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Saint-Sacrement (Fête-Dieu)

1. Lorsque les hommes ont pris conscience qu’il devait y avoir plus grand qu’eux, plus puissant qu’eux, capables de maîtriser ce qu’ils ne pouvaient pas maîtriser, comme les tempêtes, les cataclysmes, la vie, la mort, ils ont pensé à un Être Suprême, à un Dieu Tout-Puissant, qu’il fallait honorer pour s’en protéger ou le mettre de son côté. La religion chrétienne, de manière extraordinaire, conduit à honorer un Dieu de l’humilité. Cela commence à Noël par la naissance de Jésus dans une famille des plus ordinaires, à l’écart de tous, dans un village des plus modestes. Cela se poursuit lorsque Jésus choisira ses premiers disciples parmi les hommes besogneux de la pêche. Par la suite, pendant toute sa vie publique, il ne cessera de dire qu’il faut se faire serviteur et non pas maître. Puis, au soir du Jeudi saint, comme nous venons de l’entendre, il se donne à voir dans un peu de pain, un peu de vin, les plus ordinaires des produits de la terre. Enfin, Pilate le condamnera à la peine réservée aux esclaves rebelles. Un Dieu caché dans l’humilité.

2. Pour méditer de cette humilité de Dieu dans l’eucharistie, écoutons saint Alphonse de Liguori, le fondateur des Pères du Très Saint Rédempteur, communément appelés Pères Rédemptoristes. Sa dévotion lui fit trouver des paroles jamais entendues jusque là.
« Dans l’adorable mystère de l’Eucharistie, notre Dieu est entièrement caché. Dans l’Incarnation, le Verbe éternel voila sa divinité et manifesta son humanité ; au tabernacle celle-ci même disparaît sous les apparences du pain. Dieu qui, pour témoigner son amour à ses adorateurs et leur prodiguer les trésors de sa grâce, accomplit le prodige de se cacher dans une hostie et de rester ainsi, nuit et jour, sur l’autel, leur perpétuel compagnon, comme s’il ne pouvait, semble-t-il, se séparer d’eux, même un instant. Il ne put souffrir qu’entre nous et lui, pour raviver perpétuellement son souvenir, il y eût un autre gage que lui-même… Dans l’eucharistie Jésus Christ n’obéit pas seulement au Père, mais encore à l’homme, pas seulement jusqu’à la mort, mais “jusqu’à la consommation des siècles”. Lui, le Roi du ciel, en descend sur l’ordre d’un homme : une fois sur l’autel il semble n’y demeurer que pour obéir aux hommes. Il y reste privé de tout mouvement spontané : il se laisse placer où l’on veut, exposer dans l’ostensoir, ou renfermer dans le ciboire ; il se laisse porter au gré du prêtre, dans les maisons, sur les routes, donner à la sainte table aux justes comme aux pécheurs. Quand il vivait sur la terre, disait saint Luc, “il était soumis à Marie et à Joseph” ; dans l’Eucharistie, il se soumet à autant de créatures qu’il y a de prêtres dans l’univers… Du fond de chaque tabernacle une voix paraît sortir et nous dire : “Pourquoi ne pas venir auprès de moi, auprès de votre ami passionné d’amour pour vous et qui, pour vous faire du bien, s’est réduit à un tel état d’anéantissement ?” »

3. L’Eglise honore de grands témoins de cette humilité, comme saint François, le Poverello d’Assise, comme Vincent de Paul qui disait qu’il fallait donner de son pain en demandant pardon de ne pas le faire avec assez d’humilité, comme saint Camille de Lellis qui disait que « les malades sont la pupille et le cœur de Dieu et que ce qui est fait à ces pauvres est fait à Dieu ». A un cardinal qui lui demandait de venir le voir alors qu’il était occupé à l’hôpital, il répondit : « Je suis avec Jésus-Christ, je verrai son excellence quand j’aurai fini. » Mais il y eut aussi de ces Princes de l’Eglise, de ces hommes qui avaient plus le goût du pouvoir que du service, plus envieux d’honneurs que pasteurs. Il y eut aussi, comme en témoigne l’histoire actuelle, des hommes d’Eglise qui ont confondu leur mission avec leurs pulsions. Crises des abus, cléricalisme… De nombreux chrétiens, blessés ou en colère, sont tentés de quitter l’Eglise sur la pointe des pieds » (La Croix, 4 juin). Cette tentation se comprend. Mais faut-il abandonner le Christ et son message parce que trop de ses ministres les ont abandonnés ?

4. Le pape François ne cesse de rappeler à l’humilité. Lors d’une réunion des nonces apostoliques, les ambassadeurs du Vatican auprès des Etats, il leur a conseillé cette litanie due au cardinal Merry del Val, secrétaire de saint Pie X. Nous pouvons la faire nôtre.
« Du désir d’être vanté, délivrez-moi, Jésus.
Du désir d’être honoré, délivrez-moi, Jésus.
Du désir d’être loué, délivrez-moi, Jésus.
De la crainte d’être humilié, délivrez-moi, Jésus.
De la crainte d’être méprisé, délivrez-moi, Jésus.
De la crainte de souffrir le rejet, délivrez-moi, Jésus.
De la crainte d’être calomnié, délivrez-moi, Jésus.
De la crainte d’être oublié, délivrez-moi, Jésus.
De la crainte d’être tourné en ridicule ou raillé, délivrez-moi Jésus.
De la crainte d’être injurié, délivrez-moi, Jésus.
Que d’autres soient plus aimés que moi, accordez-moi, Jésus, de le désirer. »

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Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 06/06/2021