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29e dim. ordinaire (20/10) : Commentaire

Tous les dimanches nous venons à la messe - pour prier. Jésus nous demande de prier avec la ténacité de la veuve qui avait obtenu justice. Prier pour tenir dans la foi, pour être en éveil quand viendra le Seigneur (évangile). Prier pour l’Église, comme Moïse pour Israël (première lecture). Non seulement parler à Dieu, mais le laisser parler, lui, dans les textes sacrés, pour ensuite proclamer la Parole à temps et à contretemps (deuxième lecture).

Première lecture : Ex 17,8-13

Pour préparer l’évangile de la prière incessante, “jour et nuit”, la liturgie nous fait lire la prière incessante de Moïse, les mains levées dans un geste d’imploration, jusqu’au coucher du soleil. Etait-ce pour un point d’eau, des pâturages ou le transit qu’eut lieu la bataille au désert entre le peuple d’Israël et le clan des Amalécites qui habitaient la région ? Toujours est-il que Moïse est convaincu d’une chose : ce peuple ne doit et ne devra le salut qu’à Dieu seul. Aussi, pendant que Josué livrait bataille dans la plaine, Moïse, entouré de son frère et prêtre Aaron, ainsi que d’un autre compagnon, du nom de Hour, prie-t-il sur la colline.

Le narrateur relève un fait pour lui significatif, pour nous presque magique : Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber (de fatigue), Amalec (l’ennemi) était le plus fort. L’auteur voulait marquer ainsi la dépendance d’Israël envers Dieu et la force de la prière.

Nous sommes aujourd’hui un peu réticents devant ce genre de prière belliqueuse. Mais l’Eglise a prié, prie encore pour que des forces politiques, des armées répandant l’injustice, l’oppression et l’athéisme n’aient pas le dessus. La difficulté est parfois de savoir dans quel camp est le bien, lorsque des deux côtés, on prie le même Dieu des victoires. Remarquons aussi qu’il ne suffit pas de prier, il faut encore batailler, lutter, faire tout ce qui est en notre pouvoir, tel Josué dans la plaine.

Psaume : Ps 120

Comme le pèlerin en route vers la montagne, vers Jérusalem, nous sommes en route, les yeux levés vers toi. Seigneur, c’est de toi que me viendra le secours, car tu te tiens près de nous par la lumière de ta Parole et la force de ton Pain, notre “viatique”. Tu veilles sur nous, gardien du nouvel Israël que nous sommes. Sur la longue route vers la Jérusalem céleste, tu empêches notre pied fatigué de glisser, tu nous garderas de tout mal, maintenant et à jamais.

Deuxième lecture : 2 Tm 3,14-4,2

Nous retrouvons le problème du déviationnisme dont il avait été question, voici quinze jours (27e dimanche année C, 2Tm 1,13). A nouveau, Paul demande à Timothée de s’orienter à ce qu’on t’a enseigné, plus particulièrement aux textes sacrés de l’Ancien Testament, dans lesquels la jeune Église lisait une annonce du Christ, et que l’on faisait connaître depuis le plus jeune âge, dès l’âge de cinq ans.

Vient alors un développement sur la valeur et l’utilité de ces textes sacrés. Ils communiquent la vraie sagesse de Dieu, la foi en Jésus, le Christ, une foi qui sauve. Il est donc moins question de mener à la lecture de l’Ancien Testament - ce qui est supposé - que, par cette lecture, de mener au Christ. Car l’Ancien Testament le porte en son sein, comme une femme porte l’enfant à naître (voir dans la lettre de Pierre 1P 1,10-12). Ces textes sont inspirés par Dieu lui-même, ils sont Parole de Dieu, non parole d’homme. S’ils sont prophétiques (annonçant le Christ), ils sont éminemment éducatifs pour la vie chrétienne, utiles pour enseigner... éduquer dans la justice (la vie avec Dieu).

Nous avons ici l’affirmation la plus forte de tout le Nouveau Testament sur la valeur de l’Ancien. Que de raisons pour valoriser dans nos offices la lecture de l’Ancien Testament ! Paul nous donne, de plus, la manière idéale de le lire : y découvrir les annonces du Christ. Les évangélistes le feront abondamment, eux qu’un célèbre vitrail de Chartres montre chevauchant les prophètes. Texte précieux. Il justifie la lecture de l’Ancien Testament dans nos eucharisties. Il valorise ce parent pauvre de tant de liturgies. Enfin Paul adjure Timothée et, à travers lui, tout spécialement les responsables de l’Evangile (mais qui donc ne le serait pas ?). Il leur demande, solennellement, devant Dieu et le Christ Jésus, qui doit venir nous juger, au nom de sa manifestation finale en gloire, il leur demande de ne pas se lasser de proclamer la Parole, même et justement quand elle est contestée : à temps et à contretemps. Par tous les moyens : le reproche... l’encouragement. Mais toujours avec une grande patience et le souci positif d’instruire. Ayons la force de confronter la Parole de Dieu à la contestation massive d’aujourd’hui !

Évangile : Lc 18,1-8

Il semble bien que les communautés chrétiennes auxquelles s’adresse Luc aient passé par une crise grave et risquaient de se décourager. Elles pensaient que le Christ viendrait très bientôt établir son Royaume. Dans quelques mois, tout au plus dans quelques années. Or rien ne s’était passé. Le Seigneur tarde. Le problème n’est plus le nôtre, mais pour nous aussi, le Seigneur tarde. Il tarde à répondre à notre prière. Passe encore qu’il n’écoute pas nos requêtes trop intéressées. Mais quand nous prions pour que l’Eglise sorte de cette crise qui n’en finit pas, pour que s’arrête cette désaffection massive, pour que cessent ces injustices, ces guerres... Nous prions dans le tunnel de nos propres doutes, de nos désarrois... Et Dieu se tait ! Le terrible silence de Dieu. Le Seigneur nous fait attendre. Et nous risquons de nous décourager.

Alors Luc rapporte à ses communautés et, bien sûr, à nous, une sentence de Jésus pour les presser de toujours prier sans se décourager. Et pour bien montrer que cette attente-là, cette espérance tenace, cette prière incessante ne seront pas déçues, Jésus raconte une parabole, celle d’un juge cynique qui refusa longtemps d’entendre une veuve qui demandait justice, et comment il finit par céder, parce qu’elle venait sans cesse lui casser la tête. Si donc, conclut Jésus, ce juge qui ne respectait ni Dieu ni les hommes a fini par rendre justice, a fortiori, combien plus Dieu fera-t-il justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ! Ne vous laissez donc pas ébranler, Dieu ne vous décevra pas.

Est-ce qu’il les fait attendre ? Il semble bien que oui. Mais Jésus reprend sur un ton solennel : Je vous le déclare, sans tarder il leur fera justice. L’intervention de Dieu est imminente. A vrai dire. Dieu est déjà intervenu : la résurrection de Jésus a fondamentalement changé le cours de choses. Ce changement est irréversible, sa pleine réalisation ne saurait tarder.

Mais l’attente de cette pleine réalisation reste difficile, l’usure menace et la tentation de se décourager. On sent Jésus anxieux de voir son Église victime de l’accoutumance : le Fils de l’homme - le Messie de la fin des temps auquel Jésus s’identifie volontiers - quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? On comprend le souci du Christ de montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier. Car la prière, ici, est irremplaçable : elle entretient la foi, le désir de la venue du Fils de l’homme. Cesse la prière, cesse le désir. Il faut donc crier ce désir, jour et nuit, afin de garder la foi vive.

Jésus renouvellera son avertissement au moment d’entrer dans sa passion, quand les trois disciples, au jardin de Gethsémani, seront près de flancher : « Veillez et priez, afin de ne pas entrer en tentation » (Mc 14,38).

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(re)publié: 20/08/2019