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6e dim. de Pâques (26/5) : Commentaire

Ce dimanche précède immédiatement la fête de l’Ascension. C’est donc sur les adieux du Christ, sur sa promesse de revenir et d’envoyer l’Esprit que se fixe la liturgie. Au centre de la célébration se tient le Christ pascal qui nous promet l’Esprit (évangile). En même temps, notre attention se porte sur cette communauté à laquelle le Christ va retirer sa présence visible.

La voici qui fait craquer le cadre juif par une décision célèbre, dictée par l’Esprit (première lecture), tandis que Jean voit cette Église dans son achèvement glorieux, comme Jérusalem céleste (deuxième lecture). Loin de nous distraire du Christ pascal, ces méditations sur l’Eglise nous racontent la résurrection de Jésus “en marche”.

Première lecture : Ac 15,1-2.22-29

Le texte central des Actes. Le tournant où l’Eglise passe résolument le mur du ghetto juif qui menaçait de l’étouffer. Car des gens de Judée, des Juifs convertis, voulaient endoctriner les chrétiens issus du monde grec, majoritaires dans l’Eglise d’Antioche. Ils voulaient leur imposer la circoncision et d’autres pratiques de la Loi de Moïse qui rebutaient ces derniers. Conflit, discussions, délégation qui monte à Jérusalem.

Le texte saute la partie ‘débat’ de ce concile avant la lettre, pour n’en donner que ce que décidèrent les Apôtres, les Anciens. Ils l’ont décidé avec l’Eglise entière : celle-ci est collégialité, co-responsabilité, saine collaboration entre hiérarchie et fidèles, vraie communauté. Remarquons la phrase pleine d’audace et de profondeur : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé ! L’Église et l’Esprit sont liés comme l’âme et le corps. L’Esprit Saint n’est-il pas dit l’âme de l’Eglise ?

C’est une décision en faveur de la liberté : rien ne vous est imposé, sinon ce qui est absolument nécessaire pour permettre la cohabitation et surtout l’eucharistie avec les chrétiens venus du judaïsme. Quatre interdits, les seuls et mêmes qui, dans la Loi mosaïque, comptaient, non seulement pour les Juifs, mais aussi pour les païens vivant avec eux : vous abstenir de manger des aliments offerts aux idoles, du sang, ou de la viande non saignée, et vous abstenir des unions illégitimes.

“Concile” ouvert, tolérant et ne chargeant personne d’obligations inutiles. Théoriquement tout le monde applaudit, pratiquement on tient mordicus aux rites, coutumes, traditions que l’on veut imposer aux autres. Cette page vaut pour nous, occidentaux, qui sommes toujours tentés d’imposer nos coutumes et nos schémas de pensée à des peuples et des cultures à l’opposé des nôtres. La décision de Jérusalem affirme le pluralisme de l’Eglise et la tolérance de tout ce qui ne compromet pas la foi et la vie en commun. Elle nous invite à oser : Courage !

Psaume : Ps 66

Que ton visage de ressuscité s’illumine pour nous, Seigneur. Pour que nous soyons nous-mêmes illuminés, ouverts, larges d’esprit. Alors ton salut, la liberté de ton Évangile, sera connu parmi toutes les nations. Que l’audace du “concile de Jérusalem” atteigne la terre tout entière. Qu’un jour tous puissent faire une seule action de grâce !

Deuxième lecture : Ap 21,10-14.22-23

Après la vision de la fiancée, symbole du toi-et-moi amoureux avec Dieu, lue dimanche dernier, nous lisons aujourd’hui la vision de la Jérusalem sainte, symbole de la communauté, du vivre ensemble. Cette vision emprunte ses éléments à une prophétie d’Ézéchiel (Ez 40-48) qui rêvait de la reconstruction de Jérusalem.

Mais ce n’est plus la Jérusalem terrestre ; la nouvelle descend du ciel, d’auprès de Dieu. Le Christ nous l’a donnée dans son Corps mystique, l’Eglise. Elle n’a, pour ainsi dire, pas de beauté personnelle, sa beauté consiste à resplendir de la beauté de la gloire de Dieu.

A une époque où chaque ville devait se protéger de murs épais contre l’envahisseur, la grande et haute muraille qui entoure Jérusalem signifiait la sécurité et la paix pascales.

Qu’aux douze tribus d’Israël (les portes) s’ajoutent les douze apôtres (les fondations) dit nettement que dans l’Eglise de Jésus vivent aussi bien des païens que des Juifs. Mais tout cela n’est encore que murs et portes. On s’attendrait à trouver au centre le Temple, comme autrefois. Surprise : je n’en ai pas vu. Le Temple, c’est le Seigneur. Le Temple marquait une distance entre Dieu et l’homme, il fixait la religion à un lieu. Cette distance, ces fixations sont supprimées, la communauté devient le lieu où Dieu est présent : « Là où plusieurs sont réunis en mon nom, je serai au milieu d’eux. » (Mt 18,20)

Dieu et l’Agneau pascal, le Christ, sont nommés dans le même souffle, ils sont inséparables. De même Dieu et l’Agneau sont-ils la lumière intérieure de la communauté. Pour l’instant dans la foi, un jour dans le face à face.

La description de la Jérusalem céleste s’applique directement à la communauté chrétienne terrestre. Mais sa réalisation complète ne sera qu’à la fin des temps. Il y a le “déjà” et le “pas encore”, source de notre espérance : celle-ci n’est pas un ‘peut-être’, elle est un ‘déjà’, mais un ‘déjà’ qui tend vers son accomplissement final.

Évangile : Jn 14,23-29

Jésus, à la dernière Cène, épanche son cœur.

A l’apôtre Jude, dit encore Thaddée, qui, un verset plus haut, désirait que Jésus se manifestât ouvertement, Jésus répond qu’il se manifestera, mais à une condition : Si quelqu’un m’aime. N’échappe pas à ce si. Sans lui, tout ce qui va suivre ne serait qu’obscures et invraisemblables élucubrations. Si quelqu’un m’aime. Qu’est ce aimer ? Rester fidèle à ma parole, à tout mon message. Aimer en actes. Pas de mystique des sommets sans la rude grimpée.

Alors l’inouï se réalisera : Mon Père l’aimera. Pourquoi ce futur ? Le Père ne nous aime-t-il pas depuis toujours ? Évidemment. Mais cet amour va connaître, à partir de la Pâque de Jésus, une profondeur inconnue de l’Ancien Testament. Nous, le Père et moi, nous viendrons chez lui et nous irons demeurer près de lui. A la veille du jour où le voile du temple se déchirera de haut en bas (Mt 27,51), où donc ce lieu de rencontre avec Dieu deviendra inutile, Jésus nous dit que nous serons nous-mêmes le nouveau temple de la présence de Dieu dans le monde.

Nous viendrons. L’intense frémissement entre le Père et le Fils, le dialogue infini du toi-et-moi divin (si fort qu’il est lui-même une personne, l’Esprit des deux) il viendra demeurer en nous !

Demeurer, un des mots fréquents de ce chapitre, inclut l’échange intime, le partage. Le partage entre Christ et moi. Plus : je plonge dans ce jaillissement de vie entre le Père et le Fils. Réalises-tu ?

Et comment cette vie trinitaire viendra-t-elle en moi ? Comment se fera-t-il, ce demeurer ?

Ce sera une venue dans l’Esprit Saint. Le Père enverra l’Esprit en mon nom. En mon nom veut dire plus que : sur ma demande. Il l’enverra en moi, pourrait-on traduire, ce qui montre bien que si l’on distingue un “plusieurs” en Dieu, on ne saurait séparer, déchirer ce “plusieurs”. Jésus est, depuis Pâques, un Christ dans l’Esprit Saint.

Ces formules, déroutantes au départ, révèlent, quand on les prie, leur savoureuse profondeur. Quand l’Esprit est envoyé, Jésus et le Père demeurent en moi ! Arrête-toi. Ne t’habitue pas à ce qui devrait te bouleverser d’un bienheureux effroi.

Quelle sera l’action particulière de l’Esprit de Jésus ? Il sera notre Défenseur. Littéralement : le Paraclet, l’Avocat. Il défendra le Christ en nous, protégeant son acquis ; il vous enseignera (révélera, d’une connaissance du cœur, expérimentale) tout, tout ce que j’ai dit et fait. Il vous fera ressouvenir de tout. Il le rendra évident de sa lumière intérieure. Les apôtres n’auront compris le Christ et son message qu’après qu’il leur aura donné son Esprit, le soir de Pâques, qu’après que cet Esprit les aura bouleversés, renversés, éblouis, enflammés. Et cela continue. Pour chaque siècle l’Esprit actualise l’Evangile, le fait comme redécouvrir. La révélation foncière, terminée avec l’enseignement du Christ, l’Esprit, au cours des siècles, en ouvre les portes comme une plante développe, étale tout ce qu’elle a dans son germe. Et cela se réalise en moi, dans la mesure où j’aime, où je suis généreusement fidèle à la parole de Jésus. Alors l’Esprit m’ouvre des horizons neufs, je “découvre” le Christ toujours plus, les tournants de ma vie me font voir le Seigneur Jésus toujours mieux, dans un mûrissement progressif. Quand on aime on n’a jamais fini de découvrir l’autre. Qu’il est pauvre, celui qui croit qu’il “sait”, qu’il connaît assez sa foi !

Pour l’instant les disciples n’y comprennent goutte, l’Esprit ne les a pas encore saisis et, bloqués par l’annonce du départ proche, ils sont bouleversés, effrayés. Aussi Jésus leur donne-t-il sa paix. Il précise : pas à la manière du monde (égoïste tranquillité, “pas d’histoires”...), sa paix, c’est lui-même, sa présence dans l’Esprit qui les rendra inébranlables.

Ils ne comprennent toujours pas. Si vous m’aimiez (ils l’aiment, mais pas encore selon l’Esprit), vous seriez dans la joie, puisque je pars vers le Père. La présence de Jésus, pendant trente années sur terre, n’avait de loin pas la puissance et l’intimité du demeurer à partir de la Résurrection et de la Pentecôte. Avant il était comme devant eux, maintenant il sera en eux, il est en nous. Alors, Jésus était présent aux seuls gens de Palestine. Maintenant, dans son Esprit, il peut être présent à tout homme, à tous les temps - donc à moi.

Aussi devriez-vous être dans la joie, puisque je pars vers le Père. « Il est bon que je m’en aille, sinon l’Esprit ne pourra pas venir » dira encore Jésus (Jn 16,7). Ce que Claudel traduira par : « Il est bon que je vous ôte mon visage corporel pour que vous receviez mon âme. » (Hymne de Pentecôte, Corona benignitatis)

Vraiment nous n’avons plus besoin de temple (deuxième lecture), nous sommes nous-mêmes dans le Temple qu’est le Christ et nous entrons directement à l’intérieur de Dieu.

Qui oserait encore parler d’absence ?

Mais, ne l’oublions pas, ce ne sera qu’avec le fameux si du début. Un si qui revient à la fin : Si quelqu’un m’aime... si vous m’aimiez...

Une phrase insolite : Le Père est plus grand que moi. Certaines sectes veulent en déduire que Jésus n’est pas Dieu. L’argument est contredit par tout l’évangile de Jean, et dès le premier verset : « Et le Verbe était Dieu. » (Jn 1,1) Jésus parle ici de son humanité qui, évidemment, est inférieure au Père ; dans sa divinité, le Père et lui sont UN. (Jn 10, 30)


L’Esprit, qui est-il ?

Tu peux l’expérimenter, tu ne saurais le saisir.

Le Père et le Fils, nous pouvons - ô, si mal, mais tout de même ! - nous en faire quelque idée, parce que nous voyons des visages de pères et de fils. L’Esprit, lui, n’a pas de visage. Son nom même : Esprit, mot à mot : souffle, vent, suggère qu’il ne peut être saisi qu’indirectement : tu vois la feuille bouger, le roseau plier ; le vent lui-même, tu ne le vois pas. Tu le vois dans son action. Ainsi peux-tu percevoir l’Esprit dans son agir. Les noms qu’on lui donne reflètent, d’ailleurs, plus ce qu’il fait que ce qu’il est : l’eau qui vivifie, le feu qui embrase, la colombe qui apporte la paix.

Par dessus tout, il nous unit au Père et au Fils. C’est ce que veut insinuer le mot de Jésus (évangile) : « L’Esprit vous enseignera tout et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14,26) : il fera résonner mes paroles en vous, il vous mettra en communion avec moi et le Père. Et, de la sorte, nous viendrons chez vous. (Jn 14,23)

C’est pourquoi l’Esprit est encore dit mouvement. Il nous apporte Jésus et nous emporte vers lui. Il n’est ni le point de départ, ni le point d’arrivée, il est le va-et-vient. Aussi aime-t-on l’appeler l’Esprit d’amour, l’Amour en personne. Et c’est par là que tu peux l’approcher le mieux. Que dis-je ? Y être plongé. Aime et tu n’auras plus besoin que l’on t’explique l’amour.

Ces brèves pensées font deviner pourquoi on ne prie pas (ordinairement) l’Esprit. Nous prions en lui. Mieux : il prie au fond de notre cœur. (Rm 8,26)

Gloire AU Père PAR le Fils DANS leur Esprit commun.

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(re)publié: 26/03/2019