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7e dim. ordinaire (24/2) : Commentaire

Le Seigneur nous demande beaucoup pendant cette messe : aimer même nos ennemis. Il nous propose un idéal exigeant : l’ennemi reste le frère (évangile). Malgré tout ce qu’il nous a fait, nous devons respecter en lui le fils du Père des cieux, comme David respecta son ennemi, Saül, l’oint du Seigneur (première lecture). Ne réagissons pas d’une façon “terrestre”, trop humaine. Soyons à l’image du Christ qui voit les choses d’un regard plus profond, “céleste” (deuxième lecture).

Première lecture : 1 S 26,2.7-9.12-13.22-23

Le roi Saül, jaloux et ombrageux, avait plusieurs fois tenté de tuer le jeune David (1 S 18,10 sv et 19,9 sv) que voilà errant dans le désert de Ziph (à l’est d’Hébron) où le roi vient le traquer. Hardi et habile, le hors-la-loi réussit à surprendre Saül qui dort en son campement, sa lance plantée en terre, près de sa tête. Occasion unique pour David de se venger et de supprimer son ennemi. Mais il est trop magnanime et trop religieux pour laisser son compagnon Ahishaï tuer le roi : il ne veut pas porter la main sur le roi qui a reçu l’onction du Seigneur, par le sacre royal. David est respectueux de la légitimité et ne veut pas passer pour un usurpateur (il semble bien que ce soit le but du récit). De plus, il a peur d’être puni pour ce sacrilège. Mais il prend en gage deux objets symboliques : la lance, signe du pouvoir, la lance avec laquelle Saül avait plusieurs fois tenté de le clouer au mur - et la gourde d’eau, nécessaire à la survie dans le désert. Puis, à bonne distance, il crie à Saül : Ô roi, aujourd’hui, le Seigneur t’avait livré entre mes mains, mais je n’ai pas voulu...

Bel exemple de magnanimité à une époque où la vengeance allait de soi. Le cas, chez David, n’est pas unique ; une situation analogue est racontée au chapitre 24 du premier Livre de Samuel (*1S, 24*).

Le texte a été choisi pour préparer les paroles de Jésus sur le pardon et le refus de la vengeance. Mais, alors que David agit sous la crainte d’être puni lui-même pour un sacrilège et qu’il laisse à Dieu le soin de le venger (et il y compte bien), Jésus priera son Père de pardonner à ceux qui l’ont cloué en croix.

Psaume : Ps 102

Ô mon âme, ô communauté rassemblée, bénis le Seigneur pendant cette eucharistie !
N’oublie aucun de ses bienfaits, surtout pas le plus grand, le pardon que t’a obtenu Jésus sur la croix. Le péché avait tué ta relation à Dieu ; tu étais morte, dans la tombe. Jésus t’en a réclamée, t’a fait revivre et t’a couronnée, par le baptême, d’amour et de tendresse, te faisant fils (fille) du Père. Ce Père n’agit pas envers nous comme le juge qui punit selon nos fautes ; non, il est tendresse et pitié, il est ton père. Te voilà pardonnée, guérie ! Ne cesse de lui rendre grâce ! Et, comme David, ne te venge pas. Comme Jésus, pardonne.

Deuxième lecture : 1 Co 15,45-49

La racine des difficultés de croire à la résurrection tient dans la question des Corinthiens : Comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps (1Co 15, 35), puisque le nôtre se décompose ?

Paul se garde de précisions, d’ailleurs impossibles à donner, car la résurrection ne sera pas la restauration de notre vie actuelle en améliorée - non merci ! - mais une nouvelle création en Christ.

Aussi Paul oppose-t-il simplement deux ordres. L’actuel, représenté par Adam (qui symbolise toute l’humanité terrestre), l’être humain pétri de terre (humain, viendrait de humus !) et le Christ qui vient du ciel, donc tout autre. Un premier homme, notre situation actuelle terrestre - un deuxième homme, le Christ céleste dans lequel nous serons transformés. Une vie semblable à celle du Christ glorifié remplacera la terrestre. Nous serons à l’image du Christ ressuscité qui vient du ciel.

Inutile donc de rêver si nous aurons un nez différent ; la question est mal posée. Contemplons le Christ ressuscité dont déjà nous participons. La grâce a déjà mis en nous son image qui s’épanouira en une vie semblable à celle de Jésus, du Jésus de gloire. Le “comment” reste obscur et notre curiosité sur sa faim. Mais nous serons comme le Christ. L’essentiel est ainsi dit. Que cela nous suffise ! (Dommage, cependant, que la lecture liturgique omette les versets sur la puissance créatrice de Dieu (1Co 15, 37-41) et sur les propriétés de l’homme nouveau (1Co 15, 42-44) !

Évangile : Lc 6,27-39

Une “suite illustrée” des béatitudes méditées dimanche dernier. De propos et sentences que Jésus a prononcés ici et là, Luc fait un bouquet à la composition assez lâche, serré par le nœud de “l’amour jusqu’au bout”.

“Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent... à celui qui te frappe sur une joue présente l’autre... ne réclame pas à celui qui te vole... prêtez même quand vous êtes surs qu’on ne vous rendra pas...”

C’est beau, mais ce n’est pas pratique. Où en arriverait-on avec de pareils principes ? Tout le nécessaire ordre social serait bientôt par terre, et les escrocs ne se priveraient pas de profiter des beaux rêveurs. Luther pensait que « ces propos n’étaient pas pour l’hôtel de ville » où l’on doit faire fonctionner justice et police.

Oui - mais !

Oui, la vie sociale ne peut se passer du droit. Mais elle devient intolérable avec le droit seul. Jésus sait très bien que sa maxime : tendez aussi la joue gauche n’est pas toujours à prendre à la lettre. N’a-t-il pas remis en place, le garde qui l’avait frappé devant le Sanhédrin (Jn 18,23) ? Mais, quelques heures plus tard, il la prend bien à la lettre quand les gardes le giflent (Mc 14,65) et que dire de la suite de cette nuit affreuse ? La non-violence est une béatitude : heureux les doux ! L’amour des ennemis est une force politique. Que l’on pense à Gandhi, à Martin Luther King, à Robert Schuman, ce grand Lorrain de la réconciliation européenne.

Oui, nos rapports sociaux sont, hélas ! souvent basés sur l’intérêt et le profit : même les pécheurs font du bien à ceux qui leur en font. Mais les rapports deviennent inhumains quand il n’y a plus de gratuité : « Dame âgée, seule, demande visite - contre paiement ! »

Oui, la société doit juger et punir. Mais le dernier mot est-il la punition ? Non - la guérison ! Réintégrer le délinquant dans la société, voilà le but de la peine. Aussi Jésus a-t-il prié en croix : Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu’ils font.

Dans ce “oui - mais”, seul le cœur bien placé saura quand il faut remettre l’autre en place ou se laisser gifler, quand il faut se méfier d’un insolvable et quand il faut prêter gratuitement. Le savoir devient ici sagesse, une sagesse exprimée par la règle d’or, déjà connue de l’antiquité juive et païenne, et que Jésus fait sienne : Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites aussi de même.

Cependant, tout cela n’est encore que sagesse humaine. Même les mots de Jésus : aimez vos ennemis se retrouvent dans des écrits bouddhiques. Mais, on s’en doute, Jésus est plus qu’un sage, et la “différence” est dans sa motivation et son éclairage : faites tout cela en tant que fils de votre Père des cieux.

C’est ici le neuf, le tout autre. Jésus change la morale juive, pourtant religieuse, parce qu’il change le visage même du Dieu des Juifs. Le Dieu du droit et des vengeances, Jésus le remplace par le Dieu qui est bon même pour les ingrats et les méchants. Il est Père, il est miséricordieux. Il ne veut pas des calculateurs qui attendent de la reconnaissance, du profit pour leur geste de bonté.

La page se termine avec une promesse de récompense : votre récompense sera grande... donnez et vous recevrez, comme l’ouvrier qui tendait son tablier, plus exactement son ample vêtement pour recevoir le salaire souvent payé en nature : grains, fèves... une mesure pleine, tassée, secouée, débordante. N’y voyons pas calcul sordide, alors que Jésus vient de nous recommander : faites du bien... sans rien espérer en retour. La récompense n’est pas le motif de l’action ; elle la suit, inséparable, comme le plaisir d’aimer ne saurait être séparé de l’amour.

• Aimer ses ennemis n’est pas, pour l’ordinaire, affaire de sentiment. On peut bouillir intérieurement et maîtriser sa conduite ; dire à l’autre ce que l’on pense, mais dans le respect de sa personne. Supporter quelqu’un est une forme fréquente de cet amour de l’ennemi. Les mots de Jésus prennent leur vrai relief lorsque nous les personnalisons : Quelle est mon attitude envers tel collègue, tel voisin, tel de mes proches... qui ne pense pas comme moi, qui m’agace, qui m’a fait une crasse... L’eucharistie est un des lieux favorables du pardon. Prions avec plus de conscience la prière de réconciliation du début, ainsi que celle avant la communion. - N’arrive-t-il pas que l’on évite la proximité d’un tel pour n’avoir pas à lui “donner la paix” ?

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(re)publié: 24/12/2018