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25e dim. ordinaire (22/9) : Commentaire

Pendant cette messe, Jésus nous demande d’être un peu plus malins et de prévoir notre sortie de ce monde en nous faisant de bons avocats avec les pauvres que nous aurons secourus (évangile). Malheur à nous si, cupides, nous exploitons le petit ! (première lecture). Soyons donc bons. Et n’oublions pas de prier, pendant cette eucharistie, pour tous les hommes, car Dieu veut que tous arrivent à connaître la vérité (deuxième lecture).

Première lecture : Am 8,4-7

Amos (8e siècle avant J.-C.) était un bouvier fruste et simple, mais droit et courageux. Il dénonce le luxe inouï des riches de Samarie (dans le royaume du Nord), leur malhonnêteté : Vous écrasez le pauvre ! Vous observez bien les fêtes religieuses, celles de la nouvelle lune, le sabbat - mais de mauvais gré : elles vous empêchent de vendre. Vous n’avez que le profit en tête. Non seulement vous méprisez ainsi le culte, mais vous péchez encore en diminuant les mesures, vous augmentez les prix (on se dirait au 21e siècle), vous faussez les balances, vous achetez... le pauvre comme esclave pour une paire de sandales. Tout est bon pour le commerce, jusqu’aux déchets !

Sur de pareilles malversations s’abat le jugement de Dieu, marqué par un serment : Le Seigneur jure, et - mot rare - par la fierté d’Israël : par tout ce qui était sacré pour Israël ; on peut aussi traduire : par Yahvé, lui-même ! Jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits ! Le misérable esprit de lucre de ces commerçants n’est pas seulement une faute morale, c’est une apostasie : leur cœur adore celui que l’évangile de ce jour appellera le Mammon, le dieu-argent.

Ainsi ce texte prépare-t-il la sentence du Christ : « Vous ne pouvez servir deux maîtres, Dieu et l’argent. »

Psaume : Ps 112

Qui est semblable au Seigneur ? Qui peut en faire à sa guise, alors que lui, il siège là-haut et regarde vers la terre pour juger les méfaits et les injustices dénoncés par Amos ?

Le pauvre exploité par le cupide, Dieu le retire de la cendre ; le faible qui ne peut se défendre, Dieu le relève.

Aussi louez-le, vous, ses serviteurs qui ne voulez servir le dieu-argent. Louez-le ! Faites action de grâce ! Et célébrez la liturgie de la justice et de la droiture !

Deuxième lecture : 1 Tm 2,1-8

Cette page introduit une série d’ordres (j’insiste), de recommandations (je voudrais) caractéristiques des lettres pastorales. L’inspiration fougueuse des débuts, qui tenait lieu de règle, est relayée par les premiers éléments d’un coutumier, d’une réglementation ; en forçant un peu, on pourrait y lire les premiers paragraphes du Droit canon. Plus loin, il sera question de la tenue des femmes dans les assemblées (1Tm 2,9-15), des évêques et des diacres (1Tm 3,1-13). Ici, nous avons affaire à une ordonnance liturgique sur ce que l’on pourrait appeler la prière universelle : qu’on fasse des prières... pour tous les hommes, pour les chefs d’Etat et tous ceux qui ont des responsabilités.

Aujourd’hui, notre sensibilité, la française surtout, hésite à prier pour l’autorité ; par peur d’ingérence ou de compromission politique. Alors cette invitation tombait sur des chrétiens ayant été torturés par le pouvoir de Néron, de Domitien ; on déplorait des disparus dans les familles. L’invitation conciliante visait autant le pouvoir civil, pour lui prouver le loyalisme de la jeune Eglise, que les chrétiens eux-mêmes, tentés par le ressentiment contre ce pouvoir. Y perce aussi le désir d’une coexistence pacifique : que nous puissions mener notre vie dans le calme et la sécurité.

Mais la raison profonde de ces prières universelles est que tous les hommes sont mes frères ! Tous enfants d’un Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité. Voilà qui nous fera distinguer l’homme de sa politique, voilà qui nous fera garder confiance, même si un tel de notre famille ou de nos amis ne croit pas, a “mal tourné”. Dieu veut son salut, encore plus que nous !

Cette vue de foi s’élève jusqu’à une espèce de Credo, tel que dimanche dernier nous en avions déjà rencontré un (en voir un autre semblable dimanche prochain) : Il n’y a qu’un Dieu. Elément d’un Credo juif, mais aussi acte de foi en face du pouvoir romain divinisé. Il n’y a qu’un seul médiateur... le Christ Jésus qui s’est donné lui-même en rançon, qui a “payé de sa personne” pour tous les hommes. Credo bref mais riche de l’essentiel.

Voilà des perspectives qui nous éviteront une liturgie de ghetto. Une vraie liturgie porte tous les hommes et se prolonge dans la mission : j’ai reçu charge de messager pour enseigner aux païens (à notre temps, tout aussi paganisé) la foi et la vérité.

Évangile : Lc 16,1-13

Combien s’étonnent, sont troublés de ce que Jésus loue un coquin, le gérant malhonnête ! Ils oublient que Jésus raconte une parabole, peut-être un fait divers qu’on lui a rapporté, mais qui lui est prétexte à autre chose. Ce qu’il faut trouver, c’est la pointe, ce que Jésus veut nous dire.

Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé, parce qu’il gaspillait ses biens. Il le convoque et le renvoie. Sec. Voilà le gérant confronté à la catastrophe. Mais, au lieu de baisser les bras, il réfléchit, il cherche une issue : Que vais-je faire ? - Je sais. On sait la suite, comment il fait falsifier les factures des débiteurs. Luc donne deux exemples de tricherie : 20 sacs de blé (73 hl) et 50 barils d’huile (18 hl), ce qui fait chaque fois environ 500 deniers (l’huile étant plus chère que le blé). Et voilà les débiteurs gratifiés chacun d’une remise équivalant à une année et demie de salaire (de l’époque, s’entend !). Avec de pareilles royalties, il pouvait être assuré de trouver en eux des gens pour le recevoir, une fois renvoyé.

Le maître, que l’on peut fort bien identifier à Jésus lui-même, loue le gérant. Non pour sa malhonnêteté ; il l’appelle bel et bien un trompeur, un fils des ténèbres. S’il le loue, c’est qu’il s’était montré habile. On pense au hold-up du siècle ; nous en admirons l’astuce, sans pour autant approuver l’acte lui-même. Et déjà perce la pointe de cette parabole. Vous aussi, vous allez bientôt quitter la gérance de votre vie et de vos biens, et vous devrez en rendre compte. Qu’allez-vous faire ? Eh bien ! Soyez au moins aussi habiles, vous, les fils de lumière, pour assurer votre vie éternelle, que lui, fils des ténèbres, l’a été pour son avenir matériel.

Admirez son astuce, soyez donc astucieux, habiles, vous aussi. Il s’est trouvé des gens pour le recevoir. Et bien ! trouvez-vous, vous aussi, des amis pour vous recevoir, en portiers reconnaissants, dans les demeures éternelles.

Comment ? En employant l’argent à faire le bien, en donnant aux pauvres qui se feront près de Dieu vos avocats quand vous aurez à rendre compte. L’argent, il faut bien le placer et l’astuce c’est de prendre le pauvre comme le meilleur placement. Bas calcul ? Non, car donner généreusement est un geste du cœur, une expression de l’amour. Or nous serons jugés sur l’amour. Comme quoi penser aux autres est encore la meilleure façon de penser à soi-même.

Suivent deux paquets de sentences sur des sujets voisins. De l’habileté à se préparer le ciel on passe à la responsabilité vis-à-vis de ce bien véritable. Nous sommes invités à nous montrer dignes de confiance dans la bonne gestion de la toute petite affaire que sont nos biens matériels. Quel culot ! penseront les banquiers et hommes de finances qui brassent des affaires énormes. Pourtant, Jésus est formel, et on n’a pas de peine à le suivre quand il précise que la grande affaire, qu’il appelle encore le bien véritable, c’est notre réussite définitive en Dieu. En regard, l’argent est dit trompeur : et parce qu’il nous trompe en nous détournant facilement de Dieu - et parce qu’il nous donne une fausse assurance : la fortune est fragile et nous voilà trompés. Jésus en rajoute : l’argent est un bien étranger, il ne nous appartient pas, il n’est que prêté, nous en sommes les gérants. De plus, il risque de nous rendre étrangers à nous-mêmes, il nous “aliène” (on dirait une thèse de Marx !). Notre bien véritable, le nôtre, c’est Dieu.

Alors il faut choisir : Vous ne pouvez servir deux maîtres. Servir, c’est-à-dire s’attacher à, aimer. L’attachement à l’argent est incompatible avec l’amour de Dieu. Combien de fois essayons-nous de servir les deux dans une “dévotion alternative” : Dieu pour le dimanche, mes affaires pour la semaine ! Impossible. Dieu veut que nous l’aimions de tout notre cœur, en tout ce que nous faisons. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent ! Le mot tombe une dernière fois, et en majuscule ! Le texte original personnalise l’Argent, l’appelle Mammon, pour bien montrer qu’il est une idole, un fétiche qui nous hypnotise. Quand nous le possédons, facilement il nous possède. Jésus nous invite à le maîtriser.

Le passage finit, chez Luc, avec le ricanement des pharisiens, et Jésus de leur lancer : « Aux yeux de Dieu, vous êtes une horreur ! » (Lc 16, 14-15). Ricanerons-nous ?

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(re)publié: 22/07/2019