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24e dim. ordinaire (15/9) : Commentaire

Dans l’eucharistie de ce dimanche, Dieu vient nous dire qui il est pour nous - et ce que nous sommes pour lui. Nous sommes son bien qu’il avait perdu, son fils, sa fille aimés. Il a souffert de nous voir nous éloigner de lui. Il est maintenant heureux de nous serrer dans ses bras (évangile). Comment ne pas crier de joie, pleins de reconnaissance, comme Paul qui s’est senti pardonné à Damas (deuxième lecture) ! Et comment ne pas prier, pendant cette messe, pour tous ceux qui sont loin du Seigneur, en l’interpellant avec l’audace de Moïse (première lecture).

Première lecture : Ex 32,7-11.13-14

La scène raconte le grand péché d’infidélité du peuple élu quand, fatigué du Dieu invisible, il se fit de lui une image qu’on pouvait voir, toucher. Il se fabriqua une divinité en métal fondu, inspirée du dieu égyptien, le bœuf Apis que la Bible, par dérision, appelle un veau - et cela au moment où Moïse était encore sur la montagne pour recevoir de Dieu les signes de l’Alliance sacrée ! Alors la colère de Dieu s’enflamme contre eux, et il va les engloutir. L’auteur prête à Dieu des sentiments tels qu’un père de ce temps-là pouvait les éprouver quand son fils l’avait blessé. Jésus corrigera cette image d’un Dieu encore rude, par la douce et émouvante figure du père de l’enfant prodigue (évangile).

Moïse s’efforce alors d’apaiser Yahvé. Comme il s’y prend ! Pourquoi ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple ? Remarquez ce : ton peuple, celui dont tu es particulièrement responsable, que tu “dois” protéger. Ton peuple que tu as fait sortir d’Égypte, de l’esclavage. Tu ne vas pas te contredire en l’écrasant après l’avoir délivré ! Le lectionnaire saute un argument qui ne manque pourtant pas d’habileté : Tu veux détruire ton peuple ? Mais alors, que vont dire les païens, quelle mauvaise image tu leur donnes de toi-même, celle d’un Dieu méchamment habile, qui sort les siens d’une mauvaise passe pour les jeter dans une pire ! Puis Moïse rappelle à Dieu qu’il a juré, promis de donner le pays de Canaan à son peuple ; juré aux grands patriarches Abraham, Isaac et Jacob. Il doit donc tenir sa promesse.

Quelle confiance, quelle audace qui n’hésite pas à coincer Dieu dans ses apparentes contradictions, à le prendre par son côté faible, son amour pour son peuple !

Ainsi, sous la figure encore imparfaite d’un Dieu coléreux et qui change d’idée, qui renonce au mal déjà décidé, l’essentiel est dit : nous sommes le peuple de Dieu, le sien propre. Il ne nous laissera pas choir, même si toutes les apparences nous sont contraires, que l’Église semble en train de perdre l’avenir... que je me crois rejeté de Dieu...

Ainsi ces versets préparent-ils l’évangile du berger qui cherche sa brebis perdue, de la femme qui retrouve sa pièce d’argent et du père qui attend son fils prodigue.

Psaume : Ps 50

Mon Dieu, je suis ton enfant. J’ai confiance en ton amour, en ta grande miséricorde. Aussi, pendant cette eucharistie, je crie : Pitié pour moi. Efface mon péché, lave ma faute ; purifie-moi, crée en moi un cœur pur, afin que je puisse célébrer les saints mystères. Car la vraie célébration, le vrai sacrifice sont au-delà des rites ; ils se célèbrent avec un esprit brisé et repenti. Aussi, Seigneur, ouvre mes lèvres pour l’action de grâce, et ma bouche annoncera ta louange.

Deuxième lecture : 1 Tm 1,12-17

Pendant les deux prochains mois nous lisons dans les Lettres de Paul à Timothée. Avec celle à Tite elles sont dites pastorales, parce qu’elles s’adressent à des pasteurs, des chefs de communautés. Les premiers témoins de l’Evangile sont morts en bonne partie, il faut structurer pour assurer l’avenir. La mystique des débuts fait place aux “mandements d’évêque”.

La première Lettre est intéressante par ses précisions sur les ministères, problème actuel s’il en est. On gagnera à les lire seul (chapitre 3), le lectionnaire les ayant malheureusement omises dans sa sélection.

Paul jette un regard sur son passé et se laisse aller à la confidence : Moi qui autrefois ne savais que blasphémer, persécuter, insulter - j’ai été saisi par Dieu, la grâce a été plus forte. Moi qui suis pécheur, Dieu m’a pardonné. Plus, il m’a fait confiance en me chargeant du ministère de l’évangélisation. Que Dieu est bon ! Rendons-lui grâce !

Cette expérience personnelle, Paul l’appuie sur un petit Credo, tel qu’il en existait déjà de son temps, et qu’il introduit par une phrase-type que nous retrouvons souvent dans les lettres pastorales : Voici une parole sûre et qui mérite d’être accueillie sans réserve (voir encore Tm 2,11 au 28e dimanche, année C). Quant au petit résumé de foi, le voici : Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs.

Donc il est venu me sauver, moi le premier, qui suis pécheur. Pécheur est à prendre au sens plus radical : vivre sans le Christ Jésus. Sans lui, notre vie s’en va à la mort, la seconde, la définitive. Avec lui, je suis sauvé. C’est sûr, et il me faut accueillir cette parole sans réserve, dans la joie de l’action de grâce, plein de reconnaissance.

C’est bien là le motif profond et le grand contenu de l’eucharistie (action de grâce), et le honneur et gloire au Roi des siècles... semble bien un morceau de la liturgie paulinienne, elle-même inspirée de la prière juive en diaspora.

Quand donc serai-je surpris, émerveillé d’avoir été saisi par le Christ ? Lui qui m’a fait confiance ! A moi, pécheur !

Évangile : Lc 15,1-32

Un évangile dans l’évangile, a-t-on dénommé ces trois paraboles de la miséricorde : celle du berger qui retrouve sa brebis, celle de la femme qui retrouve sa pièce d’argent, celle du père qui retrouve son fils prodigue.

L’occasion en est donnée par la conduite de Jésus, scandaleuse aux yeux des pharisiens et des scribes : il fait bon accueil aux publicains et aux pécheurs ! Race dont il devrait pourtant se garder. Les publicains, nommés en premier, exerçaient le métier malhonnête de douaniers-percepteurs-extorqueurs, d’où l’ostracisme particulier qui leur avait retiré les droits civils. Et les voilà qui viennent à Jésus pour l’écouter. Tenez-vous bien, pas l’un ou l’autre seulement, tous. C’est donc qu’il parlait un langage qui leur allait au cœur. Alors tombe l’accusation : il leur fait bon accueil ! « Que l’homme ne fréquente pas l’impie, fût-ce pour étudier avec lui la sainte Écriture », demandait un précepte rabbinique. Mais Jésus fait pire : il mange avec eux et contracte ainsi une impureté légale. C’est donc au nom de la loi, de la foi (de la leur) qu’ils accusent : Cet homme ! Ce qui dit assez leur mépris.

Alors Jésus, à la manière orientale, au lieu de fourbir des arguments, leur raconte une histoire, une parabole dont ils n’auront pas de peine à saisir la pointe. Une, en fait trois, bâties cependant sur un schéma identique et contenant toutes trois le même enseignement.

Un berger a cent brebis. Ce n’est pas énorme, comparé aux milliers qu’avaient les riches. Une de perdue, cela compte ! Une femme (voyez comme Luc, quand il le peut, ne manque pas de mettre en valeur la femme) a dix drachmes. C’est bien toute sa fortune. Elle en perd une, l’équivalent d’une journée de travail. Pour elle, la perte est importante.

Déjà, Jésus nous explique comment Dieu voit le pécheur : le pécheur est quelqu’un que Dieu a perdu. Il appartient à Dieu pour lequel il est précieux. Quelle valeur, cet homme ! C’est l’avoir de Dieu qui se perd ! Jésus ne dissimule ni n’enjolive le péché : le pécheur est bel et bien dit tel. Mais Dieu ne le considère pas d’abord comme enfreignant une loi (c’est ainsi que le voyaient les pharisiens), mais comme son avoir qu’il a perdu. Déjà, la première lecture nommait l’infidèle Israël : “ton peuple”. Dieu ne veut pas laisser le pécheur se perdre définitivement. Il faut qu’il aille le chercher (on comprend mieux ici le mot si fréquent : « Il faut que le Fils de l’homme. » Il laisse là les quatre-vingt-dix-neuf autres brebis, comme si elles avaient moins d’importance en face de ce désastre : une de perdue ! Il cherche, et pas seulement en un rapide tour d’horizon, mais avec ténacité, jusqu’à ce qu’il la retrouve. La femme est dite balayer la maison, chercher avec soin. Jésus n’a-t-il pas été jusqu’au bout de sa peine, jusqu’à la croix ?

Et voyez ce qui se passe quand il l’a retrouvée : il prend la brebis sur ses épaules. Elle est épuisée, elle n’en peut plus, la pauvre ! Ce geste tendre a tellement frappé la jeune Église que les fresques et statues d’un jeune berger, une brebis serrée autour de son cou, comptent parmi les représentations les plus anciennes du Christ ; elles étaient aussi familières, alors, que nos crucifix aujourd’hui.

Et il est tout joyeux, au point qu’il invite ses amis et voisins - la femme, ses amies et voisines - pour leur dire : Réjouissez-vous avec moi. Les sentences rabbiniques prêtaient à Dieu une bien autre joie : « C’est une joie pour Dieu quand ceux qui l’ont mis en colère disparaissent du monde. » On mesure à ces deux joies, la distance entre le Dieu des pharisiens et celui de Jésus. Vraiment, ce n’est pas le même. Le ciel se réjouit ! Même les anges de Dieu participent à sa joie. Quoi de plus grand ! Ici encore, le péché n’est pas innocenté, bien au contraire. C’est qu’il doit être effroyable, si la conversion d’un seul pécheur provoque, par réaction, un tel soulagement.

Que dans le ciel on se réjouisse pour un seul converti plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, ne veut évidemment pas dire que Jésus aime moins Marie et les saints, des justes s’il en est. Mais cela se passe comme dans une famille où la maladie d’un enfant a causé tant de cauchemars que, à la guérison, la joie se porte entière sur lui, sans que l’on pense à féliciter les autres d’être en bonne santé. Mais ils sont aimés tout autant !

Et enfin vient l’histoire des deux fils. Le portrait du plus jeune est poussé au noir : ingrat, gaspilleur, menant une vie de désordre, puis sombrant dans la dernière déchéance : garder les cochons, animal impur s’il en fut, dont le Juif orthodoxe, encore aujourd’hui, ne mange pas la viande. Même le retour de ce fils, si souvent qualifié de conversion, obéit à des mobiles qui ne sont ni nobles, ni spirituels : là-bas, il aurait du pain en abondance !

C’est ici que va se montrer le cœur du père qui, devine-t-on, sortait tous les jours voir si son fils ne reviendrait pas. D’aussi loin qu’il l’aperçoit, il est saisi de pitié. Littéralement : remué aux entrailles maternelles. Dieu est aussi Mère. Il court se jeter à son cou et le couvre de baisers. Le Père veut te couvrir de baisers ! Oui, toi, moi. Comme Dieu est proche, et comme nous en sommes loin ! En bonne coutume orientale, pareil fils ne pourrait, encore aujourd’hui, paraître devant son père avant d’être appelé par celui-ci après un long laps de temps. Mais le père ne s’embarrasse pas de ces traditions, il ne s’interroge même pas sur les mobiles de ce retour, il court. C’est l’empressement du cœur, c’est le père heureux de revoir le fils qu’il avait perdu. Le Père du ciel plus heureux que moi, le fils prodigue.

Ce fils essaie bien de placer sa phrase d’excuses, le père ne lui en laisse pas le temps. Vite ! Le beau vêtement, le plus beau ; la bague au chiffre de la maison pour sceller les documents, les sandales... autant de signes évidents que le prodigue est rétabli dans sa dignité de fils. Et puis la fête, le signe de la joie du père !

C’est ainsi que Jésus nous dit qui et comment est Dieu.

L’histoire pourrait s’arrêter là, comme pour les deux paraboles de la drachme et de la brebis retrouvées qui précédent. Mais voilà que la parabole connaît un rebondissement inattendu et qui cache une deuxième “pointe”. Jésus ne raconte-t-il pas son histoire aux pharisiens et aux scribes qui récriminent ? Si toute la parabole s’adresse à eux, les voici directement concernés, car ils vont se reconnaître dans ce fils aîné qui refuse d’entrer et de participer à la fête. Ne sont-ils pas, eux, des fils qui depuis tant d’années sont au service de Dieu sans avoir jamais désobéi, eux les intègres, les purs (pharisien = pur) ? N’ont-ils pas quelques droits ? A vrai dire, il n’a pas entièrement tort, ce fils aîné, et nous avons tous plus ou moins sympathisé avec ce garçon travailleur ; peut-être, inconsciemment, nous retrouvons-nous en lui.

Mais que lui reproche donc le père ? De manquer de cœur. Ce fils cadet, l’a-t-il jamais aimé ? Ton fils que voilà, dit-il sur un ton méprisant. A-t-il souffert de le voir partir ? A-t-il attendu son retour ?

La deuxième partie de la parabole est donc une sévère critique de la conduite du fils aîné, osons le dire, de la nôtre qui n’avons pas mené une vie de désordre... avec des filles, qui sommes au service de Dieu sans jamais avoir gravement désobéi à ses ordres. Corrects, convenables. Mais qui sommes exposés à être durs, méprisants... quand nous fermons la porte à notre enfant qui se conduit mal, à notre parente qui... Et puis ces divorcés, ces voyous, ces filles... comme nous les classons vite ! Nous sommes choqués, presque déçus quand Dieu les réintègre. Oui, cette parabole est à notre confusion, nous n’y tenons pas le beau rôle. Et, pourtant, Dieu, qui pourrait nous retourner la flèche, ne nous juge pas non plus. Il patiente. Il nous supplie de comprendre et nous appelle : mon enfant. Saurons-nous quitter les normes bourgeoises de la religion du droit pour entrer dans celle du Père, du Père qui nous supplie : mon enfant !

Quel Dieu ! Car c’est de Dieu qu’il s’agit, c’est lui le personnage premier. C’est son attitude vis-à-vis du pécheur qui nous est décrite, sa peine, son angoisse pour son bien qui lui tient à cœur, qui lui est si précieux. C’est lui qui est montré cherchant jusqu’à ce qu’il ait trouvé. C’est lui qui est dit joyeux des retrouvailles. Oui, Dieu est ainsi, et l’on n’a pas de peine à comprendre pourquoi les pécheurs venaient - tous - écouter cette bonne nouvelle.

LA PRIÈRE D’INTERCESSION
Les nombreuses interventions de Moïse en faveur du peuple infidèle (Ex 33,14 ; Nb 13,12-13...), l’exemple d’Abraham (Ex 18,16), la prière d’intercession d’Esther en faveur de son peuple (Est 4,17), celle des soldats en faveur de leurs camarades tombés au champ de bataille (2M 12,41-46), l’intervention de Marie à Cana (Jn 2,1-5), la prière de la communauté pour Pierre en prison (Ac 12,5), Paul qui encourage sa communauté à prier pour les dépositaires de l’autorité (1Tm 2,2), pour les frères croyants (Ep 6,18) et tant d’autres exemples - viennent de la conviction qu’un frère peut aider son frère (notre communion des saints). Ils sont à l’origine de nos prières d’intercession : la prière universelle de nos dimanches, les mémento des vivants et des morts dans les prières eucharistiques, les grandes oraisons du Vendredi saint, etc.

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(re)publié: 15/07/2019