’humanité, déchirée par ses contradictions, à moi-même, rabougri, rapetissé par le froid du cœur, Jésus apporte son printemps, sa paix.

Et du ciel, de ce ciel muet - Dieu qui se tait ! - une voix, Dieu lui-même, se fit entendre : C’est toi, mon Fils. Moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. Une citation du psaume 2 (Ps 2,7) que l’Eglise primitive appliquait à Jésus, le Ressuscité, engendré à la gloire (Ac 13,33).

Cette voix proclame Jésus-Dieu, le Fils du Père qui l’a engendré de toute éternité. C’est la traduction du lectionnaire sur la foi de plusieurs manuscrits. D’autres manuscrits retiennent la formulation classique : En toi j’ai mis tout mon amour. Les deux versions convergent dans la même foi au Christ, Fils du Père.

Puis le voile retombe. Il ne se déchirera qu’au matin de Pâques - glorieusement et définitivement, quand Jésus sera engendré à la gloire. Alors apparaîtra avec évidence ce qui ne fut, au Jourdain, qu’un éclair annonciateur.

Quant à Jésus-Homme, il se voit authentifié par le Père lui-même qui lui dit tout son amour.

Cette voix du Père et l’onction de l’Esprit vont lui donner la force de commencer sa mission en affrontant le démon au désert avant d’affronter le mal sur la croix.

Et moi qui ai été baptisé, plongé dans l’Esprit Saint, mais qui ai peur de l’avenir, qui suis angoissé, qui hésite à m’engager... voici que j’entends ta voix : « Tu es mon fils, ma fille. Allons ! Courage ! Je suis avec toi. En toi j’ai mis tout mon amour. »

* “Détail” qui a son importance : L’Esprit descendit sur Jésus pendant qu’il priait, pendant qu’il s’ouvrait au Père, se faisait disponible pour l’envoi. L’Esprit descendra sur nous dans la mesure où nous prions, où nous nous livrons à lui, disponibles à ses appels.


René LUDMANN, cssr
 
Une faute d'orthographe ? Une erreur dans l'article ? Un problème ? Dites-nous tout !
(re)publié: 13/11/2018