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22e dim. ordinaire (1/9) : Commentaire

Le Christ nous invite au repas eucharistique, un repas qui rappelle son humiliation en croix. Rien du majestueux des cérémonies de l’Ancien Testament, mais l’intimité toute simple avec le Seigneur (deuxième lecture). Il serait bien malséant d’y chercher les places honorifiques, de nous faire valoir (évangile). D’ailleurs, la condition de l’orgueilleux est sans remède ; seul celui qui s’abaisse trouve grâce devant Dieu (première lecture).

Première lecture : Si 3,17-18.20.28-29

Sirac le Sage vit dans une communauté de foi exposée aux influences “modernistes” de la brillante civilisation grecque. Loin d’être un étroit conservateur, il sait cependant défendre les valeurs profondes et surtout la foi en un Dieu supérieur à la raison humaine.

La sagesse, définie ici comme écoute de Dieu, est supérieure au savoir. L’homme sensé médite les maximes de la sagesse divine. Sirac insiste sur l’humilité, en réaction contre le besoin de se faire valoir : plus tu es grand, plus tu dois t’abaisser. Si tu n’es pas humble, ta condition est sans remède : l’orgueilleux a la racine de son mal en lui-même.

Conseil combien actuel encore, en un temps où vous ne valez, aux yeux du “monde”, que si vous savez jouer des coudes, marcher sur les pieds des autres pour vous hausser dans l’échelle sociale. Toi, efforce-toi de trouver grâce devant le Seigneur.

Cette sagesse, cette humilité préparent l’enseignement de Jésus sur le choix des dernières places.

Psaume : Ps 67

D’une grande hymne à la puissance de Dieu qui protège son peuple.

Vous, les petits, vous qu’on ne considère pas, orphelins, veuves, captifs, pauvres - dansez, jouez, chantez ! Chante pour ton Dieu, petite communauté de foi, sans éclat ni puissance matérielle. Dans sa sainte demeure, son Église, Dieu se montre Père, défenseur.

Seigneur, tu as répandu sur ton héritage, sur ton peuple de foi, une pluie généreuse de grâce et de force. Tu l’as soutenu quand il défaillait. Aussi nous te rendons grâce.

Deuxième lecture : He 12,18-19.22-24a

En deux images fortement contrastées, cette méditation nous fait saisir la différence entre deux spiritualités. La première, celle des Hébreux avant leur conversion au Christ, était marquée par la crainte : au Sinaï, sommet et symbole de toute rencontre avec Dieu, l’approche de Yahvé se faisait dans le feu qui brûle, l’obscurité, les ténèbres, l’ouragan, l’avertissement grave du son de trompettes, avec des paroles terribles, telles que les fils d’Israël demandent à ne plus les entendre. Tellement ils étaient effrayés. Ils faisaient l’expérience d’un Dieu écrasant de majesté, comme le font encore aujourd’hui les chrétiens écrasés par un Dieu qui, loin de les épanouir, leur fait peur ; l’angoisse, le scrupule, la crainte d’être damnés sont les leviers de leur vie “chrétienne” (?).

Laissez tout cela ! Vous êtes venus vers Jésus ! Il nous donne une tout autre approche, il nous conduit vers un tout autre Dieu. Non un doucereux, au rabais ; Dieu reste le juge de tous les hommes, devant lequel nous sommes responsables. Mais nous n’avons plus besoin de trembler. Jésus est là, le médiateur, lui qui intercède pour nous auprès du Père, lui qui nous a donné une Alliance nouvelle. Il l’a scellée d’amour total sur la croix ; il nous introduit dans la fête, une fête décrite avec des images familières aux Hébreux : montagne de Sion, cité du Dieu Vivant, Jérusalem céleste... expressions pour traduire l’aspect communautaire de notre foi. Qu’avons nous à hésiter ? Vous êtes venus vers Jésus. Vivez autrement, ne craignez plus, soyez en fête !

Le contexte est nettement liturgique dans l’eucharistie, nous sommes venus vers Jésus et vers l’assemblée. Jésus cherché et trouvé dans la communauté de foi. Nous sommes venus nous unir à la liturgie de la Jérusalem céleste. C’est là que se célèbre l’unique liturgie devant le Père, entouré de milliers d’anges en fête et des premiers-nés de la foi, maintenant arrivés à la perfection, dans les cieux. Notre liturgie ne fait qu’y prendre part. Une liturgie spirituelle où ce ne sont pas l’extérieur, le matériel qui font rencontrer Dieu : bruit, effet, émotion forte - mais la simplicité, l’intériorité, la vérité du cœur.

Ainsi s’achève la lecture de la Lettre aux Hébreux dont les quatre extraits (ajoutés à ceux du 27e au 33e dimanche de l’année B) nous seront une clé pour la lire en son entier. En fixant notre regard sur Jésus, cette lettre nous aide à rester fidèles quand la foi risque de chanceler, elle nous donne courage quand l’épreuve veut nous ébranler.

Évangile : Lc 14,1a.7-14

C’est se méprendre sur ce “propos de table” que de n’y voir qu’une simple leçon de politesse, sous laquelle pourrait encore se cacher un secret calcul : se mettre à la dernière place pour provoquer le : avance plus haut.

La phrase-clé qui se trouve à la fin de cette section (et que notre lectionnaire ne rapporte plus), en éclaire le sens : Heureux ceux qui prendront part au repas dans le royaume des cieux (Lc 14, 15) ! La modestie qui convient lors d’un simple repas est, a fortiori, l’attitude impérative pour prendre part au repas messianique. Quand Jésus critique les invités choisissant les premières places, il vise sans doute les pharisiens, puisque c’est un chef de pharisiens qui a invité. Ces pharisiens, plus exposés aux petites vanités et au gros orgueil (tel tout homme en vue, ecclésiastique ou autre), nous rappellent le pharisien au temple, bien devant, à la première place, faisant valoir ses titres et ses mérites : je jeûne, je donne le dixième de mes biens, je... (Lc 18,12) - et donc aussi ses droits. Dieu n’a que faire de lui : il sera abaissé... plein de honte.

Jésus leur oppose celui qui se sait indigne de participer au repas du royaume et qui se met à sa vraie place, la dernière, persuadé qu’il n’en mérite pas d’autre, tel le publicain qui se tenait à distance (Lc 18,13). S’il se met à la dernière place, assurément, ce n’est pas calcul habile : il sait que Dieu sonde les reins et les cœurs ; aussi se donne-t-il tel qu’il est, comme un pécheur. Il ne se soucie pas de paraître, de se faire valoir. Son humilité vraie touche Dieu qui nous a invités. Dieu le prend avec lui, plus haut, tout près de son cœur.

La seconde parabole est parente de la première : même absence de calcul, même désintéressement vis-à-vis des “retombées”. N’invite pas ceux qui t’inviteraient en retour. Mais fais du bien sans arrière-pensée, invite les pauvres... ceux qui n’ont rien à te rendre. Le : Cela te sera rendu à la résurrection des justes ne sonne pas comme un nouveau calcul, mais comme conséquence inhérente au désintéressement, comme la joie d’aimer suit l’amour.

Toi, si soucieux d’être estimé, valorisé par les autres, laisse cela. C’est si peu de chose ! Ce qui importe, c’est de valoir devant Dieu. Toi, si préoccupé de tirer profit de tes “générosités”, laisse ces calculs. Fais plaisir sans arrière-pensée.

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(re)publié: 01/07/2019