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5e dim. de Pâques (19/5) : Commentaire

Après les dimanches où le Christ “habitue” ses disciples à sa résurrection, voici deux dimanches des adieux. L’Ascension n’est plus loin. Le Christ donne à ses apôtres ses dernières recommandations, et les assure de sa présence clans l’Esprit Saint. L’évangile est tiré du grand et émouvant discours des adieux.

Mais déjà la jeune Eglise s’établit solidement en milieu païen. Paul et Barnabé mettent à la tête de chacune des jeunes communautés des Anciens des responsables (première lecture). Ce que les Actes nous montrent dans ces débuts, Jean nous le fait contempler dans son accomplissement : l’Eglise céleste (deuxième lecture). Loin de nous distraire du Mystère pascal, ces vues sur l’Eglise le concrétisent. L’Eglise est la résurrection en marche.

Première lecture : Ac 14,21b-27

La fin du premier voyage missionnaire de Paul et de son compagnon Barnabé nous est ici racontée. Les voilà qui reviennent dans les communautés qu’ils avaient fondées, à Iconium, à Antioche de Pisidie (Turquie actuelle). Ils descendent prendre le bateau à Attalia pour revenir à Antioche de Syrie, le centre chrétien hors Palestine le plus important, d’où ils étaient partis.

Ils profitent de ces haltes du retour pour affermir le courage des disciples soumis aux vexations des Juifs ; ils les exhortaient à persévérer dans la foi. En même temps ils assurent l’avenir en structurant ces jeunes communautés : ils mettent à leur tête des Anciens (en grec des presbytres, mot dont dérive prêtre), sorte de direction collégiale calquée sur le modèle des communautés juives. Nous ne sommes pas encore au stade postérieur où un évêque dirigera la communauté avec son collège de prêtres.

Mais au-delà de ces renseignements historiques intéressants, la page médite la naissance et la croissance spirituelle de ces communautés. Dans le travail des apôtres, Luc voit l’initiative de Dieu à la grâce duquel Paul et Barnabé avaient été remis, confiés. C’est Dieu qui avait fait tout ce travail avec eux, c’est lui qui avait ouvert aux nations païennes les portes de la foi. C’est au Seigneur que les deux envoyés avaient confié ces hommes qu’ils venaient de désigner comme responsables. La désignation elle-même avait été précédée de prière et de jeûne et accomplie par l’imposition des mains (Ac 6,6 ; Ac 13,3).

Structure humaine et action de Dieu, prière et organisation sont ici intimement liées. Dieu ne fait rien sans nous et nous ne pouvons rien de valable sans lui.

Nos communautés se porteront bien lorsque les Anciens mettront leur foi en Dieu et qu’elles-mêmes persévéreront dans la foi.

Qu’a donc à voir ce récit avec Pâques ? Mais il nous montre la résurrection en marche, le Ressuscité activant son Eglise, tel que nous le décrira la deuxième lecture.

Psaume : Ps 144

Hymne pour les bienfaits de Yahvé-Roi.

Chantez le Seigneur. Alléluia. Voyez comme le Seigneur est tendresse et pitié... plein d’amour.

Oui, Seigneur Jésus, la gloire et l’éclat de ton règne se sont manifestés dans ta résurrection. Un règne éternel, car ta victoire est définitive.

Que tes fidèles te bénissent dans cette eucharistie pascale. Qu’ils annoncent aux hommes l’exploit inouï de ta résurrection qui introduit la nôtre.

Deuxième lecture : Ap 21,1-5a

Dans des images et des symboles qui nous paraissent aujourd’hui étranges, Jean, le visionnaire, nous décrit la cité sainte, la Jérusalem nouvelle. C’est l’Eglise dans toute sa splendeur qu’il contemple, épanouie à la fin des temps. Sans doute, par la résurrection de Jésus, le Père, celui qui siège sur le Trône, a déjà fait toutes choses nouvelles : déjà l’Eglise terrestre est la demeure de Dieu avec les hommes, déjà elle est son peuple.

Mais cela n’apparaîtra avec éclat que lorsque la première création aura disparu. Que alors, avec le ciel nouveau et la terre nouvelle, il n’y ait plus de mer, s’explique par le fait que, pour les Juifs et toute l’antiquité, la mer était un objet de crainte, le lieu des monstres et de Satan. Par première terre, Jean entend moins notre terre physique et le cosmos que le monde de péché et de mort, remplacé par celui de la résurrection de Jésus.

Alors que Babylone, la cité du mal, était décrite sous les traits d’une prostituée, la cité sainte se présente comme une radieuse fiancée. Image qui suggère bien la relation amoureuse entre le Christ et sa communauté. Quand tout sera ainsi accompli, les souffrances de l’Eglise actuelle disparaîtront : larmes, mort, tristesse...

Vision d’espérance, Dieu avec son peuple dans l’épanouissement complet. A la fin des temps la résurrection de Jésus sera entièrement réalisée dans son Corps, l’Eglise. Notre vie n’a pas de sens en dehors de cette espérance. Aussi pouvons-nous, chaque dimanche, rendre grâce. Nous sommes déjà la fiancée - encore mal habillée. Eh oui ! Mais déjà aimée de Dieu !

Evangile : Jn 13,31-33a.34-35

D’ici la Pentecôte, nous lisons, dans les trois années du cycle, des extraits du discours des adieux où Jésus parle de son départ visible et de sa présence dans l’Esprit saint.

Quand Judas fut sorti du cénacle, le soir du Jeudi saint, Jésus se sentit plus à l’aise. Le traître l’avait bloqué. Le voilà qui peut épancher son cœur, livrer le plus intime de son intimité à ses disciples qu’il appellera ce soir : mes petits enfants.

Le Fils de l’homme (expression pour désigner le Messie, auquel Jésus s’identifie) est maintenant glorifié - et Dieu lui donnera bientôt sa gloire. Que veulent dire ce maintenant et ce bientôt, ce présent et ce futur ? Ils expriment les deux aspects d’un même événement que nous appelons la Pâque du Christ. Pâque voulant dire passage, le passage de sa mort (maintenant) à sa résurrection (bientôt), deux aspects aussi inséparables que les deux faces d’une même médaille. Ce que l’iconographie antique, et la moderne à nouveau, expriment en tenant unies la mort et la résurrection de Jésus : la mort dans le bois du crucifix, la résurrection dans un Jésus jeune, radieux.

Le passage d’une humanité terrestre à une humanité de gloire, voilà la glorification de Jésus qui, du même coup, fait que Dieu le Père est glorifié en lui, car son plan est magnifiquement réalisé.

Nous devinons - un peu - ce maintenant et ce bientôt, en faisant appel à notre propre expérience spirituelle : maintenant nous sommes déjà unis au Christ, nous pouvons lui parler, nous l’aimons. Mais cette présence ne s’épanouira pleinement qu’à notre mort, dans le bientôt du face à face. Tout comme la Jérusalem, méditée par Jean dans la deuxième lecture, est déjà la demeure de Dieu parmi nous, mais ne sera pleinement manifestée qu’à la fin des temps. C’est la base même de notre espérance. Celle-ci n’est pas un vague peut-être, elle est un maintenant qui s’épanouira bientôt.

Jésus va donc passer dans sa gloire. Je suis encore avec vous, mais pour un peu de temps, même plus vingt-quatre heures. Jésus va laisser ses disciples seuls. Le temps de l’absence, le temps de la foi commencent où ils devront marcher - et nous avec eux - sans voir le Christ, sans le toucher, sans les preuves faciles. Juste la petite flamme au cœur, juste assez pour voir le chemin, sans encore toucher le but. Ce chemin sera assez clair si le cœur veille, pas assez s’il hésite.

Mes petits enfants, dit Jésus. C’est la seule fois qu’il appelle ainsi ses disciples. Mais c’est bien le moment de les assurer de sa tendresse, alors qu’ils vont affronter le pire.

Maintenant qu’il va les quitter, Jésus leur lègue son testament spirituel, un commandement nouveau : comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. A première vue, le commandement ne semble pas nouveau, puisque l’Ancien Testament le connaissait bien (Lv 19,18). Mais voyez ce comme je vous ai aimés. C’est par là qu’il est totalement neuf. Car ce comme bouscule tout - et jusqu’à nos façons d’aimer les plus généreuses. Amour conjugal, philanthropie, amitiés nobles sont de petites mesures. Ici c’est l’infini frémissement d’amour entre le Père et le Fils - si fort qu’il est personnifié, l’Amour en personne. Nous l’appelons l’Esprit Saint. Cet amour qui s’est dit à nous, en Jésus, jusqu’à se sacrifier sur la croix, cet amour doit devenir le nôtre. Le comme est plus qu’une comparaison, il indique une source. Le même amour qui s’est déversé du Père sur Jésus, puis sur nous, doit se répandre, couler comme une traînée de lave sur mes frères, sur le monde - par moi ! Oui. Je suis pris de vertige et de honte.

Mais je comprends maintenant que cet amour montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples. Il rayonne, il étonne, il proclame. Il est une nouvelle présence de Jésus. Visible, palpable. L’amour mutuel est un signe de sa présence aussi vrai que les évangiles et l’eucharistie. Que dis-je ? Sans lui, ceux-ci restent muets. L’amour mutuel est la forme de présence du Christ la plus forte, la plus rayonnante.

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(re)publié: 19/03/2019