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32e dim. ordinaire (10/11) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

Des sondages périodiques révèlent que bon nombre de chrétiens ne croient plus en la résurrection. Il est vrai que la résurrection, si l’on veut bien y croire, ce n’est pas évident ! Y-a-t-il un domaine au monde où l’imagination puisse avoir autant de champ libre ? Et on ne s’en est pas privé. Les questions se bousculent : « Comment des corps réduits en poussière ou incinérés pourront-ils se reconstituer ? » « Quel âge aurons-nous ? » « Où allons-nous mettre tout ce monde ? » « Que ferons-nous pendant toute l’éternité ? » …
Ces questions n’ont pas changé depuis des milliers d’années.
Les pharisiens, eux croient au paradis. J’imagine qu’ils l’envisagent un peu comme les musulmans : une fête perpétuelle, un banquet 3 étoiles, où les femmes seront toujours jeunes, tous les plaisirs à portée de la main… enfin un bonheur sans nuage, l’abondance sans restriction. Cette idée séduisante n’a d’ailleurs pas tout à fait disparu. Pour gagner ce gros lot il faut cependant observer la loi.
Pour les sadducéens qui ne croient pas à la résurrection, l’occasion est belle de ridiculiser ceux qui y croient et ils racontent cette histoire rocambolesque de la femme qui avait 7 maris.
Les uns comme les autres considèrent donc la résurrection comme un simple prolongement de la vie terrestre. On transporte au ciel la manière de vivre ici-bas.

Cette question qui taraude l’humanité depuis toujours « comment serons-nous dans l’au-delà ? », ils la posent à Jésus, l’invitant à préciser sa pensée sur la résurrection des morts : « Puisque vous y croyez, comment cela se réalisera-t-il concrètement ? »
Jésus renvoie tout simplement les adversaires dos à dos et leur imagination débordante au panier. Il leur explique qu’il est inutile et d’ailleurs impossible, de se faire la moindre idée « du monde à venir » à partir des réalités temporelles. La seule chose que Jésus répond c’est que « Dieu, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, n’est pas le Dieu des morts mais le Dieu des vivants ». Un Dieu qui nous a destinés à la vie, à participer à sa vie divine.
Autrement dit on ne sait rien, on ne saura jamais rien et il faudra vivre avec ; mais nous sommes invités à croire en un Dieu des vivants.
Ce mystère, inaccessible au raisonnement humain, ne peut qu’être accepté dans la foi et la confiance. La seule chose que l’on peut dire c’est que la vie de ressuscité c’est la vie en plénitude, l’expérience de l’amour total… tout le reste n’est que vaine curiosité.

Ceci me fait penser à l’expérience de Mère Teresa. Mère Teresa n’a pas toujours été celle que nous connaissons. Pendant de très nombreuses années, elle est restée religieuse cloîtrée dans son couvent consacrant sa vie à la prière et la méditation. Elle racontera plus tard qu’elle ne se sentait pas croyante, que sa foi était bien fragile. Jusqu’au jour où elle consacra sa vie aux plus malheureux en Inde. En chaque visage elle voyait le visage de Dieu. Elle ne se posait plus de questions rationnelles sur sa foi, celle-ci était devenue vivante.
De même qu’il est impossible de comprendre l’amour si l’on ne commence pas d’abord par aimer, il est impossible de croire en la résurrection si l’on ne commence pas maintenant ici-bas par remettre debout ceux qui sont allongés et rendre le goût de vivre à ceux qui l’ont perdu.
Je ne sais pas comment on peut expliquer les couleurs à un aveugle ni comment faire découvrir l’harmonie des sons à un sourd. Ainsi en va-t-il de la vie après la mort, on ne peut l’expliquer ! Pour la comprendre, pour découvrir, pour « savoir » ce qu’elle est, il faut en faire l’expérience.
En résumé : le seul moyen d’aborder l’au-delà ou d’essayer de le comprendre, c’est d’en vivre dès aujourd’hui. Quand on donne sa vie, la mort perd tout son sens… elle n’a plus rien à prendre.

Piste 2

A la Toussaint nous étions encore nombreux à nous recueillir sur la tombe d’un être cher et peut-être nous sommes nous posé la question : « Est-il possible qu’il soit vivant ? » « Pourquoi alors ce terrible silence de sa part ? »

Aujourd’hui, une fois encore Jésus nous redit : « Oui, nos défunts sont bien vivants. »
Depuis la préhistoire, la question de la survie a toujours hanté l’esprit des hommes.
Les anthropologues dans leurs fouilles, lorsqu’ils découvrent un squelette, essayent d’abord de voir s’il a été enterré, inhumé car c’est le signe par lequel ils distinguent l’homme du singe. Enterrer les morts était le signe que ces êtres croyaient déjà en un possible au-delà.
L’homme moderne est un peu plus sceptique, habitué aux preuves, aux démonstrations rationnelles. Certains psychologues essayent même d’expliquer ce phénomène de la croyance en la survie en affirmant que ce n’est qu’une projection de notre désir d’immortalité.
Tous, même les hommes les plus religieux, nous avons déjà beaucoup fabulé sur ce sujet en essayant de nous imaginer l’au-delà, en nous le représentant un peu à la façon d’un club Med.

Aujourd’hui, Jésus nous remet les pieds sur la terre !
Ce débat avec les sadducéens est émouvant, lorsqu’on sait, qu’à ce moment Jésus voyait déjà se profiler sa propre mort. Il est donc intéressant de l’entendre dire le fond de sa pensée à ce sujet. Qu’en dit-il ?
Jésus établit immédiatement un contraste total entre « ce monde-ci » et « le monde à venir » qui pour lui ne fait pas de doute. Il fait bien comprendre à ses interlocuteurs qu’il faut renoncer à comprendre le futur. Aucune représentation du monde à venir n’est possible.
Pourquoi, se demandent certains, Dieu n’explique-t-il pas un peu cette fameuse vie de l’au-delà ? C’est précisément parce qu’il ne le peut pas, et il ne le peut pas parce que rien de ce monde n’autorise la moindre représentation ; comme nous l’avons déjà dit souvent, l’embryon ne pourrait imaginer l’existence de la vie à laquelle il va naître.
Ou pour reprendre une image que nous connaissons moins et que nous propose Raymond Panikkar, théologien espagnol fort marqué par la culture hindoue : « Nous sommes, disait-il, chacun comme une goutte d’eau. Qu’advient-il de cette goutte d’eau lorsque je meurs ? Regardez mourir une goutte d’eau, elle éclate, elle disparaît, elle rejoint la multitude des autres gouttes dans le fleuve et puis dans la mer où elle retourne à l’atmosphère. Ainsi donc, lorsque la goutte cesse d’être goutte, l’eau ne disparaît pas pour autant. »
Mon eau vient rejoindre toutes les eaux qui me précèdent pour former ensemble un océan. Ceci n’est évidemment qu’une image pour nous aider à comprendre que la résurrection nous fait naître à une vie nouvelle, un monde nouveau dont nous ne pouvons soupçonner la plénitude.
Mais elle nous dit une autre chose essentielle aussi : la vie infinie ne vient pas seulement après la vie finie car, avant même de rejoindre l’océan, la goutte d’eau est et restera de l’eau ; ainsi dans notre vie d’aujourd’hui la vie d’éternité est déjà commencée.

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(re)publié: 10/09/2019