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26e dim. ordinaire (29/9) : Commentaire

Encore un appel, comme dimanche dernier, à nous soucier du petit, du laissé pour compte. Le sort se retournera bientôt contre le riche égoïste et à l’avantage du pauvre (évangile et première lecture). Demeurons donc irréprochables et droits jusqu’au moment où se manifestera le Seigneur Jésus (deuxième lecture).

Première lecture : Am 6,1a.4-7

Le prophète Amos (que nous avions déjà rencontré dimanche dernier) continue ses invectives. Cette fois-ci contre les riches. Ce qu’il leur reproche, c’est leur cynisme : non seulement ils vivent bien, mais il leur faut les meilleurs agneaux, les veaux les plus tendres ; ils boivent le vin, non dans la coupe, mais goulûment, à même les amphores ; couchés, vautrés - sans se tourmenter du désastre imminent d’Israël. Mais le jugement est proche. Malheur à eux ! Ils se croient en sécurité ; ce seront eux les premiers déportés.

Texte dur, qu’il ne faut pas édulcorer. Ce que notre Occident se permet de luxe peut très bien lui préparer des lendemains terribles.

Ces fortes invectives et l’annonce du désastre qui va retourner le sort, préparent l’évangile du retournement de situation entre le riche et le pauvre Lazare.

Psaume : Ps 145

Hymne au Dieu secourable dont le pauvre de l’évangile portera le nom : Elazar (Dieu secourt).

Malheur ! disait Amos aux riches. Heureux ! dit le sage aux pauvres. Heureux celui qui s’appuie, non sur la fortune, mais sur le Seigneur son Dieu. Dieu lui sera “Lazare”, lui gardera sa fidélité.

A nous, pendant cette eucharistie, il nous ouvre les yeux, par sa Parole ; si nous sommes affamés de lui, il nous donnera le pain de vie ; si nous sommes contrits, il nous délie de nos chaînes.

Louons-le. Son plan triomphera sur l’égoïsme des hommes ; d’âge en âge le Seigneur régnera.

Deuxième lecture : 1 Tm 6,11-16

Ce dernier extrait de la première Lettre à Timothée fait ressortir une des dominantes typiques des lettres pastorales. Elle se concrétise dans les mots : continue, demeure irréprochable, garde... L’enthousiasme premier s’est un peu essoufflé, il est déjà loin, le beau temps où tu as été appelé... où tu as été capable d’une si belle affirmation de ta foi devant de nombreux témoins. Sans doute une allusion à la profession de foi de Timothée, lors de son baptême, peut-être de son “ordination”. En même temps s’étaient infiltrées des déviations : on pense aux influences judaïques, au gnosticisme qui grignotaient la foi en Christ.

Aussi le successeur de Paul est-il invité à continuer à bien se battre pour la foi, à garder le commandement du Seigneur (commandement étant pris ici pour tout ce qu’a dit Jésus, bref l’Evangile du Christ), à demeurer irréprochable et droit.

Nous sommes, nous aussi, guettés par la fatigue, l’accoutumance. A trop vouloir adapter la foi à notre temps, nous risquons, nous aussi, de la vider de son contenu. Il faut une bonne dose de courage pour nager à contre-courant, bien se battre pour la foi, garder le commandement du Seigneur, demeurer irréprochable, prêcher ce qui est moins agréable. Les choses qui plaisent à tout le monde sont ordinairement sans valeur. Affirme la foi !

Le mot garder ne doit cependant pas faire penser à un amas de vérités à conserver, dans un constant retour en arrière, mais plutôt à une vie qu’il faut garder dynamique, les yeux et le cœur tendus vers le moment où se manifestera notre Seigneur Jésus Christ.

Aussi l’Apôtre porte-t-il le regard du disciple vers le Christ Jésus qui a témoigné devant Ponce Pilote par une si belle affirmation de la vérité. Vers le Christ, le premier témoin (du mot grec ‘martyre’). Pourquoi cette allusion à Ponce Pilate qui semble déjà se trouver dans les premières ébauches de notre Credo ? Sans doute pour établir un parallèle : les chrétiens doivent témoigner devant les tribunaux de l’Empire, comme Jésus devant Ponce Pilate.

C’est dans la contemplation de Celui qui fera paraître le Christ, du Père, que débouche l’adjuration solennelle en forme d’hymne, sans doute empruntée à la liturgie primitive. Doxologie (louange de gloire) d’une puissance massive. Dieu y est appelé le Souverain unique, le Roi des rois (on y devine une contestation indirecte du pouvoir romain) ; Dieu y est dit habiter la lumière inaccessible... personne ne peut le voir (une réaction contre les prétentions de gnostiques d’accéder à une connaissance supérieure). A lui honneur et puissance éternelle !

Évangile : Lc 16,19-31

Le récit du riche et de Lazare le pauvre se lit comme une pièce en deux actes.

Acte premier. Nous sont d’abord décrits, en un saisissant contraste, un riche et un pauvre. Le riche n’a pas de nom ; le pauvre est nommé Lazare, plus exactement Elazar, c’est-à-dire “Dieu aide”, nom qui se réalisera à la mort du pauvre homme. Le riche porte des vêtements de luxe, l’autre est couvert de plaies. L’un fait chaque jour des festins somptueux, l’autre n’a même pas les miettes qui tombent de la table du riche. Horrible détail : ce sont plutôt les chiens qui se nourrissent de lui, en venant lécher ses plaies.

La scène change. Tous deux meurent, et la situation est totalement renversée. Le pauvre est reçu auprès d’Abraham ; littéralement : dans son sein. Comme Jean reposant à la dernière Cène sur la poitrine de Jésus (Jn 13,23-25), il a le privilège d’être allongé sur les coussins, tout près du patriarche ancêtre, pour le festin céleste (pour les Juifs, le comble du bonheur). Tandis que, ô contraste ! le riche est en proie à la torture, il souffre terriblement dans cette fournaise. Remarquez que le riche ne demande pas d’être délivré de sa peine ; il semble la trouver juste. Il essaie cependant d’obtenir quelques adoucissements, ne fût-ce que de voir Lazare tremper le doigt dans l’eau pour lui rafraîchir la langue. Mais ces adoucissements mêmes lui sont refusés. Abraham, l’interprète du destin, lui dit : c’est justice. A chacun son tour. De plus, impossible de t’aider : un grand abîme infranchissable nous sépare. Ce fossé qui, déjà en cette vie, séparait le riche et le pauvre, alors déjà si profond que le riche ne remarquait même pas Lazare à sa porte, tellement il était retranché dans son luxe égoïste, ce fossé, par une logique immanente, s’est creusé en abîme. La mort a renforcé, figé l’égoïsme de cet homme.

Ici s’arrête l’histoire que les spécialistes pensent avoir eu cours au temps de Jésus, et que celui-ci ne fait que rappeler, sans faire siennes toutes les descriptions de ce que l’on aurait tort de prendre pour l’enfer. Il s’agirait plutôt du shéol juif, de cet entre-deux où les morts dialoguent, ont des corps, des doigts... etc. La chose à retenir, c’est que la mort fixe définitivement le sort que nous nous sommes nous-mêmes préparé.

Vient un deuxième acte qui semble être un développement de la parabole, et qui est propre à Jésus : un appel à la conversion. Les morts sont morts ; c’est aux vivants que Jésus s’adresse, à ceux qui l’écoutent - à nous bien sûr qui sommes les cinq frères du riche, et que celui-ci voudrait voir avertis par Lazare.

Abraham, personne autorisée s’il en est, lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes, expression pour désigner l’ensemble de la Bible, le message révélé. Dieu parle assez, il suffit de l’écouter. Comme le riche insiste, Abraham réplique : S’ils ne veulent pas écouter la Parole de Dieu, quelqu’un pourra bien ressusciter des morts, ils ne seront pas convaincus. Ce n’est pas le sensationnel qui nous convertira, c’est l’ouverture à la Parole de Dieu. Jésus a fait des signes et des prodiges : ils n’ont pas été convaincus. Faut-il penser ici à la résurrection de cet autre Lazare, qui n’a eu comme résultat que : « à dater de ce jour ils furent résolus à le tuer » (Jn 11,53) ? Avec plus de probabilité encore, il faut penser à la résurrection de Jésus lui-même, ce signe qui n’a pas converti Israël. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas cru à Moïse et aux prophètes qui leur auraient ouvert le cœur à ce signe unique. En définitive, c’est donc l’ouverture à la Parole de Dieu qui nous convertira et nous sauvera.

Une pièce en deux actes, un évangile à double avertissement.

Le riche, durant sa vie, n’a pas maltraité Lazare, que l’on sache. Son tort a été de ne même pas le voir. Les gens aisés sont souvent aveugles.
Seigneur, que j’ouvre les yeux à temps, pas quand il sera trop tard !

Mais qui m’avertira à temps ? Ah ! si j’avais un signe extraordinaire, une apparition comme celle que demandait le riche pour ses cinq frères afin de les secouer ! Ils ont Moïse et les prophètes : tu as l’Evangile. Vis-le. Il a de quoi te secouer bienheureusement.

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(re)publié: 29/07/2019