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33e dim. ordinaire (17/11) : Commentaire

« Nous attendons ta venue dans la gloire », chantons-nous chaque dimanche. Ce jour du Seigneur mettra les cœurs à nu ; alors l’impiété brûlera comme de la paille, mais, pour l’homme de foi, le Christ, soleil de justice, brillera de tout son éclat (première lecture). Luc nous demande de persévérer : la fin du monde n’est pas pour demain (évangile). Paul, à son tour, fustige les paresseux qui rêvent de fin du monde au lieu de travailler (deuxième lecture).

Première lecture : Ml 3,19-20a

Le livre de Malachie (prophète qu’il ne faut pas confondre avec saint Malachie, un Irlandais du 12e siècle, auquel on a faussement attribué - au 16e siècle ! - de fameuses prophéties) a été écrit au retour de l’exil (première moitié du 5e siècle avant J.-C.).

L’enthousiasme est relayé par la fatigue. La foi retombe, le culte redevient formaliste. Le prophète secoue cette torpeur, invite ses concitoyens à porter le regard vers l’avenir, vers le jour du Seigneur, expression déjà utilisée par les prophètes antérieurs pour désigner un jugement de Dieu.

Jugement terrible pour l’impie que Dieu brûlera comme paille dans la fournaise. Il ne lui laissera, tel un arbre condamné, ni racine ni branche. Mais pour vous qui craignez (qui vous dirigez selon) mon Nom, le Soleil de justice se lèvera (à l’époque, Egyptiens et Babyloniens vénéraient le dieu-soleil comme dieu-juge). Il vous apportera la guérison, le salut. Les premiers chrétiens donneront au Christ le titre de Soleil de justice qu’ils fêteront le 25 décembre, quand le soleil remonte sa courbe ; c’est bien ce Soleil-là que nous attendons pour le jour du Seigneur qui sera celui de notre passage vers le monde à venir, celui de la fin des temps.

Que nous soyons, ce jour-là, paille à brûler ou arbre verdoyant de foi, cela est entre nos mains. Et n’oublions pas que la pratique dominicale n’est pas encore le billet d’entrée : il nous faut craindre Dieu, diriger notre vie selon l’Évangile.

Psaume : Ps 97

Vous qui célébrez cette eucharistie, jouez pour le Seigneur ; acclamez-le, et que fleuves et montagnes, le monde entier et tous ses habitants soient inclus dans votre louange !

Car il vient ! Il vient dans notre assemblée par sa parole tranchante comme un glaive, par son pain qui nous fortifie sur la route vers lui. Il viendra dans la gloire en son “jour”, pour gouverner le monde dans sa justice, dans son plan définitivement réalisé.

Réjouissez-vous à la pensée de ce jour : Jouez pour le Seigneur sur la cithare et tous les instruments. Et que tout le cosmos, qui participera à votre gloire (Rm 8,19-22), se réjouisse. Que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie !

Deuxième lecture : 2 Th 3,7-12

Au 31e dimanche, Paul disait : « Si l’on m’attribue que je prétends que le Jour du Seigneur est arrivé, n’en faites pas cas. » Aujourd’hui, nous écoutons les conséquences de ces faux bruits : « Puisque le Seigneur est proche, à quoi bon encore travailler », pensaient quelques-uns. Nous apprenons que certains parmi vous vivent dans l’oisiveté, affairés à ne rien faire. Il y a désordre dans la communauté. Alors Paul réagit. Et vivement. A ces oisifs, il adresse un ordre, un appel. Le ton est solennel : dans le Christ Jésus ! Qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné. Donc pas de rêverie stérile, pas d’exaltation ou de dérèglement - le calme !

Un peu différentes sont l’angoisse et la peur devant la menace apocalyptique que font peser aujourd’hui sur l’humanité les moyens modernes de destruction. Paul aurait sans doute ajouté à son « travaillez dans le calme » un “travaillez à la paix, au désarmement des deux camps”.

A l’appui de son ordre, Paul donne en modèle à imiter sa propre manière de vivre. En effet, l’apôtre, tisserand de son métier, a travaillé pour n’être à charge à aucun. Le travail manuel, méprisé par les Grecs, était, chez les Juifs, tenu en haute estime. Le prêtre ouvrier, pourrait-on dire, était donc assez courant à l’époque. Encore Paul aurait-il eu, comme tant d’autres, le droit à être pris en charge, puisqu’il se dévouait à la communauté ; c’est encore le cas de la plupart des prêtres aujourd’hui, parce que ce service prend tout leur temps. Mais ce n’est pas sa manière à lui, il ne veut être à charge de personne.

Voilà un Paul comme nous le retrouverons à propos du mariage (1Co 7), plein de bon sens et les pieds bien sur terre. Il nous préserve ainsi des spiritualités d’évasion.

Ces trois extraits nous donnent une bonne clé pour lire seul cette lettre à la lecture facile et attachante. En cette fin d’année liturgique, elle prolongera notre méditation sur la fin des temps et, déjà préparera l’Avent tout proche.

Evangile : Lc 21,5-19

La fin de l’année liturgique et la fin de la montée spirituelle de Jésus vers Jérusalem nous font aussi méditer les fins dernières. Déjà, dimanche passé, nous entendions les sadducéens poser à Jésus une question sur la résurrection des morts ; aujourd’hui Jésus lui-même amorce un discours sur la fin des temps, alors que certains disciples admiraient le Temple, ce Temple où Jésus séjourne les derniers jours de sa vie et n’en sort que pour passer la nuit au mont des Oliviers (Lc 21,37).

Le bâtard Hérode le Grand, pour se faire accepter des Juifs, avait entrepris la construction du Temple, à partir de 19 avant notre ère. Un splendide complexe architectural faisait maintenant place au piteux édifice bâti lors du retour de captivité. Au temps de Jésus, les travaux allaient sur leur fin ; l’ensemble ne sera achevé qu’en 63, pour être rasé - sept ans plus tard ! L’on pouvait admirer la beauté des pierres, les marbres blancs, les motifs sculptés (dont les fouilles de 1970 ont dégagé des exemplaires grandioses), ainsi que les dons des fidèles : pièces en or, tentures... que du monde entier des Juifs aisés avaient apportés, et dont l’historien Flavius Josèphe détaille la magnificence.

Jésus dit alors : Des jours viendront. Il est intéressant de comparer ce qui va suivre avec la méditation de Marc sur les mêmes paroles du Christ. Chez Marc, qui écrit sans doute avant la destruction du Temple, cette destruction et la fin des temps sont vues en un “fondu enchaîné”, alors que Luc sépare les deux avec soin.

Jésus parle d’abord du Temple dont il ne restera pas pierre sur pierre ; tout sera détruit. Il met en garde contre des meneurs (il y eut, entre 63 et 70, plusieurs factions, avec, à leur tête, de ces meneurs) qui prétendront être le messie. Sous le nom de Jésus, ils utiliseront les mêmes mots que lui : des formules de révélation messianique comme le c’est moi, parent du “Je suis” au buisson ardent - ou encore : le moment du règne messianique est tout proche. - Ne marchez pas derrière eux, ne devenez pas leurs disciples. Puis Jésus annonce des guerres et des soulèvements ; allusion au grand soulèvement de 63 dont Titus eut raison. En 70 le Temple fut rasé. Tant d’allusions aux événements de 63-70 font penser avec vraisemblance que Luc les a connus, ce qui permet de dater son évangile comme postérieur à 70.

En conclusion, Jésus dit : tous ces troubles ne sont pas encore le signe de la fin du monde ; la fin ne sera pas pour tout de suite. Il n’y a pas lieu de vous effrayer.

Alors, son regard se portant cette fois-ci sur la fin des temps, Jésus ajouta, en un langage apocalyptique emprunté au prophète Daniel : On se dressera nation contre nation... il y aura des tremblements de terre... des épidémies... des faits terrifiants. Les grands signes dans le ciel, dont il parle encore, peuvent, selon des passages parallèles, indiquer la chute des idoles, des faux dieux vénérés dans les étoiles. Une véritable chute des astres, mais d’ordre spirituel, de sorte que tous les hommes comprennent que le Seigneur seul est Dieu.

Puis, comme si Luc craignait de trop s’appesantir sur ce thème de la fin du monde, la pensée revient en arrière : Avant tout cela, il y aura un temps intermédiaire, que nous appelons l’histoire de l’Église, dont une caractéristique sera la persécution : on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, vous serez livrés même par vos parents et vos amis - ils feront mettre à mort certains d’entre vous, vous serez détestés à cause de mon nom (de moi). Déjà, Luc a vécu les premières persécutions (il en parle dans son livre des Actes).

Il demande à ses contemporains de ne pas les prendre pour des signes de la fin des temps, mais comme le lot inévitable de l’Église et une des façons majeures de rendre témoignage de la foi. Les persécutions leur en donneront l’occasion, la chance ; selon une interprétation différente : une occasion à faire valoir comme témoignage en leur propre faveur, quand ils paraîtront devant Dieu.

Le discours finit avec des mots d’encouragement et de confiance : Ne vous souciez pas de votre défense, moi-même je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction. Même pas un cheveu de votre tête ne sera perdu ; exagération voulue, puisque, non seulement les cheveux, mais les têtes des premiers chrétiens tomberont. Mais vous ne mourrez pas, à proprement parler ; vous obtiendrez la vie grâce à votre fidélité, à votre patience, par votre persévérance.

Luc nous donne ainsi une spiritualité plus élaborée et, si l’on ose dire, plus “utile” que celle de Marc. Sans doute, comme celui-ci, il annonce la grande casse : de toutes les magnifiques réalisations que l’homme a réussies, il ne restera pas pierre sur pierre, tout sera détruit. Comme Marc, il nous invite à prendre un peu de distance vis-à-vis des réussites courtes : mon compte en banque, ma maison, la décoration ou l’avancement tant convoités... ainsi que des idéologies aux lendemains qui chantent.

Mais Luc ne veut pas que nous attendions fébrilement que le ciel nous tombe sur la tête. Quand des meneurs, arguant de possibles catastrophes nucléaires, agitent la peur et prédisent la fin du monde pour tout de suite, il ne “marche pas” : Ne marchez pas derrière eux. La fin n’est pas pour tout de suite. Il n’y a pas lieu de vous effrayer. Vous avez autre chose à faire. Utilisez le temps qui vous est donné à témoigner de l’Évangile. Au lieu de vous lamenter, voyez la moisson qui vous attend. Retroussez vos manches. Ce sera encore long et vous aurez envie de baisser les bras, surtout quand viendront les difficultés et que l’on vous persécutera, que vous serez détestés de tous. Tenez bon. C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie près de moi.

En méditant la fin du monde, cette fin d’une année liturgique nous pousse... vers de nouveaux commencements.

Voilà qui est tonique en notre siècle de peur.

Par sa spiritualité “d’attente active” Luc a aidé les jeunes Églises chrétiennes à surmonter leur déception de voir le Christ ne pas venir tout de suite. Il les a sorties de leurs dangereuses rêveries pour les lancer dans l’aventure missionnaire grandiose dont ses Actes des Apôtres nous décrivent quelques pages majeures. On sent la même spiritualité et le même souci dans la deuxième Lettre de Pierre (2P 3,9), chez Paul (2Th 2)...

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(re)publié: 17/09/2019