LogoAppli mobile

8e dim. ordinaire (3/3) : Commentaire

A nouveau, Jésus se tient devant nous comme le Maître qui nous donne et nous explique la Parole du Père. Il nous invite aujourd’hui à l’humilité (évangile). Il nous juge, non selon les apparences, mais selon nos actes (évangile et première lecture). Enfin, par l’apôtre Paul, il nous demande d’être fermes, inébranlables dans la foi et actifs dans l’Eglise (deuxième lecture).

Première lecture : Si 27,4-7

Le livre de Ben (fils de) Sirac le sage (autrefois dit Ecclésiastique parce que l’Ecclésia, l’Eglise, l’avait introduit dans le canon des Écritures, à l’opposé de la Synagogue), est une collection de sentences et de maximes, composée vers 190 avant notre ère. Le texte choisi pour introduire les maximes évangéliques de ce dimanche, s’agence comme la porte d’entrée d’un ensemble de considérations sur le “discours”, la parole humaine.

Comme le tamis fait apparaître les déchets, comme le four éprouve la valeur d’un vase, comme le fruit manifeste la qualité de l’arbre - ainsi la parole fait connaître les sentiments secrets de l’homme. Puis il conclut : Ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait parlé.

Texte utile en notre temps d’inflation du verbe, de manipulations oratoires, de publicité insidieuse, de “killer words” (mots qui tuent).

Psaume : Ps 91

Heureux le sage ! Il met sa foi en Dieu, il est comme enraciné en lui, planté dans les mains du Seigneur - Tu m’as donné cette sagesse. Seigneur, par Jésus, ta Parole éternelle, ta Sagesse vivante venue parmi nous. Et nous t’en louons, nous t’en rendons grâce, nous publions ton amour le matin, au long des nuits. Fais-nous pousser, grandir dans cette sagesse et que, même vieillissants, nous fructifiions encore, pleins de sève et de verdeur !

Deuxième lecture : 1 Co 15,54-58

La méditation de Paul sur ce que nous serons quand notre vie périssable sera devenue impérissable par la résurrection, et que le mortel aura revêtu l’immortalité - cette méditation débouche maintenant dans un cri qui sonne un défi : Ô mort, toi qui gagnais toujours, où est ta victoire ? Te voilà vaincue, et avec toi tout ce qui faisait ta puissance : le péché qui nous a coupés de Dieu et plongés dans la mort - la Loi, ce légalisme qui s’imagine vouloir tout réussir par lui-même et qui, lui aussi, nous fait mourir à Dieu. Il faut se rappeler la lutte contre ce légalisme (consignée dans les Actes Ac 15, ainsi que dans les Lettres aux Romains et aux Galates) pour ne pas s’étonner de le voir figurer ici dans le même sac que la mort et le péché, car ce légalisme est œuvre de mort. Les deux, péché et Loi, sont le dard venimeux qui donne la mort.

Mais cette “mort de la mort” n’est pas notre fait. Dieu nous donne la victoire par Jésus. Tout est grâce. Rendons donc grâce à Dieu ! Et que nos messes traduisent un peu cette joie de vivre, cette conviction d’être - déjà - des ressuscités, cette attente de la gloire finale.

Faisons action de grâce, non seulement par la louange liturgique, mais en libérant toutes nos énergies ; plus de peur ni d’hésitations : soyez fermes, inébranlables ; prenez part active à l’œuvre du Seigneur, à son œuvre de libération. Libérez vos frères. Ce ne sera pas peine stérile. Qu’en est-il de notre optimisme chrétien, même devant la mort ?

Évangile : Lc 6,39-45

Luc a ajouté aux béatitudes une suite de propos et de sentences dont nous lisions dimanche dernier un premier paquet, noué par le thème du pardon et de l’amour des ennemis. A ce thème, de composition relativement lâche, Luc ajoute une nouvelle suite de pensées et proverbes, glanés ici et là, présentés comme un puzzle, sans liens stricts entre eux. Luc parle de paraboles ; à vrai dire, il s’agit moins de paraboles proprement dites (qui sont des contes) que de “maschal”, de discours en images, du genre sapientiel, tel que nous l’offrait la première lecture. Ici : l’aveugle guidant l’aveugle - le maître et le disciple - la paille et la poutre - l’arbre et ses fruits.

En grattant les couches rédactionnelles, on trouverait des invectives contre les pharisiens suffisants, aveugles guidant des aveugles, maîtres mal formés et déformants, critiqueurs qui ne voient pas la poutre dans leur propre œil et qu’il faut juger selon leurs actes. L’évangéliste les aurait reméditées pour les communautés chrétiennes, comme des avertissements aux chefs qui doivent guider leurs communautés selon les vues de Dieu, être discrets dans leur zèle, savoir distinguer à leurs actes les loups habillés en brebis qui se faufileraient dans le groupe.

Le fruit spirituel de ces sentences-proverbes sera plus abondant si nous les appliquons... à nous-mêmes.

Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Nous voilà interrogés, car chacun de nous est, à des degrés divers, guide : dans sa famille, son travail. Suis-je compétent ? Et, surtout, vois-je avec les yeux de Dieu ? Mes idées personnelles ne font-elles pas obstacle à ce que Dieu veut de mon enfant, de mon conjoint, de ceux qu’en tant que prêtre, chef... j’ai charge de guider ?

Le disciple n’est pas au-dessus du maître. Après un avertissement vers le haut, en voici un vers le bas : la foi ne se discute pas, elle est reçue. Nous pouvons discuter théologie, nous pouvons, comme Marie, poser des questions ; mais nous n’inventons pas la foi, elle nous est transmise par ces maîtres que sont l’Eglise et ses responsables. Étant entendu que ceux qui transmettent ne sont pas eux-mêmes au-dessus du seul maître qu’est Jésus.

Comment peux-tu dire à ton frère... laisse-moi retirer la paille qui est dans ton œil, alors que tu ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Encore une interrogation. Elle a pour but de tempérer notre zèle moralisateur. Jésus recommande la “correction fraternelle” : « Si ton frère vient à pécher, va le trouver » (Mt 18,15). Mais, en corrigeant l’autre, n’oublions pas de nous corriger nous-mêmes. Sinon, nous sommes des esprits faux, hypocrites. Ce mot n’a pas le sens actuel d’homme faux, mais d’homme au jugement faussé, perverti ; comme lorsqu’on dit : c’est pire qu’une faute, c’est une erreur.

Chaque arbre se reconnaît à ses fruits. Le fruit visible trahit ce qu’il y a, à l’intérieur, dans l’arbre. Si les fruits, les actes ne sont pas bons, c’est que l’arbre, le cœur, est lui-même mauvais, mot à mot : pourri de l’intérieur. Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. Le cœur, mot cher à Luc, symbole de l’orientation profonde d’un homme. Je cherche la petite bête, j’ai toujours quelque chose à critiquer. Mon cœur serait-il malveillant ? Vers où, vers quoi, vers qui mon être profond est-il orienté ?

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
(re)publié: 03/01/2019