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28e dim. ordinaire (13/10) : Commentaire

Nos communautés chrétiennes occidentales sont vieillies, habituées à Dieu, gavées d’avantages, et, comme les lépreux juifs guéris, nous n’estimons plus notre chance et nous oublions d’en remercier Dieu. Faut-il que les jeunes communautés des pays neufs nous apprennent à reprendre conscience de l’inouï de la foi comme le Samaritain qui loua Dieu (évangile) et le Syrien qui professa la foi au Dieu unique (première lecture) ? Chrétien désabusé, n’oublie pas la grandeur de l’évangile (de la foi !) que tu as reçu ! Et veille à être fidèle (deuxième lecture).

Première lecture : 2 R 5,14-17

Élisée, disciple et successeur du prophète Élie, est chargé, comme son maître, de réveiller la conscience du peuple, à un moment où les Baals, les dieux étrangers, risquent de faire perdre à celui-ci sa foi. Une série de miracles, dont celui raconté ce dimanche, va nous montrer où est le vrai Dieu. On gagnera à lire le récit en son entier, dans le 2e Livre des Rois (2R 5,1-19).

Le passage prend le récit au moment où le général syrien, Naaman, qui était lépreux et était venu chercher guérison chez le prophète, obéit au curieux ordre de ce dernier : il se plonge sept fois dans le Jourdain, et le voilà purifié. Vient alors l’apogée du récit. Il retourne chez l’homme de Dieu et, solennellement, déclare : Je le sais désormais, il n’y a pas d’autre Dieu sur toute la terre que celui d’Israël. La guérison lui a purifié les yeux du cœur. Lui, le païen, il a foi au vrai Dieu, celui d’Israël. Il va jusqu’à demander de pouvoir emporter de la terre de ce pays, assez pour construire un autel à la manière d’Israël, fait de pierres et de terre, pour offrir l’holocauste et le sacrifice, donc rendre un culte à Yahvé. Il ne veut plus d’autre dieu.

Ce texte prépare à merveille l’évangile du jour. Ici et là un lépreux, un païen, un étranger trouvent la foi ; tous deux rendent grâce et proclament le Dieu unique.

Psaume : Ps 97

Assemblée réunie autour du Ressuscité, chante un chant nouveau. Fais action de grâce pour ses merveilles, la victoire de sa Pâque.

Si Dieu s’est rappelé sa fidélité pour la maison d’Israël, toi, vieille chrétienté, fais aussi action de grâce, en union avec toutes ces jeunes nations, représentées par Naaman le Syrien (première lecture) et par le demi-païen, le Samaritain de l’évangile - auxquelles il a révélé sa justice, sa volonté de justifier et de sauver tous les hommes. Oui, qu’avec nous la terre entière acclame le Seigneur !

Deuxième lecture : 2 Tm 2,8-13

La lettre a été écrite à des responsables de communauté éprouvés par la persécution. Paul lui-même est présenté comme un homme qui souffre, qui est enchaîné, en prison ; il doit beaucoup supporter.

Dans ses épreuves, le regard de Paul se porte sur Jésus, le Christ, qui est mort mais qui est ressuscité. La lettre cite ici une courte profession de foi, d’origine judéo-chrétienne : Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David : Il est ressuscité d’entre les morts (Voilà, précise Paul, mon Credo, mon Évangile).

Souviens-toi, dit Paul, que ce chemin du Christ, de sa passion à sa résurrection, est aussi le tien, toi qui proclames la Parole de Dieu. Paul voit même ses souffrances utiles aux autres : je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin que, eux aussi, obtiennent le salut. Les souffrances de Paul ne sont évidemment pas la cause de ce salut ; celui-ci leur est donné par Jésus Christ, mais l’apôtre est associé à cette libération.

Alors, pourquoi être si timorés ? Allons ! Et d’ajouter le deuxième volet de son Credo (introduit par la phrase classique : Voilà une parole sûre) : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Hélas ! nous pouvons fuir l’épreuve au lieu de la supporter. Et Paul d’ajouter un sévère avertissement : Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera.

Mais qu’arrivera-t-il si nous sommes infidèles (ce qui est différent du rejeter de tout à l’heure ; nous dirions : si nous sommes faibles, si nous trébuchons) ? Gardons confiance : Si nous sommes infidèles, lui, il restera fidèle, car, étant la fidélité-même, il ne peut se renier lui-même.

Quelle assurance au milieu des épreuves ! Quel acte de foi basé sur la certitude que, si nous sommes unis au Christ, nous participons à tout ce qu’il a vécu, à tout ce qu’il vit maintenant. Paul personnifie la foi. Elle n’est pas quelque chose, elle est quelqu’un - le Christ.

Évangile : Lc 17,11-19

Après plusieurs dimanches d’enseignement par sentences, voici un enseignement par guérison.

Jésus marche vers Jérusalem, sur cette route vers sa passion que Luc se plaît à nous préciser depuis le 13e dimanche, une route dont il n’a cure de nous donner le tracé géographique exact, puisque nous avons trouvé Jésus aux portes de Jérusalem, chez Marthe et Marie, et aujourd’hui nous le voyons traverser la Samarie et la Galilée, comme s’il rebroussait chemin. Luc est moins préoccupé de géographie que de théologie. Sous ces étapes incohérentes, se dessine un tracé rectiligne d’acceptation du plan de son Père, un plan qui va mener Jésus à la croix.

Jésus semble marquer quelque intérêt à cette Samarie que les Juifs évitaient. Lors de la déportation (722 avant J.-C.), les Samaritains avaient pu rester ; ils s’étaient compromis politiquement et religieusement avec l’occupant. Depuis, Juifs et Samaritains se détestaient. Jésus montre, au contraire, un intérêt marqué pour les Samaritains. Rappelons comment il interdit à Jacques et à Jean d’appeler la foudre sur eux (Lc 9,52-55), comment il loue celui que nous appelons le bon Samaritain (Lc 10,25-37) ; aujourd’hui même, comment le modèle de notre foi sera justement un Samaritain.

A l’entrée d’un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Peut-être était-ce vers le soir, où ces malheureux pouvaient approcher des portes et recueillir la nourriture que les gens y avaient déposée ; car la loi juive avait fait d’eux de véritables damnés : des séparés, des exclus. On les reconnaissait de loin à leurs crécelles, leurs habits déchirés et au cri : impurs, impurs ! (Lv 13,45) Le temps de les fuir. D’où la précision : ils s’arrêtèrent à distance. Autant pour se faire entendre que pour clamer leurs terribles souffrances, ils crient : Jésus, Je(Yahvé)-Shua = Dieu sauve. Appellation rare dans l’Evangile. Sauve-nous de par Dieu ! Maître, unique aussi et qu’on n’entend habituellement que dans la bouche des disciples. Maître sonne ici comme un cri de confiance en la puissance de Jésus. Prends pitié de nous, cri familier du juste dans l’angoisse, comme du pécheur repenti ; cri qu’a repris la piété chrétienne, la liturgie (dans le Kyrie, le Gloria, l’Agnus Dei) et qu’il faut faire nôtre, fréquemment.

On s’attendrait à une parole de guérison. Surprise : En les voyant, Jésus leur dit : allez vous montrer aux prêtres. Un lépreux ne pouvait se montrer aux prêtres que pour faire constater sa guérison. L’ordre comporte donc et une promesse implicite de guérison et une épreuve de foi. Et cette foi en Jésus qu’ils expriment en s’en allant provoque leur guérison même : en cours de route, ils furent purifiés.

Remarquons, au passage, la discrétion du miracle. Mais la foi, Jésus l’exige toujours quand il guérit. Car, pour lui, la guérison physique n’est qu’une amorce. C’est là que rebondit notre histoire.

L’un d’eux, voyant qu’il était guéri revint sur ses pas, comme si le prêtre juif et le temple de Jérusalem n’avaient plus d’intérêt pour lui. Non seulement son corps est purifié, mais les yeux du cœur, devenus purs par la foi, voient en Jésus le temple et le prêtre par qui, désormais, le culte sera rendu à Dieu. Déjà, il glorifie Dieu à pleine voix. Dans un geste liturgique oriental, il se jette la face contre terre aux pieds de Jésus, reconnaissant en lui le reflet de la gloire de Dieu, et lui rend grâce, mot qui n’est pas sans allusion à l’action de grâce par excellence, l’eucharistie.

Or c’était un Samaritain... un étranger. Luc ne s’est pas privé de relever le détail, à l’intention des nombreux Samaritains qui étaient déjà entrés dans la jeune Eglise (Ac 8,5.25), alors que l’Israël orthodoxe, représenté par les neuf autres, a refusé Jésus. Où sont-ils ? On ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu ! Par quoi il est évident que ce récit est tout autre chose qu’une leçon de politesse et de reconnaissance. Encore qu’il s’agissait bien d’une re-connaissance ; cet étranger a reconnu Jésus pour celui qu’il est vraiment, le Dieu qui sauve, “Jésus”, le nouveau temple où désormais nous nous prosternons, le prêtre par qui, avec qui, en qui nous faisons action de grâce et rendons gloire à Dieu.

Aussi Jésus confirme-t-il l’acte de foi du guéri : Relève-toi, ta foi t’a sauvé. Puis il lui donne mission : Va ! Glorifie Dieu dans ton entourage semi-païen.

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(re)publié: 13/08/2019