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2e dim. de l’Avent (9/12) : Commentaire

Comme au dimanche précédent, pas un mot de Noël. Jean prépare la venue d’un Christ adulte, d’un Messie majestueux auquel il faut préparer le chemin (évangile). Paul nous demande de marcher vaillamment, sans trébucher, vers le jour final du Christ (2e lecture). On s’attendrait que le prophète, du moins, nous annonce la naissance du Messie. Mais ce qu’il prédit ne s’est que partiellement accompli avec la venue historique du Christ. La Jérusalem appelée à quitter sa robe de tristesse, c’est l’Eglise tendue vers la lumière finale de la gloire (1ère lecture). Bienheureuse liturgie qui nous invite à négliger, pour l’instant, le souvenir pour attendre la splendeur d’un Demain radieux !

Première lecture : Ba 5,1-9

Le livre de Baruc est une compilation tardive (certains éléments peuvent dater de 100 avant J.-C.) ; il est attribué à Baruc, disciple de Jérémie. L’intérêt du recueil réside dans le fait qu’il nous introduit à la spiritualité des Juifs dispersés dans le monde gréco-romain. Il nous montre leur attachement à Jérusalem, leur culte de la Loi, leur rêve messianique. Le texte était lu avec délices par les Juifs de la diaspora : dispersés de par le monde, loin de Jérusalem. La transposition chrétienne en est aisée.

Ô communauté, quitte ta robe de tristesse, revêts la parure et le diadème de la gloire de Dieu. Tu auras un nom (un titre de gloire et une fonction) composé des valeurs les plus hautes : paix-de-la-justice, gloire-de-la-piété-envers-Dieu, quatre titres (accouplés deux par deux) pour expliquer l’anoblissement.

Comment rester insensible ! Quand on tient en main l’invitation aux noces, on se prépare, on s’habille. Chaque dimanche de l’année liturgique veut nous habiller le cœur ’’jusqu’à ce qu’il vienne’’. Mais, en cet Avent, son appel se fait plus pressant et plus joyeux. Communauté au visage trop sérieux, fais-toi belle !

Dans une deuxième strophe, le prophète invite Jérusalem, notre communauté, à voir plus loin qu’elle. Debout, regarde vers l’Orient (où se situait Babylone, lieu de l’exil et symbole du paganisme). Vois tes enfants rassemblés de partout, tous ces distancés, tous ceux que tu croyais perdus... Dieu les ramène de l’exil du cœur.

C’est grâce, pure grâce. C’est Dieu qui les ramène. Ils sont portés en triomphe, sur des palanquins, comme sur un trône royal. Dieu lui-même prend soin de tout : c’est lui qui aplanit la terre. Il ordonne même que les forêts et les arbres odoriférants donnent de l’ombrage, pour faciliter le retour. Dieu donnera comme escorte sa miséricorde et sa justice. Ce n’est plus le Christ qui descend du ciel, c’est le Christ qui remonte avec nous vers le Père, nous ramène vers la Jérusalem céleste, il nous conduit dans la joie. Mouvement double de nos liturgies où le Christ vient de chez le Père nous apporter sa grâce - et où il remonte avec nous vers le Père lui porter notre action de grâce.
Ô communauté, debout, regarde, vois : Israël (cette fois-ci l’Humanité entière) chemine dans la gloire de Dieu !

Psaume : Ps 125

Ce que ton prophète nous annonce, tu vas le réaliser, Seigneur. Tu vas nous ramener de la captivité de nos fautes, de nos angoisses, de nos lourdeurs. Déjà nous sommes dans la joie. L’épreuve pèse, et l’effort de cet Avent coûte ; il nous faut semer dans les larmes. Mais tu vas nous combler de tes bienfaits, comme des moissonneurs chargés de gerbes. Alors, en nous voyant dans la joie, ceux qui ne savent pas, puissent-ils reconnaître, eux aussi, les merveilles que tu as faites pour nous !

Deuxième lecture : Ph 1,4-6.8-11

Goûtons la joie et la tendresse par lesquelles Paul encourage sa communauté chérie. Il l’encourage à marcher sans trébucher, à progresser. Progresser en quoi ? Dans la connaissance (l’expérience) de Dieu qui nous fera discerner l’important de l’accessoire. Et cet important, c’est le Jour du Christ, le dernier et grand jour de l’humanité que nous attendons plus consciemment pendant cet Avent. Nous l’attendons dans le ’’déjà’’ de notre baptême où Dieu a commencé son travail en nous, et dans le ’’pas encore’’ de sa venue future. Dans cet entre-deux, il faut laisser Dieu continuer son travail jusqu’à son achèvement. L’Avent, comme toute notre vie chrétienne, est moins notre œuvre que celle de Dieu auquel il faut ouvrir le cœur pour qu’il puisse travailler, achever.

Evangile : Lc 3,1-6

C’est à travers Jean Baptiste que Luc fait entrer Jésus dans l’histoire. Et par la grande porte. Négligeant presque l’histoire plus étroite d’Israël (les grands prêtres Anne et Caïphe sont nommés en dernier lieu), Luc fait lever le rideau sur le vaste monde - un monde loin de Dieu, préoccupé de tout autre chose. Mais c’est dans ce monde qu’entre celui dont Jean n’est que la voix. Ce monde représenté par l’empereur Tibère, le gouverneur romain Ponce Pilate, les administrateurs des régions semi- ou entièrement païennes, comme la Galilée, l’Iturée... car le message ne s’adresse pas qu’aux Juifs : tout homme verra le salut de Dieu. L’Avent a souvent été présenté comme ’’le temps des païens’’, de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ, et vers qui Dieu nous envoie.

Pour l’instant, Jean Baptiste s’occupe des “pratiquants”, il parcourut toute la région du Jourdain, pas très loin de Jérusalem, et proclamait un baptême de conversion. Les gens confessaient leurs péchés et, en signe de conversion, se plongeaient dans l’eau purificatrice (les piscines du monastère de Qumran, non loin de là, en sont encore des témoins). Mais ce baptême et cette conversion prenaient, chez Jean, une signification particulière : ils devaient préparer le chemin du Seigneur, aplanir sa route. Car Jean proclamait le Messie tout proche.

Nous avons été baptisés d’un véritable baptême de conversion, nous avons été ’’retournés’’, nous avons tourné le dos aux idoles (argent, pouvoir, sexe... ) en professant : « Je renonce », pour nous attacher au Christ : « Je crois ». Mais ce n’est jamais chose faite. C’est toujours à refaire, parce que notre route est déformée, et que notre vie connaît des passages tortueux. Il faut combler, abaisser, aplanir, préparer le chemin pour le Christ qui vient autrement, à chaque époque de notre vie.

Le Noël à préparer, on le voit, est moins la fête de la Nativité que le jour où le Christ viendra en Seigneur de gloire.


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 09/10/2018