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32e dim. ordinaire (10/11) : Commentaire

« Nous célébrons ta résurrection », chantons-nous à chaque messe. La Résurrection du Christ, mais aussi la nôtre. Vers la fin de l’année liturgique, notre regard se porte vers cette gloire finale que le Dieu des vivants nous réserve (évangile). Cette foi en la résurrection était devenue plus vive chez les Juifs pendant la persécution, préparant ainsi les esprits à l’inouï de la résurrection de Jésus (première lecture). Laissons-nous donc réconforter, vivons la joyeuse espérance (deuxième lecture).

Première lecture : 2 M 7,1-2.9-14

Nous sommes entre 175 et 163 avant le Christ, au temps où le roi syrien, Antiochus Epiphane, essaie de donner une certaine unité à son royaume, fait d’une mosaïque de peuples, en leur imposant le modèle grec qui allait particulièrement contre les us et la mentalité des Juifs. Il veut forcer son dessein avec des moyens allant jusqu’à la torture.

Nous est racontée la torture de sept frères, arrêtés avec leur mère, et que le roi voulut contraindre à manger du porc, viande interdite par la loi juive. Le passage exhorte à la fidélité : nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. Il affirme aussi la résurrection, longtemps inconnue des Juifs, aussi étrange que cela paraisse. A partir de cette persécution, la foi en la résurrection se répandit en Israël. Cette foi est basée :
1. sur la puissance du Roi du monde qui nous ressuscitera pour une vie éternelle.
2. sur sa fidélité : nous attendons la résurrection promise par Dieu.

La réponse du troisième frère cache une ambiguïté que nous retrouverons dans l’évangile de ce jour, et que Jésus dissipera : ses membres (qu’on va lui couper), il espère les retrouver lors de sa résurrection. Nous ressusciterons, non pas avec nos membres tels quels, avec notre corporéité actuelle un peu améliorée, mais dans un corps transformé, glorifié dont il nous est impossible de nous faire une idée, actuellement. Faisons confiance au Seigneur, comme ces martyrs. Leur intrépidité était soutenue par la foi en la résurrection : cette vie présente ne leur paraissait rien en comparaison de la vie éternelle.

Psaume : Ps 16

Nous pouvons prier ce psaume pour nos frères persécutés, nous pouvons en faire notre propre acte de confiance dans l’épreuve et en face de la mort :

Entends ma plainte ! Accueille ma prière ! Écoute-moi ! Je t’appelle ! Je veux te rester fidèle : J’ai tenu mes pas sur tes traces. Préserve-moi de perdre confiance, garde-moi ; à l’ombre de tes ailes, cache-moi.

Comment désespérer, car tu es la justice même : je verrai ta face dans la splendeur de la résurrection. Au réveil du sommeil de la mort, je me rassasierai de ton visage.

Deuxième lecture : 2 Th 2,16-3.5

Les Thessaloniciens sont désorientés. Paul vient de les exhorter à tenir bon, à garder fermement la foi transmise. Il s’adresse maintenant à eux dans une prière en forme de souhait :
Que notre Seigneur Jésus Christ, que Dieu notre Père vous réconfortent. Qu’ils affermissent votre cœur troublé. Puis encore à la fin de l’extrait : Que le Seigneur vous conduise à l’amour de Dieu et à la persévérance pour attendre le Christ. Une prière donc pour attendre la venue de Jésus, non dans le laisser-aller, mais en faisant et en disant le bien.

Cette prière est piquée de brefs actes de foi sur lesquels elle court et s’appuie : Dieu notre Père nous aime ; il nous a déjà, et cela pour toujours, donné le réconfort fondamental : Jésus. Il nous remplit d’une joyeuse espérance ; il est fidèle, il nous protégera.

Au milieu de cette prière pour ses chers frères (mot affectionné par Paul, et qui revient ici deux fois), Paul les invite à prier pour lui-même ; qu’il échappe à la méchanceté de gens qui lui veulent du mal. On pense aux Juifs qui l’ont chassé de Thessalonique et le poursuivent partout de leur haine. On pense à d’autres, au sein même des communautés chrétiennes, car tout le monde n’a pas la foi. Pauvre Paul, traqué de partout ! Heureux Paul, fort de la joyeuse espérance !

Le texte est un peu difficile, à cause de ses surcharges et, surtout, de ses mots aujourd’hui usés : foi, espérance, amour, fidélité. Ceux-ci ne parleront que si nous les retraduisons - parfois en leur contraire qui nous est plus familier : pessimisme, tristesse, vie matérialiste, abandons...

L’extrait forme un tout avec celui du 33e dimanche, et on gagne à les lire à la suite pour saisir le double mouvement vertical et horizontal de cette grande exhortation à la prière et à l’action.

Évangile : Lc 20,27-38

Les sadducéens, avec les pharisiens l’un des deux courants du judaïsme officiel, prétendaient qu’il n’y a pas de résurrection, parce que cette croyance n’était pas contenue dans le Pentateuque (les cinq livres dits mosaïques). Longtemps les Juifs eurent du mal à croire en une réelle survie de l’homme, parce qu’ils ne distinguaient pas l’âme du corps et que, en conséquence, une survie leur paraissait impossible. Les pharisiens, par contre, étaient persuadés que les morts sortiraient du tombeau en chair et en os, comme le dormeur de son lit. Les deux présupposés sont, aujourd’hui encore, à l’origine de bien de difficultés à croire en une résurrection.

Voilà donc des sadducéens qui viennent trouver Jésus. Ils essaient de le ridiculiser en lui exposant un cas poussé au grotesque, afin de lui démontrer l’impossibilité de la résurrection : Maître, Moïse nous a donné cette loi (la loi du lévirat, Dt 25,5 ; on la retrouve dans tout l’Orient ancien, elle est, encore aujourd’hui, appliquée en certaines régions d’Afrique) : Si un homme a un frère marié, mais qui meurt sans enfants, qu’il épouse la veuve pour donner une descendance à son frère. Ne croyant pas à la résurrection, on espérait survivre dans les enfants. Chez les Juifs s’ajoutait le désir d’être rattaché au Messie à travers les descendants. Or il y avait sept frères, et il était arrivé que la veuve du premier fût ainsi épousée successivement par les six autres. Eh bien ! à la résurrection, cette femme, de qui sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour femme ?

Jésus ne répond pas directement à cette question saugrenue, parce que le point de départ en est faux : Vous vous imaginez, leur dit-il, que dans le monde à venir on se marie comme dans ce monde. Vous transposez ce monde dans l’autre, alors vous butez sur des questions insolubles comme celle que vous posez. On pourrait en rajouter : dans ce cas, il faudrait des dortoirs, des réfectoires, des toilettes... on voit l’impasse. D’où encore la question, si souvent posée : « Où mettra-t-on tout ce monde ? » Justement, vous avez du monde à venir, qui est céleste, une représentation qui est terrestre. Ainsi le mariage et la sexualité, qui sont les conditions mêmes de la survie de l’humanité sur terre, ne peuvent être transposés dans ce monde céleste, où ils n’ont plus de raison d’être : on ne se mariera plus, car on ne pourra pas mourir.

Voilà donc pour la fausse question, le faux point de départ.

Jésus soulève cependant un large pan du voile. Il dit : Dans le monde à venir... ils sont semblables aux anges. Les anges rayonnent de la gloire de Dieu. Nous serons beaux, de la beauté de Dieu ! Il dit encore : Ils sont fils de Dieu. Nous serons fils comme Jésus, nous participerons de l’intimité de Jésus avec son Père. On est pris de vertige ! Enfin, Jésus affirme que nous sommes héritiers de la résurrection, héritiers parce que, ses frères, nous participons de la sienne. Nous serons donc transformés comme lui l’a été le jour de Pâques, entièrement à Dieu, de toutes nos fibres, le cœur battant au rythme de celui du Père.

N’est-ce pas assez pour notre curiosité ? Bien trop, si j’ose dire. Nos cœurs si tièdes, seront-ils jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection ? On n’entre pas au ciel comme dans un moulin ; s’il est grâce, gratuit, il faut cependant correspondre à cette grâce. L’expression juger suggère donc une épreuve, comme un examen : Pourrai-je vivre en fils là-haut ? Oui, si je vis en fils dès ici-bas.

Quant au fait de la résurrection lui-même, comment en douter alors que, avec Moïse au buisson ardent, nous croyons en un Dieu qui s’est penché vers les hommes, s’est lié à eux d’alliance, leur a juré fidélité. Dieu nous aimerait tant pour nous laisser finir dans un trou ? Il n’est pas le Dieu des morts. Il est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Ils sont près de lui, vivants. Il est le Dieu des vivants.

Le dernier verset donne encore un autre chemin vers la foi en la résurrection : tous vivent en effet pour lui. Comment Dieu pourrait-il abandonner ceux qui ont vécu pour lui, allant jusqu’à préférer mourir que de le trahir ? L’espoir d’une survie s’est, en effet, affirmé plus fort quand les Juifs devinrent martyrs pour leur foi (voir première lecture). Puisqu’ils ont vécu et sont morts pour Dieu, celui-ci ne peut les laisser sombrer dans le néant.

La scène avait commencé dans le grotesque, à cause d’une fausse représentation du ciel (mais toute représentation en la matière est fausse) ; la voilà qui finit en un splendide acte de confiance : Dieu, tu nous prendras avec toi, parce que tu es notre Père et nous sommes tes fils et tes filles. Tu ne saurais abandonner au néant ceux qui vivent pour toi.

Ce texte ne donne qu’un aspect de notre foi en la résurrection. Celle-ci est d’abord et surtout le fruit de la résurrection de Jésus lui-même. La résurrection du Christ et la nôtre sont inséparablement liées (voir 1Co 15).

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(re)publié: 10/09/2019