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3e dim. de l’Avent (16/12) : Commentaire

Avec ce dimanche, l’attente progresse sensiblement. Fixés à la venue finale du Christ pendant les deux premiers dimanches, notre regard et notre cœur se portent maintenant vers la naissance bienheureuse du Sauveur. Le salut est proche. Le temps du Messie est arrivé. La joie devient plus expansive.

Aussi ce troisième dimanche est-il particulièrement marqué par la joie. On l’appelait longtemps le dimanche ’Gaudete’ : « Soyez dans la joie, le Seigneur est proche. » C’est le leitmotiv qui va se gonflant pour éclater bientôt dans le ’Gloria in excelsis’ de la Nuit de Noël. Joie plus profonde que le sentiment, et que peut vivre l’éprouvé, car le Seigneur viendra dans son épreuve.

Le thème de la joie est orchestré par les deux premières lectures. Quant au Jean Baptiste de l’Evangile, il préserve cette joie du romantisme. Il annonce un Messie grave, un Juge, le Seigneur de la fin des temps auquel il faut préparer le chemin.

Première lecture : So 3,14-18a

Ne récitez pas ce texte, proclamez-le, criez-le : Pousse des cris de joie, éclate, réjouis-toi ; tressaille d’allégresse ! Et pourquoi ? Parce que le Seigneur a fait rebrousser chemin à ton ennemi, le terrible Assyrien (vers 630 avant J.-C.). Jérusalem, assiégée, pousse un énorme soupir de soulagement. Tu n’as plus à craindre.

Mais l’ampleur même de cette envolée lyrique suggère autre chose. Et de fait, la liturgie chrétienne lit le passage avec des yeux qui découvrent plus grandiose encore. Les mots du prophète Sophonie ne les entendez-vous dans la bouche de l’ange Gabriel entrant chez Marie ? Réjouis-toi, ne crains pas. Le Seigneur est en toi, Dieu t’apporte le salut. (’’Tu lui donneras le nom de Jésus’’ - Dieu sauve). Il est le roi d’Israël (’’II montera sur le trône de David’’).

Provocation à la joie : Mon esprit tressaille d’allégresse (encore Marie dans son Magnificat !). Oui, pousse des cris de joie ! Le Seigneur veut te rajeunir, il te renouvellera par son amour, comme une femme embellit quand elle est aimée.

Cantique : Is 12

On appelle cantique un chant qui ne se trouve pas dans le recueil des 150 psaumes.

Jubilez avec moi, criez de joie, habitants de la nouvelle Sion, de ma communauté. Car ton Dieu est au milieu de toi ; il vient encore te communiquer son salut, sa libération. Ce n’est plus le petit enfant d’autrefois, c’est le Saint, le Grand, le Sublime. Il viendra dans la gloire. Aussi rendons-lui grâce par l’eucharistie, et annonçons parmi les peuples, à toutes les nations, à tous ceux qui cherchent - ses hauts faits.

Deuxième lecture : Ph 4,4-7

A quinze jours de Noël, le cœur se fait plus chaud, et la joie s’allume dans les yeux. C’est le dimanche ’Gaudete’ : « Soyez dans la joie », qui a pris son nom de l’épître de ce jour.

Soyez dans la joie, car le Seigneur est proche. Voilà la raison de se réjouir, de ne pas être inquiet, de faire action de grâce et de laisser entrer la paix de Dieu.

Et que cette joie soit connue de tous les hommes, qu’elle rayonne. Une communauté heureuse prêche mieux que beaucoup de sermons.

C’est une joie particulière ; le vrai chrétien l’éprouve encore dans l’épreuve. Paul l’appelle encore sérénité, paix, la paix de Dieu. Elle dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Aussi pouvons-nous fêter, célébrer Noël, même quand l’épreuve nous tient. Même celui qui pleure est invité à ne pas pleurer comme ceux qui n’ont pas d’espérance (1Th 4,13).

Evangile : Lc 3,10-18

Cet évangile est l’immédiate continuation de celui de dimanche dernier. Alors nous entendions l’appel de Jean Baptiste à la conversion ; aujourd’hui il nous parle de la praxis de cette conversion. Rappelons que se convertir ce n’est pas d’abord changer de morale, mais de mentalité ; c’est se re-tourner vers Dieu dont on s’était dé-tourné ; faire de lui notre Dieu, alors qu’auparavant l’argent, l’ambition, la bonne vie en tenaient lieu.

Il est clair, aussi, que ce retournement va se concrétiser dans une autre façon de vivre. C’est ainsi que les foules demandent à Jean : Que devons-nous faire ? Jean répond à tous, sans distinction : partagez. Que l’égoïsme ne soit plus votre dieu, mais le Dieu-amour.

Arrivent des publicains, collecteurs des impôts romains, détestés pour leur collaboration avec l’ennemi et parce qu’ils majoraient les taxes en en gardant pour eux-mêmes. Jean ne les rejette pas, mais leur rappelle leur devoir. N’exigez rien de plus que le fixé. Viennent des soldats, catégorie alors méprisée, peut-être des mercenaires de ce renard d’Hérode. Pas de violence et pas d’exactions ; contentez-vous de votre solde. Curieusement, Jean ne demande ni aux publicains, ni aux soldats de quitter ces emplois méprisés, mais de les exercer autrement.

Nous ne sommes ni des publicains véreux, ni des soldats grossiers. Mais le sermon de Jean reste bien actuel : N’exige pas plus que le fixé ; n’arrange pas les prix, les factures ; n’exige que le juste loyer... Pas de violence, même au volant de la voiture. Qui n’a profité de sa situation pour jouer des coudes, écraser l’autre, mine de rien ! Enfin, si nous étions hors de cause, que nous ne fassions de tort à personne (ah ! la bonne conscience !). Fais-tu le bien que tu dois faire ? Est-ce que tu partages ?

Ce Jean Baptiste est extraordinaire. Un saint. Ne serait-il pas le Messie ? Tout le peuple était en effervescence, en attente de ce dernier. Non, je ne le suis pas. Mais il vient, il est tout proche, celui qui est plus puissant que moi. Je ne baptise qu’avec de l’eau, lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il vous plongera (c’est le sens littéral de baptiser) dans l’Esprit Saint, son Esprit, et son feu d’amour. Il vous éprouvera, lors de sa venue finale, au feu du jugement ; il fera le tri, tel le paysan qui, de sa pelle à vanner, sépare le bon grain de la paille. Oui, il vient celui qui est si puissant, si grand que je ne suis même pas digne de me dire son serviteur, de dénouer la courroie de sa sandale.

Qu’attendons-nous à Noël ? Un gentil bébé qui nous laissera tranquilles ? - Un Seigneur puissant, de gloire, qui nous dit : Je vous envoie mon Esprit, le feu de l’amour. Soyez justes (n’exigez rien de plus). Soyez bons (partagez). Je vous jugerai là-dessus.


René LUDMANN, cssr
 
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(re)publié: 16/10/2018