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28e dim. ordinaire (13/10) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

En voyant les tensions internationales douloureuses et la montée de la xénophobie il est, me semble-t-il, important de souligner ici dans l’Evangile combien Jésus est ouvert non seulement aux malades, aux marginaux que sont les lépreux mais aussi ouvert aux étrangers.
Alors que nous assistons à une croissance des mouvements néo-nazis et racistes, il nous est bon d’entendre ce message de Jésus qui aide et aime ceux qui sont d’une autre religion et d’une culture toute différente de la sienne.
Plus que jamais, vu les circonstances actuelles, il est important de prendre conscience que notre foi ne relève pas d’une religion raciste. Nous savons d’ailleurs combien ils sont nombreux ceux qui, croyants ou non, vont dans le même sens que l’Evangile en travaillant à l’accueil, au respect et à l’intégration de l’étranger.
Voici bien une démarche de plus en plus urgente aujourd’hui.

Il est une 2e réflexion que je voudrais aussi souligner à partir de l’Evangile.
Si les 10 lépreux sont guéris, il n’y en a qu’un à être sauvé dit l’évangéliste. A celui-là Jésus dit : « ta foi t’a sauvé ». C’est donc que les 9 autres ne sont pas sauvés !
Ils sont guéris de la lèpre, que leur manque-t-il encore ?
Que s’est-il passé dans la tête du 10ème qui n’a pas eu lieu dans la tête des 9 autres et que Jésus appelle la foi ?
Essayons de comprendre un peu en partant d’un petit exemple :
Il nous arrive souvent lorsque nous donnons quelque chose à un enfant, avant de lâcher l’objet, on l’interpelle : « qu’est-ce qu’on dit ? » Et l’enfant répond : « merci ».
Pourquoi voulons-nous lui arracher ce petit mot ? Par politesse ? Peut-être, mais aussi pour bien plus que ça.
Nous exigeons ce « merci » parce que nous savons que très tôt l’enfant est capable de sortir de lui-même et de prendre conscience que ce qu’on lui donne ne tombe pas du ciel, il est le fruit d’une amitié, d’un amour.
Au-delà donc d’une simple marque de politesse, ce petit mot merci ouvre l’enfant à une relation supérieure et qui a une valeur bien plus grande que l’objet reçu.
Sans le merci, le don reste une démarche vide, il ne débouche sur rien. Une fois le caramel avalé, il ne reste rien. Mais grâce au « merci », une fois le caramel avalé il lui reste l’essentiel, c’est à dire une relation aimante qui peut devenir éternelle.

Ce qui est vrai pour nos relations humaines l’est bien plus encore vis-à-vis de Dieu.
Tous, que nous soyons bons ou méchants, nous recevons tout de Dieu. Nous ne sommes pas notre propre origine ni même le fondement de nos œuvres. Nous ne sommes pas devant un distributeur automatique, mais devant quelqu’un qui souhaite, qui attend que nous entrions dans ce processus de relation et d’échange éternel d’amour.

Le merci de cet étranger, non seulement l’a guéri de sa lèpre mais l’a introduit dans une communion d’amour avec un Dieu qui sera désormais pour lui son meilleur ami.
Nous comprenons ainsi que loin de diminuer, d’abaisser ou d’humilier celui qui reçoit, le merci, au contraire le sauvera du risque de dépendance ou du danger de soumission et le fera grandir parce-que désormais cette rencontre nouvelle sera pour lui source de bonheur.

Piste 2

Nous vivons à l’époque de la miniaturisation, on fabrique non seulement de plus en plus petit mais de plus en plus puissant. Cette miniaturisation méga-puissante existe depuis toujours dans un petit mot de 5 lettres… (qui commence par M) Non, non ce n’est pas celui auquel vous pensez mais un autre… simplement le petit mot « merci ».
Malheureusement ce petit mot nous l’avons souvent réduit à une formule de politesse ce qui nous fait perdre de vue sa capacité de mobiliser, de dynamiser les énergies aussi bien de celui qui donne que de celui qui reçoit.
Lorsque je donne, que ce soit un objet, de mon temps ou de mon travail et que le destinataire accueille mon don, je ressens la joie de faire plaisir, mais en plus je suis stimulé à répéter, à reproduire et faire mieux encore à l’avenir. A l’inverse si l’autre n’exprime aucune satisfaction ni reconnaissance, non seulement il m’enlève la joie de faire plaisir mais il coupe nette mon envie de poursuivre la relation. Je me dirai : « c’est la dernière fois » ! L’un comme l’autre on est perdant car l’un est privé de la joie de donner et l’autre se prive de la joie de recevoir et d’entrer dans un échange mutuel.

Nous ne soupçonnons pas suffisamment la puissance d’un « merci » qui est le moteur d’une escalade de générosité et de bonté.
Le premier ennemi de la reconnaissance est le même que celui de l’amour : l’usure, l’habitude. Par exemple au sein de la famille j’imagine que chacun a sa tâche : faire à manger, nettoyer, entretenir le jardin, repasser, laver l’auto… Mais très vite avec le temps, on ne pense plus à se remercier et si l’un vient à manquer à sa tâche il est vite rappelé à l’ordre. Ce que l’on fait au début par amour et avec plaisir s’est transformé en contrainte. Pourquoi ? Simplement parce qu’on a oublié ce petit mot « merci ». Le « don » est devenu un « dû » !
Ceci est vrai dans la vie de famille mais aussi dans la vie professionnelle ou associative. On ne retient que l’obligation en oubliant la part du cœur sans laquelle rien ne peut se faire de beau. A qui ne sait ressentir ni exprimer sa gratitude, il manque une condition essentielle de bonne santé psychique. J’ai même envie de dire qu’il est impossible d’être reconnaissant et malheureux, car il est impossible d’être mécontent en même temps que reconnaissant. Il est des psychiatres qui s’efforcent d’ailleurs d’éveiller chez leurs patients le sens de la reconnaissance.

Ce n’est pas par hasard que ce mot « merci » s’appelle « reconnaissance », ce qui signifie « re-naître-ensemble ». Chaque merci est comme un nouveau départ, avec toute la fraîcheur d’un départ. Et ce qui est vrai entre nous est pareil vis-à-vis de Dieu, ce Dieu qui ne cesse de nous combler alors que cela nous semble tout naturel.
Or ce qui spécifique du chrétien, ce par quoi nous pouvons identifier la vitalité de sa foi, c’est justement cette capacité de reconnaître les dons de Dieu. Le chrétien est celui qui s’offre tous les jours la joie d’accueillir les dons de Dieu et la joie du merci. Il vit dans une reconnaissance perpétuelle.
Ressusciter, n’est-ce pas justement « re-naître » ou disons « re-co-naître », renaître ensemble.

Piste 3

Ils étaient 10 lépreux. Lorsqu’on est lépreux on ne s’attarde plus sur les différences : étaient-ils hommes ou femmes, jeunes ou vieux, juifs ou étrangers… ? Cela n’est vraiment plus d’aucune importance : on n’est plus que lépreux !

Jésus passait par là, il montait vers Jérusalem et cette bande de lépreux crie vers lui et le supplie de les guérir. Mais Jésus leur répond : « allez-vous montrer aux prêtres ». Il faut savoir que les prêtres étaient les seuls habilités à reconnaître, à attester de la guérison de cette maladie car la lèpre était considérée comme un châtiment de Dieu.
Voici donc nos 10 amis en route vers le temple – mais chemin faisant ils sont guéris, ils ne sont plus lépreux – mais du même coup les différences réapparaissent : 9 se trouvent juifs et 1 samaritain.
Les 9 Juifs vont donc se montrer aux prêtres. Ils observent minutieusement l’ordre donné par Jésus. Si donc ils sont guéris c’est bien parce qu’ils ont accompli le rite et obéi au commandement prescrit. Autrement dit c’est grâce à leur démarche, à leurs efforts qu’ils sont devenus les auteurs de leur guérison. Ils ne la doivent à personne d’autre qu’à eux-mêmes.
Tandis que le 10e n’observe pas l’ordre donné. D’ailleurs qu’irait-il faire au temple près des prêtres ? Il ne risque qu’une chose c’est de se faire éjecter, lui qui est samaritain, donc hérétique. Il revient alors vers Jésus pour le remercier. Il reconnaît que c’est entièrement lui qui est l’auteur de sa guérison, lui-même n’y est pour rien. Celle-ci est un don gracieux, une grâce de Dieu.
Il vient donc se jeter à ses pieds pour lui rendre grâce.
Et Jésus lui dit : « relève-toi ». « Relève- toi » c’est l’expression que saint Luc utilise toujours lorsqu’il parle de la résurrection : «  relevé d’entre les morts » dit-il. De même que le Père relève Jésus, de même ce Samaritain, ce païen est relevé, il est sauvé, il obtient le salut autant que les autres.
Jésus lui dit ensuite : « ta foi t’a sauvé  ». La foi, justement, comme nous le disions dimanche dernier, c’est accueillir le don de Dieu. Ce Samaritain, ce païen est le seul à avoir la foi parce que contrairement aux 9 autres, il est le seul à avoir reconnu que sa guérison, il ne l’avait pas gagnée, méritée par ses propres efforts, ni pour avoir observé un rite ou un commandement, mais sa guérison est pour lui un don de Dieu qu’il a pu accueillir avec reconnaissance.

Si la foi, nous l’avons vu, est relation, accueil d’un don, le salut est aussi rencontre : il est le don que Dieu fait de lui-même à l’homme et la reconnaissance, le contre-don que l’homme fait de lui-même à Dieu.

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(re)publié: 13/08/2019