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13e dim. ordinaire (30/6) : Commentaire

A chaque messe nous venons gonflés de bonnes résolutions - que chaque fois nous différons de mettre en pratique. Il y a tant de choses à faire d’abord (évangile). Paul nous parle d’un affrontement qui nous empêche de faire ce que nous voudrions (deuxième lecture). Écoutons le Christ qui nous dit : suis-moi, pas d’inutiles regards en arrière. Il a payé d’exemple, lui qui prit avec courage la dure route de sa croix (évangile).

Première lecture : 1 R 19,16b.19-21

Le Seigneur désigne lui-même Élisée à Elie, pour lui succéder comme prophète. Dieu envoie, lui seul ; les hommes ne sont que sa voix. Élisée doit être consacré (le seul passage où cela est dit d’un prophète, mais Jésus le fera sien : « L’Esprit m’a consacré et envoyé » - Lc 4,18). Elie trouve le désigné de Dieu en train de labourer. Il jette vers lui son manteau, il lui donne quelque chose de lui-même en signe de passation de pouvoir. Élisée a compris l’appel, mais demande d’aller d’abord embrasser son père et sa mère, par affection et déférence. La réponse d’Élie : Va t’en, retourne là-bas, je n’ai rien fait semble comme une désapprobation, et comme si Elie retirait son mandat. D’autres pensent qu’Élie permet effectivement les adieux. Dans ce cas, le Christ, dans l’évangile du jour, est plus exigeant que le prophète. Quoi qu’il on soit, Élisée prit l’appel au sérieux. Non seulement il prit congé des siens, mais il sacrifia bœufs et attelage, donna à manger aux gens ce que l’on gardait du sacrifice pour un repas de fête. Puis il partit à la suite d’Élie et, comme un disciple qui partage la vie de son maître, se mit à son service.

Chacun de nous entend l’appel de Dieu. Sommes-nous prêts, comme Élisée, pour obéir à l’ordre de Jésus : « Va, vends tout ce que tu as, partage-le aux pauvres et suis-moi » (Lc 18,22) ?

Psaume : Ps 15

Psaume chanté aux ordinations, aux professions religieuses, aux envois de laïcs engagés... mais tout chrétien, par son baptême, est choisi, élu, envoyé (1P 2,9).

Seigneur, à ton appel, je t’ai dit : c’est toi qui es ma part, tu portes mon destin. J’ai confiance : tu m’instruis par ta Parole pour que j’accomplisse la mission que tu me confies. Tu me gardes, tu es à mon côté, je ne tomberai pas. Surtout tu me préserveras du néant, de la mort sans lendemain, de la corruption. Toi, le Ressuscité, tu m’apprendras le chemin de la vie, la joie qui ne finit pas.

Aussi, en cette eucharistie, je te bénis, mon cœur est plein de joie et d’allégresse en présence de ta face.

Deuxième lecture : Ga 5,1.13-18

Si le Christ nous a libérés (et les textes des dimanches le clament haut), ce n’est pas pour que vous repreniez les chaînes de votre ancien esclavage que sont les fausses contraintes et les angoisses, aussi bien chrétiennes que païennes et judaïques - mais pour être vraiment, effectivement libres.

Tenez bon, car la tentation de vous sécuriser par vos “bonnes actions” est toujours là. Nous voilà donc appelés à vivre cette liberté que le Christ nous offre. Paul passe ici de l’affirmation de notre libération à sa pratique.

Liberté ! Mot magique, enivrant et qui sonne comme un coup de clairon, mais dont Paul commence par dénoncer les contrefaçons. Liberté n’est pas libertinage, laisser-aller, prétexte pour satisfaire l’égoïsme. Combien de chrétiens, auxquels on avait expliqué qu’il valait mieux aller à la messe en se décidant soi-même plutôt qu’en se laissant pousser par un commandement, en sont arrivés au quasi-abandon de la pratique dominicale ! Ce genre de fausse liberté, que Paul appelle égoïsme, est destructeur, surtout pour l’esprit communautaire : vous vous mordez et vous vous dévorez les uns les autres.

La liberté chrétienne, la vraie, n’est pas refus, autonomie ; elle est, au contraire, relation. Une relation librement acceptée. Elle est amour et se résume dans le : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Quand je me laisse guider par l’amour et le respect d’autrui, je n’obéis plus aux tendances égoïstes de la chair, de ma nature, mais je vis sous la conduite de l’Esprit Saint.

Que ce ne soit pas chose facile, Paul le sait qui parle d’affrontement, au point que nous sommes empêchés de faire le bien que nous voudrions. Mais si nous tenons bon, si nous nous laissons conduire par l’Esprit Saint, nous devenons ce que nous sommes : vraiment libres... et plus sujets de la Loi.

Qui n’entend ce texte sans scepticisme ou du moins sans éprouver une certaine gêne ? Une Église qui parle de liberté et qui, au cours des siècles, s’est bardée de lois, de commandements, de codes et de paragraphes ! Une Église apparemment plus sous la loi que sous la conduite de l’Esprit Saint ! Viens, Esprit libérateur ! Souffle ! Sur la hiérarchie, sans doute, mais aussi sur moi-même, toujours tenté par des cadres faussement sécurisants et qui me dispenseraient de réfléchir. Viens, Esprit libérateur, fais-moi prendre mes décisions moi-même, que ce soit pour la limitation des naissances, mes choix politiques et syndicaux ou ma façon de me confesser... Viens, Esprit libérateur, souffle sur mes angoisses inutiles, mes scrupules paralysants... Ah ! que je sois libre ! De ta liberté souveraine !

Enfin, qui n’entend ce cri de liberté sans penser aux nombreuses contraintes d’aujourd’hui ? La circoncision n’est plus notre problème, mais bien la manipulation par information dirigée, consommation excitée, argent et pouvoir tout-puissants - sans oublier notre propre peur de ce que pensent les autres, moutons bêlants, satisfaits de nos chaînes ! Qui a le courage du refus pour devenir ce à quoi le Christ l’a appelé : être vraiment libre ?

Évangile : Lc 9,51-62

Cet évangile est divisé en deux parties que tient unies la phrase-programme du début.

La phrase-programme

Comme le temps approchait, les jours, “l’heure”, où Jésus allait être enlevé de ce monde ; enlevé, mot-clé à double sens : enlevé à nos yeux par la mort, enlevé au ciel dans sa gloire (Ac 1,10-11). Nous sommes donc à un tournant de la vie du Christ, et les dix prochains chapitres nous décriront la route vers Jérusalem, en un tracé moins géographique que spirituel.

La route sera dure. Jésus la prend avec courage, mot à mot : il durcit son visage, comme l’avait annoncé Isaïe du serviteur souffrant (Is 50,7). Nous dirions aujourd’hui : il serra les mâchoires, en signe de virile décision. Jésus reste homme comme nous, il a peur et doit prendre son courage à deux mains, nous invitant à ne pas caler devant la difficulté. Seigneur, je t’avais dit avec enthousiasme : « Je te suivrai partout. » Mais c’était au printemps de ma vie. Maintenant que la route grimpe, voilà que mes jambes se font lourdes. Donne-moi de reprendre la route avec courage.

Première partie

Cette route commence mal : les Samaritains refusent de le recevoir. Lors de la déportation (722 av. J.-C.), les Samaritains avaient pu rester, ils s’étaient compromis politiquement et religieusement avec l’occupant. Depuis, Juifs et Samaritains se détestaient. Il n’est donc pas étonnant que Jésus, un Juif, fût exposé aux vexations lors de son passage obligé par la Samarie.

Jacques et Jean, au caractère fougueux (Mc 3,17 les appelle “fils du tonnerre”), interviennent et, se prenant un peu vite pour les successeurs du prophète Elie qui avait foudroyé un officier et sa troupe venus l’enchaîner (2R 1,10-14), demandent à Jésus : Veux-tu (c’est eux qui veulent) que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? Ils sont encore fils du dieu tonnerre, vengeur. Jésus les réprimande, et nous, à travers eux, qui sommes prompts à “charger l’infidèle”. On peut aisément deviner ce que leur a dit le prédicateur des béatitudes : « Heureux les doux, les artisans de paix... faites du bien à ceux qui vous haïssent. » Luc donne ainsi un coup de chapeau aux communautés chrétiennes qui, déjà, fleurissent en Samarie, à l’époque où il écrivait (Ac 8,4-8,14-17).

Et ils partirent pour un autre village. Ici encore, le clin d’œil est pour le missionnaire, au temps de Luc, qui retiendra la consigne de ne pas se décourager, d’aller semer ailleurs.

Deuxième partie

Suivent alors trois récits brefs que Luc a insérés ici pour montrer et la difficulté de la route et la décision radicale que Jésus exige de tous ceux qui veulent le suivre.

Voici d’abord un homme généreux. Je te suivrai partout où tu iras. Cet homme sait-il jusqu’où il devra aller ? Jésus l’éprouve : les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids, le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. On ne lui a pas fait place dans l’hôtellerie de Bethléem, on l’a rejeté de son village natal, les Samaritains viennent de le refuser, Jérusalem ne l’accueillera que pour le pousser hors de ses murs et le crucifier. Aimer, où cela va-t-il nous mener ?

Un autre est directement interpellé par Jésus : Suis-moi. Celui-ci est surpris par l’appel : Permets-moi d’abord d’aller enterrer mon père. La réponse de Jésus paraît cruelle : Laisse les morts enterrer les morts. Jésus serait-il contre le quatrième commandement ? Évidemment non. Il veut, par cette phrase à l’emporte-pièce, souligner la radicalité de son appel qui ne souffle pas de oui-mais.

Troisième cas : Un autre encore veut d’abord faire ses adieux aux gens de sa maison. En soi, rien que de normal. Mais ces adieux semblent prétexte à retarder la décision. Je te suivrai, mais d’abord, comme dans le deuxième cas, laisse-moi... Or Jésus veut le don immédiat, entier : Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu. Le Christ exige le don “de toutes ses forces” comme le labour qui exige la concentration de tout l’homme sur le sillon à tracer, la charrue bien en main et ne permet pas la diversion d’un regret, d’un retour en arrière.

Laisse-moi d’abord, permets-moi d’abord. Un d’abord qui réserve le oui pour “après”. Combien de fois faisons-nous d’abord un tas de choses pour oublier, même après, ce qu’exigeait Jésus : d’abord le journal, d’abord mon sport... Mais combien retardent leur oui à Dieu quand il les appelle aux grandes tâches, le retardent jusqu’à les oublier !

Cet évangile résume ce qui attend l’appelé : il lui faut accepter la pauvreté (pas de pierre où reposer sa tête), le rejet (comme en Samarie), la solitude (laisse tes parents), la longue et pénible route, l’échec, - mais aussi la gloire du Christ “enlevé” (ressuscité).

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(re)publié: 30/04/2019