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33e dim. ordinaire (17/11) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

En fait de cataclysmes, il faut dire que nous ne sommes pas mal servis pour le moment : pluies torrentielles, inondations, éruption de volcans, épidémies, massacres, attentats… sans parler de tout ce que nous ne savons pas : tortures, emprisonnements arbitraires… ou encore la crise économique, les drames politiques et sociaux, les pertes massives d’emplois et pour les croyants l’inquiétude de voir la structure de l’Eglise hiérarchique ébranlée.
Tout ceci est vrai aussi sur le plan familial : de plus en plus de familles se disloquent.
Sur le plan personnel : que de difficultés relationnelles, déséquilibres affectifs ou émotionnels qui perturbent la confiance en soi…
C’est au milieu de cette débâcle apocalyptique que Jésus nous dit : « Ne vous effrayez pas. » N’est-ce pas déjà ce qu’il disait à ses apôtres dans la barque ballottée par la tempête : « N’ayez pas peur » ?
La semaine passée, lorsqu’il parlait de la résurrection, Jésus ne pouvait donner de précisions sur le « comment de l’au-delà ». Pas plus aujourd’hui il ne peut donner de détails sur la fin des temps dont il ne sait d’ailleurs rien lui-même.
Par ces paroles, Jésus veut tout simplement nous aider à franchir l’obstacle de ce mal terrifiant qui nous assaille de partout et dont ne voit pas comment en sortir. Il nous donne un conseil qui se résume en un mot : « Persévérance. » « C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. »
Persévérer, c’est aller jusqu’au bout, franchir tous les obstacles. La persévérance n’est possible que par celui qui est habité par une fameuse dose de confiance.
Cette persévérance, dont nous parle Jésus, n’est rien d’autre qu’un appel à vivre l’histoire, à entrer de plein pied dans notre monde d’aujourd’hui, tout en voyant avec lucidité les obstacles et en sachant que ce ne sera pas facile.
Si le monde nous offre un spectacle de désolation, ce n’est pas en baissant les bras que nous ferons resurgir la vie mais seulement par la persévérance.
Chaque siècle de l’histoire a connu des situations sans issue, sans espoir surtout pour les plus pauvres qui étaient exploités par les grands et les puissants et pourtant à chaque époque, partout dans le monde se sont levés des femmes et des hommes. Pour n’en citer que quelques uns : saint Vincent de Paul, Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela, Lech Walesa, Vaclav Havel, Mgr Romero dont on disait : « Ni la persécution, ni la prison, ni les échecs n’ont réussi à entamer leur détermination de servir leur pays et à émousser leur confiance. »

Cette réflexion nous renvoie à nous-mêmes lorsque nous aussi nous nous trouvons dans des situations sans issue, sans avenir.
Si l’espérance est possible pour tous les hommes, elle l’est particulièrement pour le croyant parce qu’il sait que Dieu est toujours à ses côtés. A tel point que nous pouvons dire : « C’est la persévérance qui révèle la foi du croyant. »
Voilà donc le message que Jésus nous adresse aujourd’hui.
Ne soyons pas des prophètes de malheurs mais des prophètes de vie et de bonheur.
Sans doute ce ne sera pas facile, chaque jour est un perpétuel combat contre le mal mais un combat contre lequel nous savons avec certitude que la vie aura le dernier mot.

Piste 2

Si les tremblements de terre, les guerres, les épidémies, les famines ont toujours existé, je pense que la peur de perdre son emploi est, pour beaucoup aujourd’hui, plus grande que de voir le ciel leur tomber sur la tête.
Alors on peut se demander à quoi riment tous ces tristes présages dont nous parle l’Evangile même si on sait que ces pages ont été écrites dans une période de persécutions. La peur est aussi vieille que l’homme. En effet l’homme a toujours eu peur de ce qu’il ne contrôle pas, ce qui est imprévisible, du soudain, de ce qui arrive sans que l’on ne s’y attende et sur lequel on n’a aucune prise.
Or nous savons que la peur ne construit rien, au contraire, elle paralyse, nous fait perdre nos moyens, nous empêche de réagir, de faire face.
Nous savons que des autorités politiques, et nous en sommes encore les témoins aujourd’hui, fondent leur pouvoir sur la peur ou même la terreur. Même les pays les plus riches, les plus avancés entretiennent une certaine terreur comme par exemple la peur du terrorisme.

Or contrairement à ce que l’on est tenté de croire, Jésus ne veut pas être un messager de mauvais présages mais au contraire d’une folle espérance. « Mettez-vous dans la tête, dit-il, que vous n’avez pas à vous soucier de votre défense – pas un cheveu de votre tête ne sera perdu – par votre persévérance vous obtiendrez la vie ».
Les paroles de Jésus sont essentiellement des paroles de vie. Quelles que soient la complexité, la détresse de notre situation, nous devons avancer avec confiance, ne pas laisser la peur nous envahir, parce qu’alors c’est la catastrophe.
Devant les événements si menaçants soient-ils, nous ne devons pas nous avouer vaincus mais relever la tête. Si par ailleurs Jésus cite autant de situations catastrophiques, c’est justement pour nous montrer qu’il faut être lucide, oser regarder, voir le mal et lui faire face avec confiance.
Naturellement c’est facile à dire lorsque tout va bien et il est tout à fait normal lorsque nous sommes dans la tourmente que le mal finisse par avoir raison de notre courage, de notre volonté et de notre persévérance.
Alors que faire ? Et bien je pense que nous devons nous remettre entre les mains des autres. Ces autres qui sont-ils ? Ces autres, c’est d’abord le Seigneur sans aucun doute, mais ces autres ce sont aussi nos proches, notre famille, nos amis.
Je suis émerveillé de voir combien dans les coups durs, une mobilisation s’organise pour venir en aide.
Même si pour les médias et dans les conversations courantes, nous soulignons trop souvent le mal, la méchanceté du monde, nous pouvons constater qu’ils sont bien plus nombreux celles et ceux qui font du bien, du beau. Ils sont des milliards de femmes et d’hommes à agir sans publicité, dans la plus grande discrétion, au quotidien, à poser des gestes d’attention de générosité, de patience.

Si apparemment, la liturgie de ce jour semble faire peser sur le monde une menace terrifiante elle veut avant tout nous faire sortir de la peur et nous faire prendre conscience que nous avons la capacité de la dominer à la condition de faire confiance en la vie, en la bonté, la générosité des autres et dans la tendresse de notre Dieu.

Piste 3

À la fin de l’année liturgique il est toujours un peu pénible de retrouver ces lectures étranges, difficiles à comprendre et surtout à commenter. Ces annonces de tremblements de terre, d’épidémie… impressionnaient beaucoup autrefois mais aujourd’hui, nous voyons cela tous les jours à la TV. En fait, saint Luc utilise ici un langage particulier que l’on appelle le langage apocalyptique. Ce langage apocalyptique est un langage codé, c.-à-d. un genre littéraire stéréotypé qui est né en Israël à la fin de l’époque des grands prophètes.

A cette époque le peuple était découragé parce que le bonheur promis n’arrivait pas. Israël était écrasé par les nations païennes et comme dans tous les pays occupés, les résistants n’osaient pas en parler ouvertement. Ils utilisaient donc un langage codé qui ne pouvait pas être compris de l’ennemi. Un peu comme pendant la guerre ici, les résistants utilisaient un langage codé que les Allemands ne pouvaient déchiffrer. Et le plus connu était « les sanglots longs des violons » qui annonçait l’imminence du débarquement.
Une autre caractéristique du langage apocalyptique, c’est qu’il est eschatologique. Qu’est ce que cela signifie ? C’est qu’en des temps ordinaires, du temps des prophètes, on parlait tout naturellement de la situation présente. Mais ici en temps d’occupation c.-à-d. en temps d’épreuves et de souffrances, le présent disparaît pour laisser la place à l’espérance des temps meilleurs : on attend le juste jugement de Dieu.
Les auteurs de l’Apocalypse ne feront que transposer l‘histoire : de même que dans le passé les empires païens sont tombés les uns après les autres de même en sera-t-il à l’avenir. Le temps d’occupation ne durera pas toujours, un jour viendra où la situation se rétablira.
Chaque évangéliste a utilisé, au moins dans un de ses chapitres ce langage apocalyptique. C’est celui de Luc que nous venons d’entendre et qui est une sorte de méditation sur le temps.
Les disciples sont en admiration devant le temple qui vient à peine d’être terminé. Il est une construction gigantesque qui fait d’ailleurs la fierté des Juifs.
Mais Luc nous montre que Jésus n’entre pas dans ce concert d’admiration. Il ne se laisse pas aller à cette espèce de fausse sécurité, ces murailles épaisses qui sont une assurance illusoire pour l’ensemble de l’humanité, qui s’imagine que les choses dureront éternellement telles qu’elles sont… Non, Jésus dénonce la caducité des plus belles, des plus grandes œuvres humaines : « Tout sera détruit. » Oui, même le temps, le temps lui-même va finir !
Cette réaction de Jésus est une invitation à méditer sur notre propre réalité, sur le caractère si court de la vie, de la beauté… de tout ! Tout ce qui a une fin est court.
Nous devons donc apprendre à regarder de face cette réalité de la fin, du vieillissement incessant de toutes choses, de la lente et inexorable marche de tous les vivants vers la mort.
Mais cela ne doit pas nous effrayer ni nous décourager. Au contraire : l’Apocalypse est un appel à la persévérance, un signal d’espérance : « croyez en moi », dit Dieu.
Même quand les étoiles tombent, quand tout s’écroule, même quand la mort est là… persévérez car notre espérance ne s’appuie par sur de l’humain mais sur le divin.
Notre foi ne nous préservera pas de la mort, ni de la souffrance mais elle nous donnera la vie.

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(re)publié: 17/09/2019