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30e dim. ordinaire (27/10) : Commentaire

Le publicain qui se tenait à distance n’est assurément pas un encouragement à rester au fond de l’église pour cacher notre retard ou pour filer plus tôt. Il est une invitation à prendre conscience de nos insuffisances. Dans quel esprit venons-nous à la messe ? Contents de nous, suffisants ? Ou humbles ? Prends pitié du pécheur que je suis (évangile) ! Soyons assurés que cette prière sera bien accueillie par Celui qui écoute la prière de l’opprimé (première lecture). Restons confiants, comme l’apôtre, abandonné de tous, mais que le Seigneur remplit de force (deuxième lecture).

Première lecture : Si 35,12-14.16-18

Aux rois d’Israël, souvent mauvais juges, aux riches parvenus de son époque qui méprisaient la classe pauvre, Ben Sirac oppose le Seigneur. Lui ne fait pas, comme eux, de différence entre les hommes. Les plus exposés, le pauvre, l’orphelin, la veuve, Dieu les écoute. Il est du côté des faibles, des opprimés. Leur prière est bien accueillie par Dieu, elle traverse la nuée, tandis que celle du suffisant, de l’inique ne parvient pas à lui.

Ce texte nous laisse sur notre faim, car bien des pauvres restent, de fait, des opprimés. Il n’est admissible que dans la perspective eschatologique (de la fin des temps), quand le Seigneur rendra la justice définitive.

Ainsi complété, il est entendu comme un encouragement à garder confiance en Dieu, au milieu des tribulations.

Le texte prépare excellemment celui de la prière du pharisien et du publicain où Dieu rend justice à ce dernier.

Psaume : Ps 33

Louange de la justice divine.

Oui, je bénirai le Seigneur en tout temps, mais surtout en cette eucharistie ; je veux glorifier le Seigneur et crier ma confiance en lui, pour que les pauvres (première lecture) m’entendent et soient en fête avec moi.

Le Seigneur regarde le juste ; non celui qui se justifie lui-même, mais celui qui a le cœur brisé, l’esprit abattu, qui met sa confiance en Dieu, qui crie vers le Seigneur et l’appelle.

Deuxième lecture : 2 Tm 4,6-8.16-18

Nous savions Paul en prison (28e dimanche), le voici qui se dit déjà offert en sacrifice ; il sait que le moment de son départ vers Dieu est venu. Si près de la mort, il jette un rapide regard en arrière. Avec des images empruntées au sport : la lutte (je me suis bien battu), la course où il a tenu jusqu’au bout sans s’essouffler ; il se dit heureux d’être resté fidèle, alors que bien d’autres ont flanché.

Le voilà donc arrivé et, tout normalement, il n’a plus qu’à recevoir la couronne, comme on la donnait au vainqueur du stade. Mais, comme s’il craignait d’être pris pour un homme extraordinaire, il ajoute : cette couronne ne m’est pas donnée à moi seul, mais à tous ceux qui auront désiré avec amour la manifestation de la gloire du Seigneur. Belle description de ce qu’est la vie chrétienne : désirer la manifestation du Jésus de gloire.

Puis l’Apôtre reprend sa confidence avec des détails plus concrets. Quand il a présenté sa défense devant le tribunal, il a ressenti une cruelle déception : personne de la communauté ne l’a soutenu, tous l’ont abandonné. Mais il chasse l’amertume, il pardonne : que Dieu ne leur en tienne pas rigueur !

Heureusement, il a eu un meilleur soutien : le Seigneur lui-même l’a assisté, l’a rempli de force. Il a ainsi échappé à la gueule du lion, ce qui peut faire croire que le procès a été ajourné, de sorte qu’il peut annoncer l’Evangile jusqu’au bout, son évangile qu’il avait eu mission de faire entendre à toutes les nations païennes. Il attend maintenant la deuxième phase du procès, dont il sait que l’issue lui sera favorable : Le Seigneur me sauvera - mais une issue toute différente : Il me fera entrer au ciel. Son grand désir de rencontrer le Christ dans la manifestation de gloire va se réaliser. Et Paul de crier sa joie : A lui la gloire pour les siècles des siècles !

Voilà comment seul peut parler un fou de Dieu. Langage incompris des chrétiens trop sages. Et moi ? En ces jours proches de la Toussaint et de la Commémoration des défunts, comment vois-je ma fin ? Serai-je trouvé fidèle ? Est-ce que je désire avec amour la manifestation du Christ dans sa gloire ?

Évangile : Lc 18,9-14

Certains hommes étaient convaincus d’être justes. Pire ! Ils méprisaient les autres. C’est à eux que Jésus adresse cette parabole. Ne vaudrait-elle pas aussi pour nous - un peu, beaucoup ?

Deux hommes non précisés, plutôt deux types d’hommes, deux attitudes devant Dieu. Un pharisien. Aujourd’hui, pharisien est synonyme de faux, de Tartufe. En fait, c’étaient souvent des hommes respectables qui luttaient pour la pureté de la foi. ‘Pharisien’ voulait d’ailleurs dire : pur. Ces pharisiens avaient un idéal élevé : observer la loi, la volonté de Dieu, jusque dans le détail, et même plus qu’il n’était prescrit : je jeûne deux fois par semaine, alors que la loi ne l’exigeait qu’une fois par an. Celle-ci demandait le dixième des fruits des champs et des pâturages, je donne le dixième de tout ce que je gagne. Tout cela, il le fait avec conviction. C’est un fervent. N’a-t-il pas raison de rendre grâce ? Mais que lui reproche donc Jésus ?

De mépriser les autres, d’être suffisant, de se comparer : je ne suis pas comme les autres. L’orgueil pue et empeste toutes nos bonnes actions. Mais, derrière cet orgueil, il y a plus gros. Il y a l’énorme prétention d’avoir droit à ce qui n’est que grâce, c’est-à-dire donné gratuitement, par amour : la vie avec Dieu. Or il est convaincu d’être juste. Voyez comme il se tient là, tout devant, proche de Dieu, comme il est proche de l’endroit du temple dit le Saint des saints. Il prie en lui-même, littéralement : tourné vers lui-même, comme pour se donner un coup d’encensoir. Encore un peu et Dieu serait son obligé, devrait lui dire merci. Dieu peut-il donner son amour à un cœur qui n’a plus de place pour lui ? La gratuité à quelqu’un qui compte ses mérites ? Le pharisien se donne bonne conscience et fausse ainsi, à la base même, sa relation à Dieu.

A distance, un publicain. Ne le canonisons pas trop vite. Les publicains étaient détestés, et pour cause : c’étaient des extorqueurs. Une rime populaire dans le genre : “publicains, païens, gens de rien” - en disait long sur leur compte. Mais pourquoi nous est-il sympathique ? Parce qu’il ne fait pas le fier. Il n’ose même pas lever les yeux dans la conscience de son indignité. Il se frappe la poitrine, il confesse : Je suis un pécheur. Il est dégoûté de sa vie, et cette douleur lui laisse échapper un cri : Mon Dieu, prends pitié !

Alors que, chez le pharisien, la façade d’orgueil se doublait de l’épais sentiment que Dieu lui devait, ici, l’humilité et le repentir portent le publicain à la conviction que, de lui-même, il ne s’en sortira pas, et qu’il ne peut qu’une chose : s’abandonner à la miséricorde de Dieu. Il compte sur Dieu. Entièrement. Le pharisien compte sur lui-même, sur ses mérites personnels. Bien que la vie du pharisien soit plus correcte que celle du publicain, celui-ci a une meilleure approche de Dieu. Sa base de départ est plus favorable : il est disposé, comme inévitablement, à miser sur le cœur de Dieu. Le contraire du péché, ce n’est pas la vertu, c’est la foi, commente finement Kierkegaard. Le pharisien se donne lui-même la justification, l’autre la reçoit de Dieu. Nous touchons au plus profond de la foi qui fera l’objet des grandes Lettres aux Romains et aux Galates où Paul bataillera pour la gratuité de la grâce. Jésus, plus finement pourrait-on dire, ne nous donne pas un traité, mais des exemples vivants de la foi et de ses contrefaçons. Pensons encore à la parabole du père (où le fils prodigue mise sur la bonté paternelle, tandis que le fils aîné joue le rôle de l’ayant-droit) - à celle des ouvriers de la onzième heure (où ceux-ci sont gratifiés sans aucun mérite, tandis que ceux du matin calculent en heures de travail).

Et c’est là qu’il faut me poser la question : Ne suis-je pas pharisien, moi aussi ? Un peu - beaucoup ? N’ai-je pas la mentalité mercantile : « Je fais ça... tu me dois... » Cette mentalité, n’est-ce pas la tentation des bons ? Alors qu’il n’y a qu’une seule chose à faire : laisser tomber tous ces paquets, colis, ballots de mérites qui m’empêchent de me jeter dans les bras de Dieu.

Je vous le déclare ! Le ton est volontairement solennel pour marquer l’importance de ce qui va suivre : quand ce dernier (le publicain) rentra chez lui, c’est lui qui était devenu juste, et non l’autre. Une espèce de jugement s’est opéré comme automatiquement. L’un s’est refermé sur ses mérites, l’autre s’est ouvert à Dieu. A quelqu’un qui crie son désir de s’en sortir, Dieu ne refuse jamais de tendre la main, fût-il au plus bas. Mais quand on se plante les mains sur les hanches en un geste d’autosatisfaction, que peut encore faire Dieu ? Car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé.

Le pharisaïsme se porte bien. On juge à la manière de Talleyrand : « Quand je me regarde, je me méprise ; quand je me compare, je m’estime. » Je suis meilleur qu’un tel... ce bourgeois, ce syndicaliste, ce divorcé remarié, ce jeune déluré, cet étranger.

Mon Dieu, aie pitié de moi qui suis un pharisien !

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(re)publié: 27/08/2019