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16e dim. ordinaire (21/7) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

Il y a gros à parier que si nous devions prendre parti entre Marthe la généreuse, l’hospitalière, l’accueillante, contre Marie qui semble quelque peu paresseuse, c’est Marthe que nous choisirions. Il n’est pas facile d’être d’accord avec Jésus qui rabroue Marthe à l’avantage de Marie qui, dit-il, « a choisi la meilleure part ».
De là il n’y a qu’un pas pour tirer la conclusion : « Jésus préfère les contemplatifs aux actifs », les « Marie aux Marthe ». Mais c’est, je pense, vraiment passer à côté du message de Jésus.
Il me semble vous avoir déjà dit qu’à l’origine, les évangiles avaient été écrits en continu, c’est-à-dire qu’ils ne comportaient ni chapitre, ni paragraphe, ni titre, ni verset… Tout cela a été ajouté tardivement pour permettre aux chrétiens de retrouver plus facilement tel ou tel passage.
Aujourd’hui, et c’est bien dommage pour notre compréhension, chaque dimanche nous lisons l’un ou l’autre petit passage sans faire le lien avec ce qui précède ou ce qui suit. Or, si nous prenons la Bible, nous voyons que l’évangile d’aujourd’hui suit immédiatement celui de dimanche dernier qui nous racontait l’histoire du bon Samaritain. Autrement dit, l’histoire du bon Samaritain et de Marthe et Marie ne font qu’une seule et même histoire.
Et cela change tout ! Si dans la 1re partie du « bon Samaritain » Jésus louangeait l’engagement, l’action, l’entraide, la solidarité, en un mot « l’amour du prochain », il continue son récit en développant l’importance de la contemplation, de la prière et l’écoute de la Parole de Dieu.
Si nous, nous avons tendance à séparer, à concurrencer, à opposer les deux attitudes, Jésus, lui, ne les oppose pas.
Si nous cloisonnons volontiers les contemplatifs d’un côté et les actifs de l’autre, chacun revendiquant d’ailleurs la priorité de son choix, Jésus signifie ici que l’un est indissociable de l’autre au même titre que le 1er commandement ne fait qu’un avec le second : « aimer Dieu et aimer son prochain ».
Il est vrai que chacun selon notre histoire, selon notre tempérament, nous nous sentons plus à l’aise soit dans une vie plus contemplative soit dans une vie plus active, mais l’un comme l’autre doit veiller dans sa vie à préserver des moments d’activité, d’engagement, tout autant que des moments de prière et de contemplation.
En faisant l’éloge du bon Samaritain, Jésus invite ceux qui ne sont enclins qu’à la prière à ne pas ignorer l’importance du service et de l’entraide. Et dans l’éloge de Marie, Jésus invite ceux qui sont plongés dans l’activisme à prévoir dans leur emploi du temps des moments de respiration ; qu’au milieu de leur agenda chargé, ils aient un temps pour s’asseoir aux pieds de Jésus.
Pour les uns comme pour les autres, prévoir ces temps de complémentarité, permettra de vérifier que leur vie n’est pas simplement livrée à la spontanéité de leur tempérament ou de leur caractère, mais qu’elle est vraiment vécue comme une réponse à l’appel de Dieu.

Piste 2

Vous avez certainement déjà remarqué combien dans nos conversations les plus ordinaires
chacun est préoccupé de soi ! Nous sommes souvent plus prompts à raconter nos petites
affaires plutôt que d’écouter notre interlocuteur.
Si je commence à parler de moi pour partager une souffrance, une peine ou même une
réussite, il arrive souvent que mon soi-disant « auditeur » utilise comme tremplin ce que je
viens de dire pour se raconter lui-même, il renchérit avec ses propres expériences, ses
déboires ou ses exploits : « ah, mais moi aussi j’ai eu ceci, j’ai fait cela… ».
En réalité, il n’a rien partagé, rien écouté, il a seulement « entendu » pour mieux « se dire »
lui-même. Il n’y a aucun dialogue mais 2 monologues qui se superposent et n’intéressent
personne. Lorsque, la soi-disant conversation est terminée chacun s’en retourne déçu : on
pensait rencontrer une oreille attentive et l’on est tombé sur quelqu’un qui voulait « se dire
lui-même ».
Nous voyons aujourd’hui dans l’évangile Marie assise aux pieds de Jésus, elle écoute, elle
boit ses paroles.
Trop souvent, à tort, on a utilisé cet évangile pour faire l’éloge de la vie contemplative au
détriment de ceux qui s’activent comme Marthe dans la cuisine.
Pourtant cet évangile s’adresse tout autant aux contemplatifs qu’aux actifs en sachant
qu’en chacun de nous il y a une part de contemplatif et une part d’actif : tous nous devons
être à l’écoute !
Ceux qui se considèrent comme de grands priants ne sont pas nécessairement « à
l’écoute ». Certains ne tarissent pas en prière, ils se gargarisent de récitations qui ne sont
qu’une logorrhée, un monologue dans lequel il n’y a aucune place pour l’écoute de la
Parole de Dieu. Ils ont réduit la prière à une suite de mots.
Or toute l’Histoire sainte, toute la Bible nous montre que la Parole de Dieu n’est pas
d’abord constituée de mots mais de signes que le peuple a su lire comme autant de Paroles
de Dieu. De même les disciples de Jésus ont été sensibles à tous les faits et gestes de Jésus
et ont pu y lire et entendre la Parole de Dieu faite chair.
Aujourd’hui encore Dieu ne cesse de nous parler, il nous interpelle par les Ecritures, comme
nous l’avons encore vu dimanche dernier dans l’histoire du bon Samaritain : Dieu nous parle
par les événements du monde, par les petites choses de la vie mais aussi et tout autant par
les paroles et les appels que les autres nous adressent.
Saurons-nous comme Marie, spécialement en ce temps de vacances nous arrêter, sortir de
nos préoccupations pour nous mettre à l’écoute mais saurons-nous mieux que Marthe, le
rencontrer à travers les multiples signes qui nous sont offerts jusque dans les moindres
activités de notre vie quotidienne ?

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(re)publié: 21/05/2019