LogoAppli mobile

1er dim. de l’Avent (2/12) : Commentaire

Déception pour les romantiques : ce dimanche ne dit rien de Noël qui est pourtant dans un mois. Mais bénie soit la liturgie qui nous apprend mieux ! Paul porte notre regard vers le jour tout proche de la venue finale du Christ. L’évangile nous parle, lui aussi, du Fils de l’homme qui viendra dans la nuée. On s’attendrait que du moins Jérémie annonçant le Messie nous prépare à la naissance de Jésus. Mais ce qu’il prédit ne s’est accompli que partiellement avec la venue historique du Christ. Lui aussi est typiquement un eschatologique, un prédicateur de la fin des temps. (1ère lecture)

Alors que nous aimerions rêver de la crèche, voici que la liturgie nous invite à négliger, pour l’instant, le souvenir. A nous concentrer sur l’humble venue du Christ de l’aujourd’hui et à nous préparer au grand demain de l’avènement final. C’est peut-être moins gentil, mais c’est plus tonique, plus adulte, plus vrai.

Première lecture : Jr 33,14-16

La promesse d’Israël (le royaume du Nord) et de Juda (le royaume du Sud) s’est concentrée sur le Sud, sur Jérusalem et David. La situation est critique, et le prophète encourage le peuple en lui annonçant un germe, un roi, un règne de justice. Ce mot justice, difficile à traduire, n’a rien à voir avec notre justice légale ou sociale. On pourrait le décrire comme un espace dans lequel nos rapports avec Dieu et entre nous sonnent juste, comme la voix est juste quand elle exprime exactement la note. Nous sommes dans la justice lorsque nous vivons comme Dieu le désire. Nous rentrons dans la justice quand il nous guérit, redresse le rapport faussé. C’est alors l’harmonie.

Jésus sera ce germe de justice, né de David. L’Eglise sera la nouvelle Jérusalem qui s’appellera : Le Seigneur est notre justice. Beau nom-programme à base d’humilité (Dieu seul est juste) et de confiance (Dieu nous rend justes, harmonieux).

Que cette harmonie soit rétablie, voilà notre désir. Le désir de l’Avent existentiel de toute notre vie, celui d’un monde qui grince de toutes parts.

Psaume : Ps 24

Conscients que Dieu dirige les humbles dans la justice - celle-ci est encore appelée amour, vérité, alliance - nous implorons le Seigneur :

Fais-moi connaître la route de cette justice, de cette harmonie. Aide-moi à être vrai, à sonner juste dans ma vie. Je ne le puis de moi-même, c’est toi qui me sauves. C’est toi qui peux rétablir cette harmonie.

Rends-moi humble pour que j’écoute ton précieux secret.

Deuxième lecture : 1Th 3,12-4,2

Ce que la première lecture appelait justice, Paul l’appelle sainteté : être sans reproche devant Dieu (en harmonie avec lui), vivre l’amour à l’égard de tous les hommes (en harmonie entre nous).

Cette justice, cette sainteté sont encore faibles, inachevées. Elles doivent devenir plus intenses, plus fermes, connaître de nouveaux progrès pour le jour où notre Seigneur Jésus viendra. L’avènement du Christ accomplira cette sainteté, mais nous devons y apporter notre ouverture de cœur, nos efforts ; il nous faut faire de nouveaux progrès, car en amour, on n’est jamais arrivé.

Nous voici donc, au début de l’Avent, appelés à la sainteté, ni plus ni moins, à cette harmonie que les anges, dans la nuit de Noël, chanteront avec un mot semblable : Paix !

Evangile : Lc 21,25-28.34-36

Avec ce premier dimanche de l’Avent commence une nouvelle année liturgique, la troisième et dernière du cycle des trois ans, l’année C. En l’année A, on lisait Matthieu, en l’année B Marc. En l’année C nous lisons Luc (Jean est lu pendant le Carême et le Temps pascal). Les dimanches ordinaires en feront une lecture cursive. L’Avent, lui, choisit ses extraits en fonction de l’attente et de la venue du Christ.

Avec force et véhémence, Jésus nous parle ici d’un Avent qui est tout autre chose qu’une charmante préparation à Noël : il y aura des signes dans le soleil, la lune, les étoiles. Il est question de nations affolées, de crainte de malheurs, de cieux ébranlés. On dirait le plat de résistance de nos prophètes de malheur qui annoncent régulièrement des catastrophes, encore qu’aujourd’hui tout soit possible avec l’atome, la menace bactérienne ou la guerre des étoiles.

Mais ce n’est pas de cela que veut nous parler l’évangile. Dans l’antiquité (et même encore aujourd’hui), les astres étaient de redoutables divinités ; on les adorait. A Israël, tenté de leur rendre un culte, le prophète déclare que ces pseudo-divinités s’effondreront lamentablement. Peu à peu, cette image de la chute des astres deviendra le signal de l’intervention définitive du vrai Dieu : la fin du monde verra donc et la disparition des forces du mal et l’apparition du Fils de l’homme, grandiose personnage de la fin des temps annoncé par Daniel et auquel Jésus s’identifie.

Alors que les hommes seront affolés, Jésus demande aux siens de se redresser et de relever la tête, car, pour eux, ce n’est pas la catastrophe, mais la rédemption, la délivrance finale qui approche : Jésus dans la nuée, venant de la part du Père, avec grande puissance et grande gloire ; le Christ glorieux, ressuscité, maître de l’histoire et du cosmos.

Puis Jésus demande à ses disciples de se préparer à cette venue en se tenant sur leurs gardes, en restant éveillés et en priant (on pense au ’’veillez et priez’’ du jardin de l’agonie), Vigilance et prière sont les deux pôles de cette attente. Ainsi nous pourrons, la tête relevée et le cœur sans crainte, paraître debout devant celui qui nous délivrera.

Pas un mot de Noël. Mais une sonnerie, un coup de clairon : Redressez-vous, relevez la tête, tenez-vous sur vos gardes, restez éveillés, priez !

La liturgie dirige notre regard vers un avent (une venue) plus glorieux. C’est effectivement de gloire qu’il est question. Le ’Gloria in excelsis’ de la nuit de Noël n’en sera que la joyeuse ouverture.


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 02/10/2018