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5e dim. du Carême (7/4) : Commentaire

Nous sommes à huit jours de la Semaine sainte. A quinze jours de Pâques. « Voici que je fais un monde nouveau. Il germe déjà - ne le voyez-vous pas ? », nous dit la première lecture. Oui, en Jésus qui délivre la femme adultère de la griffe des pharisiens (évangile), le pardon de la croix germe déjà. Et les pharisiens, haineux, ne lui pardonneront pas de les avoir confondus.

A nous de vivre maintenant ces événements de la Pâque du Christ. « Il s’agit de communier aux souffrances du Christ... et d’éprouver en nous la puissance de sa résurrection. » Ne nous fatiguons pas dans l’effort du Carême, courons vers le but (deuxième lecture).

Comme cette année C du temps quadragésimal est spécialement ordonnée à la conversion (l’appel à se convertir au 3e dimanche, le père du fils prodigue au 4e, Jésus et la femme adultère en ce 5e), ce jour pourrait être celui de la réconciliation. Le Jeudi saint, primitivement prévu à cet effet, ainsi que le dimanche des Rameaux ne s’y prêtent guère, à cause de la richesse de leurs célébrations respectives. La liturgie pénitentielle pourrait, depuis le rite du début, à travers les lectures, détailler l’éventail des possibilités de réconciliation, puis se développer en un geste de pardon reçu et donné. Il nous préparerait excellemment à célébrer les mystères de Pâques “avec un cœur purifié”.

Première lecture : Is 43,16-21

Après les étapes d’Abraham (2e dimanche du Carême), de Moïse (3e dimanche du Carême), de la royauté et de l’exil (4e dimanche du Carême), voici l’étape finale de l’Histoire sainte, caractérisée, en cette année C, par l’annonce d’un monde nouveau.

Aux déportés de Babylone Isaïe présente Yahvé comme celui qui a, lors du premier exode, tracé aux Israélites une route à travers la mer Rouge, mis en déroute chars, chevaux et guerriers de Pharaon. Sur cette vision des hauts faits du passé le prophète greffe une vision de l’avenir, sous forme de nouvel exode : les déportés vont, comme autrefois leurs pères, faire une nouvelle traversée : une route est ouverte dans le désert, ils auront de l’eau en abondance.

Le Christ, par sa Pâque, par son passage (Pâque = passer) de la mort à la résurrection, nous ouvre le chemin. C’est lui qui va faire un monde nouveau, dans son corps glorifié.

Les eaux, les fleuves pour désaltérer le peuple, ce sont l’eau et le sang sortis du côté entrouvert du Christ, les sacrements dont le principal, le baptême, sera le fleuve dans lequel doivent être bientôt plongés les catéchumènes.

Ainsi ce nouveau peuple, l’Eglise, formé dans le Christ, redira la louange et chantera le cantique nouveau, l’Alléluia pascal.

Psaume : Ps 125

Pendant ce Carême (et pendant tout le carême qu’est notre vie), nous semons dans les larmes. L’Eglise, notre communauté, s’en va, jette sa semence en pleurant, dans l’épreuve.

Mais voici la délivrance ! Nous sommes comme en rêve. Le Seigneur ramène les captifs. Les catéchumènes, captifs des ténèbres, vont être libérés dans la Nuit illuminée de Pâques. Et nous, prisonniers de nos tristesses, voici, que notre bouche va s’emplir de rires, nos lèvres de chansons.

Vivons cette joie, de sorte que parmi les nations, parmi ceux qui sont loin de toi, Seigneur, on dise : Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur !

Voici Pâques ! Nous sommes en grande fête !

Deuxième lecture : Ph 3,8-14

Autrefois, quand Paul était encore un Juif orthodoxe, et pharisien d’élite par-dessus le marché, il était fier de sa “justice”. Elle était, par rapport au paganisme, un avantage évident. Mais, en regard de sa foi chrétienne, cet avantage ne lui paraît plus que balayures. Car la connaissance (l’expérience) de Jésus le Seigneur, le Ressuscité dépasse tout. Le voici dans une nouvelle justice, une relation à Dieu tout autre, elle ne vient pas de lui-même, de ses efforts personnels pour obéir à la loi de Moïse. Elle vient de Dieu, elle est pure grâce, car il s’est abandonné à la miséricorde de Dieu, dans la foi.

Cependant, si tout est ainsi grâce, gratuit, il faut aussi collaborer. On ne peut être uni au Christ et ne pas communier à ses souffrances. Il s’agit de le connaître, non intellectuellement, mais expérimentalement, ce qui veut dire, en fait, reproduire en nous sa mort, pour, nous aussi, ressusciter.

Mais, pour l’instant Paul est dans un entre-deux : il a déjà le Christ sans l’avoir totalement. Le Christ l’a saisi, mais lui ne pense pas l’avoir saisi dans la pleine possession, dans l’union définitive. Il sait qu’il n’est pas encore arrivé, qu’il n’est pas encore au bout de ses peines. Alors, sans discuter longtemps, à la manière d’un sportif tenace et décidé, il poursuit sa course. Il n’a plus d’yeux pour ce qui pourrait le distraire de la seule chose qui compte. Il court vers le but, sans un regard pour ce qui est en arrière.

A quelques jours de la Semaine sainte, quelle exhortation entraînante : Courons, lancés vers l’avant, vers Pâques, pour remporter le prix, la grâce de l’Esprit du Ressuscité !

Évangile : Jn 8,1-11

Voici des scribes et des pharisiens qui veulent mettre Jésus à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. En faisant avancer une femme surprise en état d’adultère, c’est lui qu’ils visent. La personne à abattre, c’est moins elle que lui. Le procès devant Caïphe a commencé depuis longtemps avec ses tracasseries et chicanes. Quoi qu’il réponde, pensent-ils, il est coincé. Si Jésus est pour la lapidation légale, de par la Loi de Moïse, il perd sa réputation de miséricorde ; s’il est contre Moïse, il blasphème et mérite le même châtiment que la femme. Aux accusateurs Jésus répond d’abord par le silence. Se taire c’est souvent déjà répondre. Et que veut dire ce geste de tracer des traits sur le sol ? Les commentateurs se sont tordu le cou pour trouver la clé de l’énigme après tout secondaire. Mais ce silence et ce geste énigmatique de Jésus agacent les accusateurs qui persistent à l’interroger.

Coup de théâtre ! Jésus se redresse, c’est lui maintenant l’accusateur : Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. Les voilà gênés, car leur cœur mauvais est mis à nu. L’un après l’autre ils s’en vont et, note Jean avec malice, en commençant par les plus âgés. Ils se sont jugés eux-mêmes, sans que Jésus les ait ni jugés ni condamnés. Quant à la femme en face de lui, que pense-t-elle ? Elle pourrait trembler, car voici devant elle celui qui est sans péché. Lui jettera-t-il la première pierre ? Et, avec elle, serons-nous condamnés par la sainteté de Dieu ? Si nous avions conscience de notre faute comme cette femme qui nous représente, nous tremblerions devant Dieu. Les saints, eux, ont bien tremblé ! Mais voici qu’elle entend Jésus lui demander : Où sont tes accusateurs ? Le ton, la question même révèlent l’attitude bienveillante de Jésus. Personne ne t’a condamnée ? Elle répond, confiante : Personne, Seigneur. Réponse qui est déjà un acte de foi : elle donne à Jésus le titre pascal de Seigneur. Alors Jésus lui dit le mot libérateur : Moi non plus, je ne te condamne pas. Puis il lui demande de recommencer dignement sa vie : Va, et ne pèche plus. Qui d’entre nous est sans péché ? Prenons-en conscience. Pour changer.


LA RÉSURRECTION : UNE SIMPLE RÉCOMPENSE ?

Parce que saint Paul écrit des phrases comme : par sa mort (celle du Christ) Dieu nous a réconciliés (Col 1,22), que saint Pierre, citant Isaïe, affirme : c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris (1P 2,24) - une certaine théologie a appuyé unilatéralement sur la mort du Christ, négligeant la résurrection, à laquelle elle donna le caractère de récompense au Christ pour son œuvre de salut.

Mais la résurrection, loin d’être un ajout, fait partie intégrante de l’œuvre du Christ. Si l’ablation du rein malade est le début de l’opération - c’est bien la greffe du rein nouveau qui en est le terme. Enlever et remplacer sont les deux phases d’une seule et même opération chirurgicale. Ainsi la mort du Christ détruit le péché, mais sa résurrection donne la vie. Les deux font un seul et même Mystère pascal.

Insister unilatéralement soit sur la mort soit sur la résurrection mène à des impasses : ne voir que la mort, c’est sombrer dans une spiritualité négative et masochiste ; ne voir que la résurrection, c’est passer à côté du tragique de l’existence. Le Christ est mort en vue de la résurrection, et nous passons par la souffrance et le renoncement en vue de la joie et de l’épanouissement final.


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(re)publié: 07/02/2019