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31e dim. ordinaire (3/11) : Commentaire

Jésus viendra “dans ma maison” si, comme Zachée, j’ai le désir de le voir, le courage de surmonter mes peurs et le qu’en dira-t-on ; si je change de vie (évangile). Que le souvenir de mes lâchetés ne me décourage pas. Dieu ferme les yeux sur mes péchés, à condition que je me convertisse (première lecture). Prions donc pour que Dieu nous trouve dignes de l’appel qu’il nous a adressé (deuxième lecture).

Première lecture : Sg 11,23-12,2

L’auteur de ces lignes est un sage, en contact avec la tolérance grecque, curieuse de toutes les religions qu’elle rencontrait. Mais il voit les choses par l’autre bout de la lunette : Dieu est le vrai tolérant. Il répond ainsi aux Grecs de son entourage (de la ville cosmopolite d’Alexandrie, en Basse Égypte) qui reprochaient aux Juifs leur “mépris des hommes et leur xénophobie” (Hekataios d’Abdera). Il adoucit de la sorte mainte page dure de la Bible et prépare l’universalisme de Jésus.

C’est dans une prière émouvante qu’il développe son acte de foi en un Dieu amoureux de tous les hommes, de tout ce qui existe. Un Dieu plein de miséricorde : Tu fermes les yeux sur leurs péchés. Tu n’es pas bonasse, mais tu patientes pour qu’ils se convertissent. Ceux qui tombent, tu les reprends doucement, peu à peu ; tu les avertis pour qu’ils se détournent du mal, et qu’ils puissent croire, avoir confiance en toi.

L’homme loin de Dieu mais qui cherche, entendra cette page avec intérêt. Le désespéré, l’angoissé, le scrupuleux gagneraient à l’apprendre par cœur - tout comme l’intolérant, rapide à conclure.

Ainsi ces versets préparent-ils l’évangile du Fils de l’homme venu chercher et sauver ce qui était perdu (évangile).

Psaume : Ps 144

Mon Dieu, je t’exalterai, je bénirai ton nom chaque jour, toujours, mais surtout en cette eucharistie. Car tu es tendresse et pitié. Tu patientes avec nous, tu es lent à la colère et plein d’amour. En Jésus, tu es venu soutenir ceux qui tombent et redresser les accablés. Ta bonté n’est pas seulement pour nous, tes fidèles, mais pour tous les hommes. Oui, que tes fidèles te bénissent et qu’ils disent à tous les hommes ta grandeur et ta bonté, rejaillissements de ta gloire.

Deuxième lecture : 2 Th 1,11-2,2

La deuxième Lettre aux Thessaloniciens (de Salonique, en Grèce du Nord), s’adresse à cette communauté troublée à propos de la venue finale du Christ. Les uns l’attendent fiévreusement, les autres s’étonnent que Jésus tarde. Paul calme les esprits en les invitant à préparer cette venue finale dans une patience sans fausse curiosité et dans l’exercice de leur responsabilité.
Comme la première Lettre, traitant du même sujet, était lue les derniers dimanches de l’année A, celle-ci clôt opportunément l’année C.

Les premiers versets font encore partie de la salutation d’usage. Paul y prie, selon sa coutume, pour la communauté à laquelle il s’adresse. Déjà perce, cependant, le souci qui fait l’objet de sa lettre : il s’agit d’être trouvés dignes de l’appel du Christ, de ne pas se perdre en rêveries, mais d’accomplir tout le bien que vous désirez. Avoir une foi active, vécue dans les faits. C’est ainsi que Notre Seigneur Jésus aura sa gloire en vous (sera glorifié par vous) et vous en lui.

Les versets suivants expliquent l’objet de sa lettre : la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement final auprès de lui. Les circonstances, aussi, de son intervention : on m’attribue une révélation que j’aurais eue, une parole que j’aurais dite, ou même une lettre que j’aurais écrite prétendant que le jour du Seigneur (expression pour la venue finale du Christ) est déjà arrivé. Certains en avaient conclu : à quoi bon travailler encore ! D’autres étaient inquiets. D’où désordre. Paul commence par rappeler la communauté au calme : N’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer !

Si une partie de nos contemporains n’attend plus rien, si, pour bien des chrétiens, les mots du Credo : « d’où il viendra... » n’ont aucune résonance - une autre partie est anxieuse, effrayée par la perspective de catastrophes cosmiques après tout possibles. Ne perdons pas la tête, surtout ne perdons pas de vue que notre vie est brève, et que le Seigneur viendra bientôt. Désirons-nous sa venue ?

Évangile : Lc 19,1-10

Jéricho est une oasis importante, située à la frontière entre la Judée et la Pérée païenne. Donc une ville qui ne manquait pas de douaniers, de collecteurs d’impôts. Jésus la traverse pour monter à Jérusalem. Il n’est plus loin du terme de sa route, de sa croix où il étendra les bras... « afin de rassembler tous les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52).

Voilà justement un de ces enfants dispersés, un excommunié même, et de taille ! Son nom est Zachée (soit une contraction de Zacharie, soit, humour noir, “le pur” !) Un collecteur d’impôts ; littéralement un de ces publicains triplement détestés :
- parce qu’ils exploitaient les gens
- parce qu’ils étaient des collaborateurs de l’occupant romain
- enfin parce qu’ils trempaient dans l’idolâtrie en maniant les pièces de monnaie à l’effigie du dieu César.
Et c’était le chef !

Pourquoi cherche-t-il à voir Jésus ? Par simple curiosité ? Il ne se serait pas exposé au ridicule pour si peu. Peut-être ses collègues lui ont-ils parlé de ce Jésus qui ne les méprisait pas, qui savait les toucher, au point qu’ils s’approchaient - tous - pour l’entendre (Lc 15,1). Zachée est un homme qui cherche, il est insatisfait. Il désire, il est poussé à rencontrer Jésus et, détail significatif pour quelqu’un qui va se convertir, il a le courage de braver le qu’en dira-t-on.

De petite taille, il grimpe sur un sycomore, au tronc bas, aux ramifications énormes. Comme si, chez nous, M. le directeur...! La grâce, déjà, l’a touché, prévenu ; voici qu’elle fond sur lui. Jésus lève les yeux. Zachée voulait le voir, Jésus le regarde, d’un regard où le pauvre homme se sent percé, mis à nu. Mais non écrasé, car Jésus l’interpelle par son nom, comme il le fera pour Madeleine au jardin de la résurrection : Zachée, descends vite : aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi. Ah ! Ce vite, cet aujourd’hui ! La grâce tombe sur lui sans lui laisser le temps d’hésiter. Ce il faut - moins il faut bien que Jésus loge quelque part, que le “il faut” si souvent prononcé par Jésus, quand il parle du plan d’amour de son père. Il faut que ce plan s’accomplisse vite, aujourd’hui, comme un signe avant-coureur du grand “il faut” qu’il monte en croix pour sauver ce qui était perdu. Voyez la délicatesse du Christ : il veut recevoir, afin de mieux donner, comme à la Samaritaine il avait demandé de l’eau du puits, afin de lui verser l’eau vive (Jn 4,7).

Cette demande de Jésus à demeurer chez lui contient tout : le pardon (une page triste de sa vie est tournée) et cette intimité du demeurer, du partage, de quelque chose d’indicible.

Zachée descend vite. C’est l’empressement du cœur, il reçoit Jésus avec joie. A la grâce correspond l’action de grâce. La preuve que ce n’est point flamme passagère : Voilà ! Il est décidé, car il se sait déjà devant le Seigneur, le Christ pascal qui a donné sans compter et qui ne saurait se contenter d’une réponse mesquine. Je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens. Quel courage ! Il n’hésite pas comme le riche qui, à ces paroles, s’en alla triste (Mc 10,22). Il est prêt à réparer le tort s’il en a fait - et quatre fois plus ; la loi ne le demandait que pour un vol de bétail (Ex 21,37), il l’élargit à tous ses torts. La générosité - source de joie !

Dans cette joie vient se loger la fausse note. Tous récriminaient. Il est fort probable que si l’évêque allait déjeuner chez un collaborateur, un extorqueur, nous ne chanterions pas le Magnificat. C’est l’effet produit par Jésus : Il est allé loger chez un pécheur ! Et chez le chef des publicains !

Alors Jésus dit à son sujet, mot à mot - devant lui, pour le défendre, se mettre de son côté : Aujourd’hui, le salut (la libération) est arrivé pour cette maison, pour lui et tous les siens. Lui, l’exclu, il est, lui aussi, fils d’Abraham. Cet homme, happé par le paganisme avec lequel il pactisait de par son métier, le voilà réintégré dans la communauté des justes, tout autant (et davantage) que vous !

La dernière sentence reprend le tout en un refrain final : Le Fils de l’homme, personnage mystérieux qui rendrait la justice à la fin des temps et que l’on pouvait s’imaginer terrible, voilà que Jésus, qui s’identifie nettement à lui, le montre venant chercher et sauver ce qui était perdu. Il va là où tout semble perdu. Quelle bonne nouvelle, de quoi grimper sur un arbre pour ne pas la manquer !

On court-circuiterait cet évangile en le bloquant sur Zachée. Bien que celui-ci paraisse occuper le devant de la scène, Jésus est, en fait, l’acteur principal. C’est Jésus qui regarde Zachée, l’interpelle, l’invite à descendre ; c’est lui qui entre demeurer chez le publicain. C’est lui, le Seigneur, qui apporte le salut à cette maison et y sème la joie libératrice. C’est lui qui vient sauver ce qui était perdu. Quel beau portrait du Christ !

Zachée court. Jésus lui dit : Vite. Vite il descendit. L’empressement du cœur, l’impatience de la rencontre, puis la joie, la joie aujourd’hui, tout de suite. Oh mon cœur, ne traîne pas, cours vite, c’est pour aujourd’hui !

A chaque eucharistie, Jésus s’invite pour demeurer chez moi. Pour demeurer dans notre communauté. Le recevons-nous avec joie ?

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(re)publié: 03/09/2019