LogoAppli mobile

19e dim. ordinaire (11/8) : Commentaire

A chaque messe, nous attendons le Seigneur “jusqu’à ce qu’il vienne”. Déjà les Juifs priaient ainsi (première lecture). Attendons le Christ, non seulement à la messe, mais par toute notre vie, le cœur en éveil, non en rêveurs, mais attentifs à bien faire notre devoir (évangile). C’est cela, vivre notre foi : attendre ce que, pour l’instant, nous ne pouvons encore voir (deuxième lecture).

Première lecture : Sg 18,6-9

L’auteur s’adresse à ses compatriotes dont la foi est ébranlée par le modernisme de la civilisation grecque. Il oppose à celle-ci une sagesse plus haute, qu’il lui arrive même de présenter comme une personne, préparant ainsi la venue du Verbe, Sagesse du Père.

L’auteur fait partie d’une communauté de foi en milieu hostile, d’où les allusions aux ennemis, aux adversaires. Les fidèles célèbrent la pâque juive dans le secret de leurs maisons. Ils attendent, ils espèrent que le Seigneur les délivrera comme il avait délivré leurs pères dans la nuit... pascale (à la sortie d’Egypte).

Pour tenir bon, ils appuient d’un commun accord la loi divine de partager aussi bien le meilleur que le pire, garantie de la cohésion et donc de la survie du groupe. Cette solidarité et l’assurance que le Seigneur les soutient leur fait entonner des chants de louange. Au milieu d’un monde indifférent, parfois hostile, ennemi, encourageons-nous de même à tenir dans la foi.

Ce texte, qui met en valeur l’élément d’attente inhérent à la loi, prépare excellemment l’évangile de l’attente de l’avènement final de Jésus.

Psaume : Ps 32

Hommes justes (justifiés par Jésus), vous qui êtes exposés à toutes sortes d’influences, comme la communauté juive en milieu païen (première lecture), prenez conscience d’être le peuple choisi. N’ayez pas peur, le Seigneur veille sur vous qui le craignez (le vénérez). Il vous préserve de la mort définitive, il vous garde en vie près de lui, au milieu des persécutions et des jours de malheur.

Que ton amour soit sur nous, Seigneur, comme notre espoir est en toi !

Deuxième lecture : He 11,1-2.8-19

Comme le titre l’indique, la Lettre aux Hébreux s’adresse à des Juifs convertis, mais ébranlés par la persécution au-dehors et, au-dedans, par la nostalgie de l’ancien culte juif. L’auteur (inconnu) les réconforte en leur prouvant la supériorité du sacerdoce de Jésus sur les sacrifices de l’ancienne Alliance. Nous avons lu ces développements à la fin de l’année B, du 27e au 33e dimanche. En cette année C nous lisons des exhortations à tenir bon dans l’épreuve. Textes précieux pour nous qui risquons, en ce temps de crise, de nous décourager, nous aussi.

L’auteur commence par donner de la foi - non une définition exhaustive (bien que ce soit la seule “définition” de la foi dans tout le Nouveau Testament), mais une attitude fondamentale.

Alors que les Hébreux passent précisément par une crise et que, comme nous bien souvent, ils se demandent : « Où est la réalisation des promesses ? - On ne voit rien arriver ! », l’auteur leur (nous) dit :
La foi est un “déjà” et un “pas encore” : Déjà, nous possédons le Christ, il vit en nous, mais cette union est en devenir ; nous en espérons la réalisation complète. Déjà, nous connaissons, expérimentons Dieu, mais comme à travers un voile : nous ne le voyons pas encore face à face. Nous voilà donc dans un entre-deux à la fois bienheureux et inconfortable, dans lequel la foi est espérance : ni simple espoir, ni facile possession. Elle est certitude, parce que le Christ est déjà en nous. Mais elle reste recherche, parce que nous sommes encore en route et que notre expérience de Dieu est encore partielle.

A ces familiers de l’Ancien Testament, l’auteur donne alors des modèles de foi bien connus. Sautant Abel, Hénok, Noé (He 11,3-7), notre lectionnaire retient le plus grand des hommes de foi, Abraham qui partit sans savoir où il allait. Il a simplement fait confiance à Dieu qui lui avait promis un pays en héritage. Il a obéi à l’appel de Dieu : la foi est obéissance, une obéissance confiante en celui qui nous appelle.

La vie d’Abraham n’est pas possession tranquille de la Terre promise, mais campement provisoire, car la vraie Terre promise, la cité céleste, il l’attendait.

Lui et sa femme Sara ont fait confiance à Dieu malgré tous les signes contraires, malgré leur grand âge, alors qu’il n’y avait plus d’espoir d’avoir un enfant, puisqu’ils étaient déjà marqués par la mort. Mais ils ont cru que Dieu serait fidèle à sa promesse. Ils ont cru à l’impossible. Dieu les a exaucés en faisant naître d’eux le peuple de Dieu, des hommes aussi nombreux que les étoiles dans le ciel et les grains de sable au bord de la mer.

A notre tour, fions-nous au Maître de l’impossible qui fera grandir l’Eglise apparemment mourante, qui nous sanctifiera malgré notre impossible conversion, et qui nous fera dépasser la mort et entrer dans un autre humainement impossible, sa glorieuse résurrection.

Vraiment, la foi n’est pas enjolivée. L’auteur en montre le risque et, à la limite, l’apparente absurdité. Mais, en même temps, ce texte nous réconforte : tu possèdes déjà ce que tu attends. Expérimente le Christ, vis avec lui, et tu sauras que tu ne cours pas des chimères. Ne t’installe pas, ta foi est campement provisoire. Avance, pars, sors de toi-même, risque ! Patiente aussi ! Fais confiance ! Car Dieu est fidèle, et ce que tu ne vois pas encore, un jour sera manifesté.

On gagnera, pour une fois, à se contenter de la lecture brève qui forme un ensemble cohérent. Les versets 13 à 16, assez difficiles à interpréter, reprennent le thème d’Abraham étranger et voyageur... à la recherche de la patrie céleste. Les versets 17 à 19 reprennent le thème de la foi en l’impossible, quand Abraham sacrifie Isaac et doit ainsi détruire l’objet de son espoir.

Evangile : Lc 12,32-48

Cet évangile fait suite à la méditation de dimanche dernier sur le riche paysan que la mort arrache à ses biens et projets. Luc y a greffé des considérations de Jésus sur le devoir d’imprévoyance : Ne vous souciez pas trop de ce que vous allez manger, ni de quoi vous vêtir (Lc 12,22-31). Puis il enchaîne.

Soyez sans crainte, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. A quoi bon tant craindre ? Vous avez l’essentiel : le Royaume, expression pour la vie avec le Père. Cette vie vaut bien toutes les richesses du monde. Ce royaume vous est donné par pure bonté. Le Père l’a trouvé bon ainsi ; non à la manière d’une lubie, mais dans sa bonté qui a conçu un plan amoureux sur vous. Jésus appelle ses disciples un petit troupeau. C’est qu’il monte à Jérusalem et qu’ils seront, comme lui, exposés aux pharisiens, tel un petit troupeau, la proie facile du loup. Petit encore parce que, au moment où Luc écrit, la communauté chrétienne est fragile. Petit enfin parce que l’Eglise, la vraie, sera faite d’hommes et de femmes humbles, petits devant Dieu.

Recevant le Royaume, désencombrez-vous. Vous ne pouvez recevoir le Christ qu’en faisant le vide. Vendez ce que vous avez.

Voilà qui est vite dit. Je suis marié, j’ai des enfants ; vous me voyez vendre mes meubles sur la place du bourg ? Et ma maison ? Les premiers chrétiens, persuadés que Jésus reviendrait très bientôt, ont pris ces mots à la lettre (Ac 2,45 ; Ac 4,32-37). Puis cette impatience fiévreuse dut faire place à une espérance plus réaliste. Mais toujours, et aujourd’hui encore, certains sont appelés à faire de même par le vœu et une vie de pauvreté. Tous sont appelés à en vivre l’esprit, à ne pas se fixer aux biens matériels, à se garder le cœur libre.

De toute façon, les valeurs humaines s’usent, sont rongées comme la toile par les mites. Donnez le fruit de votre détachement aux pauvres. De la sorte vous êtes libres pour un trésor inépuisable dans les cieux. Cet ordre de partager se retrouve souvent chez Luc (Lc 11,41 ; Lc 16,9 ; Lc 18,22 ; Lc 21,4 ; Ac 2,45 ; Ac 4,32 ; Ac 9,36 ; Ac 11,29...) Il montre, par sa fréquence même, qu’il ne s’agit pas d’une pieuse recommandation.

Si, pour un achat ou le plan des vacances, tu renonces à ce qui est plus luxueux et donnes à un nécessiteux le fruit de ta privation, si, en même temps, tu remplis ton renoncement de plus d’attention aux tiens, de plus de tendresse, de plus de rires insouciants - tu auras gagné sur tous les tableaux.

Qu’est-ce qui m’est le plus précieux ? Qu’est-ce qui passe avant tout le reste et pour lequel je suis prêt à sacrifier autre chose (d’autres) ? Ma santé, ma situation, ma famille, Dieu ? A quoi suis-je attaché le plus ? Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.

Suivent trois paraboles sur la venue inopinée du Seigneur. Sans transition apparente. Mais il existe un lien secret entre se détacher et attendre. Le premier est en vue du second.

C’est de la venue du Christ et d’attente communautaire qu’il est maintenant question. Une attente vigilante, parce que cette venue de Jésus est aussi imprécise que le retour des noces (celles-ci pouvaient durer de trois à huit jours), aussi surprenante que le voleur qui n’a aucune peine à forcer la maison (littéralement, à percer le mince mur de torchis des maisons d’alors), aussi inattendue pour le serviteur qui se dit : mon maître tarde ; et voilà que son maître vient le jour où il ne l’attend pas, et à l’heure qu’il n’a pas prévue.

Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Cette vigilance est encore appuyée dans le Restez en tenue de service, mot à mot : les reins ceints, l’ample vêtement relevé dans la ceinture pour faciliter la marche. Ainsi la traduction littérale fait-elle penser aux Juifs prêts à quitter l’Egypte.

L’activité suggérée par cette tenue de service et, plus loin, par le serviteur à son travail semble bien être l’indispensable évangélisation. On peut y greffer, sans forcer le texte, une “spiritualité du travail” ; nos tâches quotidiennes, notre devoir sont la façon d’attendre réalistement le Seigneur.

Celui qui aura bien attendu, le maître lui-même, prenant la tenue de service, le fera passer à la table du festin des cieux et le servira. Promesse renouvelée dans l’Apocalypse. « Si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte... je souperai avec lui en tête à tête » (Ap 3,20).

Et, pour finir, encore une parabole, cette fois-ci directement adressée aux apôtres, et d’ailleurs provoquée par leur porte-parole, Pierre, qui demande : Cette parabole, cet avertissement, c’est pour nous ou pour tout le monde ? Jésus répond : C’est pour tous, évidemment, mais c’est surtout pour vous, les responsables. Et de mettre en scène un intendant dans lequel pourra se reconnaître sans peine le chef de communauté, puisque le maître lui a confié la charge des domestiques... pour leur donner la part de blé (l’Eucharistie ?). Heureux serviteur... s’il est trouvé à son travail, fidèle. Malheur s’il profite du fait que son maître tarde à venir... s’il frappe les serviteurs... s’enivre... Un avertissement sévère, une lourde responsabilité, car à celui qui a beaucoup reçu on demandera beaucoup. Qu’aucun chef ne s’enorgueillisse de sa charge, que son seul souci soit d’être à son travail.

Le maître tarde. Les premières années après le départ du Christ, la communauté pensait sa venue en gloire imminente, peut-être même dans l’année. A cette joyeuse attente (qui explique le partage des biens, voir plus haut), avait succédé la déception : « Où en est la promesse de sa venue ? Le Seigneur a du retard. » (2P 3,4-9). Avec, comme conséquence, le danger d’assoupissement. C’est à cet assoupissement que s’attaque Luc : Heureux le serviteur que le maître, à son arrivée, trouvera à son travail.

Il est bon qu’au milieu de l’année liturgique cette donnée fondamentale de l’attente nous soit rappelée. L’Avent n’en est que le temps fort.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
(re)publié: 11/06/2019