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4e dim. de l’Avent (23/12) : Commentaire

Bientôt nous fêterons la naissance de Jésus. Ce dimanche en est l’ultime préparation. La première lecture précise que le Messie sortira de Bethléem, qu’il sera le berger d’Israël. La Lettre aux Hébreux le contemple dans les cieux disant son ’’Me voici’’ au Père, pour réaliser le plan de libération des hommes (2e lecture). Déjà Jésus est dit Seigneur. Déjà il remplit Elisabeth de l’Esprit Saint et fait tressaillir d’allégresse Jean dans le sein de sa mère. Accueillons-le comme Marie, elle qui se détache maintenant comme la figure unique, la dernière de l’Ancien Testament et la première du Nouveau. Elle que l’évangile dit bénie entre toutes les femmes, mère du Seigneur, heureuse.

Première lecture : Mi 5, 1-4a

Michée (vers 700 avant J.-C.), devant la dégradation de la vie religieuse à Jérusalem, prophétise un Messie qui ne viendra pas dans cette ville fière et suffisante. C’est du plus petit clan de Juda, de l’humble Bethléem que sortira celui qui doit gouverner Israël. Un Israël réduit à un petit reste. Le Messie ne sera pas un roi de gloire humaine, mais un berger qui régnera par la seule puissance du Seigneur. Il refera l’unité du peuple. Il sera la paix en personne. Déjà perce l’affirmation de Jésus à Pilate : « Je suis roi, mais mon royaume n’est pas de ce monde. » (Jn 18, 36)

La précision de Bethléem permettra aux rois mages de s’orienter dans la recherche de ce roi de paix (Mt 2, 4-6). Quant à moi, je ne recevrai le Christ et sa paix de Noël que si je quitte ma fierté pour devenir petit devant Dieu.

Psaume : Ps 79

Prière pour la restauration d’Israël après sa destruction.

A celui que, le prophète Michée vient d’appeler le Messie-pasteur nous disons : Réveille ta vaillance, berger d’Israël, de ta communauté. Viens ! Reviens ! Interviens ! Mais fais aussi que nous nous retournions vers toi, en cet Avent : Fais-nous revenir à toi ! Pour que plus jamais nous n’allions loin de toi !

Deuxième lecture : He 10, 5-10

L’auteur met en scène le Christ entrant dans ce monde. Il le fait s’adresser à son Père avec les mots du psaume (Ps 39, 7-9) et montre ainsi pour quoi Jésus est venu, s’est incarné, a pris un corps. Pour faire la volonté du Père, pour réaliser le plan dont parle l’Ecriture : s’offrir (me voici) à notre place, expier pour nous qui en sommes incapables.

Les sacrifices et les offrandes du temple n’arrivaient pas à changer l’homme. Dieu n’en a pas voulu. Christ, en venant dans notre monde, a changé l’homme de l’intérieur. Il a supprimé l’ancien culte. Commence une nouvelle Alliance. Jésus nous a sanctifiés pour de bon, changés, transformés. Et cela par son Me voici, dit à la crèche, redit sur la croix. Cette prière du Christ à Noël, que l’on a appelée sa prière du matin, conduit à sa prière de midi sur la croix : « Père, entre tes mains... » Le cycle de Noël ne saurait être détaché du cycle de Pâques dont il est la préparation, et la spiritualité de la crèche est orientée vers celle de la croix.

A quelques jours de Noël, voilà une méditation grave. « Je ne t’ai pas aimé pour rire » (Pascal). Me voici. Saurai-je dire à mon tour : Oui, Père, je suis prêt à m’y ouvrir. Me voici ?

Evangile : Lc 1, 39-45

Assez volontiers, on tire de cet évangile une leçon de morale. Voyez comme Marie, qui attendait elle-même un enfant, ne pense qu’à rendre service à sa cousine Elisabeth. Bel exemple à imiter en ce temps de Noël où le cœur est plus sensibilisé au pauvre, à celui qui a besoin de moi. Parfait.

Mais il y a plus. Les récits de l’enfance ont été écrits longtemps après le départ de Jésus. Ce sont même les parties les plus tardives des évangiles. Ils sont chargés d’une réflexion théologique déjà très développée dans la jeune communauté. Leur but est de montrer que ce qui est apparu clairement à la résurrection était déjà dans cet enfant, bien qu’encore voilé.

Remarquez l’empressement de Marie : elle se mit en route rapidement. C’est la hâte missionnaire pour communiquer le Christ. Quand elle entre et salue Elisabeth se réalise une petite Pentecôte : Elisabeth est remplie de l’Esprit Saint. Son enfant tressaille d’allégresse en elle. C’est la joie, l’enthousiasme. Et déjà Elisabeth proclame Jésus comme le Christ en l’appelant le Seigneur. Le Seigneur, expression réservée, dans les évangiles, au Christ ressuscité : elle voit en lui le béni, le Messie que l’on appelait de ses vœux : « Béni soit celui qui vient ! »

La joie et les cris de bonheur - d’une voix forte - s’accumulent dans l’enthousiasme de l’Esprit : Comment ai-je ce bonheur ! Tu es bénie entre toutes les femmes ! Heureuse es-tu d’avoir cru ! A ce même moment, Marie entonne le Magnificat.

Que quelque chose bouge aussi en moi ! Que le Christ me fasse tressaillir. La liturgie veut que Noël devienne pour moi une Pentecôte. Que je puisse crier, d’une voix forte : Comment ai-je ce bonheur ! Allons, mettons-nous en route, rapidement.

Se greffe sur cet épisode une petite théologie mariale : Marie est désignée comme la mère du Seigneur. Elle a une place unique : Tu es bénie entre toutes les femmes. C’est elle qui donne le Christ : quand Elisabeth, par la présence de Marie, est remplie de l’Esprit Saint, et que son enfant tressaille d’allégresse. La foi de Marie est louée, récompensée : Heureuse celle qui a cru.

* Voici qui fera plaisir à nos dames et jeunes filles : ordinairement, dans les Evangiles, les hommes occupent le devant de la scène. Ici, dès les premiers instants de la venue du Christ en ce monde, deux femmes, Marie et Elisabeth, en sont les messagères. Et cela ne sera pas une seule fois, comme par hasard. Des femmes seront encore premières à la deuxième naissance du Christ, au matin de sa résurrection. Ce sont elles, les premières, qui le verront, et qui annonceront aux apôtres incrédules l’incroyable nouvelle.


Personnages-types de l’Avent

Trois figures occupent le devant de la scène, pendant ce temps liturgique. Toutes les trois ont préparé la venue du Messie, et sont pour nous les personnifications de l’Avent et d’admirables modèles d’attente :

Le prophète Isaïe est représentatif de tout l’Ancien Testament. Toute l’histoire du peuple juif est une attente du Messie dont Isaïe chante et les promesses (prophéties de l’Emmanuel, du Roi de paix, du retour de l’exil), et les cris d’attente (« Cieux, répandez votre rosée ! Monte sur la montagne ! Crie d’allégresse ! »). Les extraits lus pendant l’Avent sont imprégnés de confiance et font de ce prophète l’annonciateur par excellence de la joie et de la paix messianiques.

Jean le Baptiste, dit le précurseur, n’annonce pas la naissance de Jésus ; il est le héraut de sa vie publique, il le désigne comme le Messie attendu, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Il prêche une attente active (« préparez ses chemins ») et oriente le regard vers la venue finale du Seigneur. Sa vie est un sermon.

Marie est, des trois, la plus discrète et, cependant, la plus éloquente par son humilité, son silence rempli d’amour, sa foi patiente et sa maternité. Elle est la dernière femme de l’Ancien Testament et la première du Nouveau, résumant en elle l’attente et son accomplissement.

Si Isaïe est le chantre de la gloire du Messie et Jean le héraut de ses exigences, Marie nous apprend les désirs les plus profonds et les joies les plus douces.

Isaïe prêche l’espérance, Jean l’exigence, Marie les deux, dans le silence.


Les préparatifs de Noël

Ils diffèrent selon les régions : crèche, sapin, couronne de l’Avent avec ses quatre cierges et, bien sûr, achats et cadeaux. Ces signes extérieurs valent ce qu’on y met : simple coutume ou expression de la joyeuse attente.

Ce qui importe, c’est leur simplicité ; plus c’est gonflé, plus c’est faux.

Le chrétien se souviendra que le Christ est né dans le silence et la pauvreté. Il aimera la prière prolongée, la méditation des textes liturgiques si riches (si possible en groupe, en famille). Il se souciera du pauvre, de l’isolé, des personnes âgées.

Ce moment est éducativement un des plus favorables pour éveiller l’enfant à Dieu et aux pauvres.


Faire une crèche

Tradition bien française, aujourd’hui imitée par les pays allemands (dont nous avons adopté le sapin de Noël). Si la crèche est facile à réaliser, il faut un effort certain pour lui donner sa véritable signification. On risque, en effet, d’en rester à la construction matérielle. Les époux entre eux, les parents avec leurs enfants doivent se demander : quel sens donnerons-nous à la crèche cette année ?
Il est très formateur de laisser les jeunes imaginer, fabriquer, donner une signification...



René LUDMANN, cssr
 
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(re)publié: 23/10/2018