4e dim. de Pâques (21/4) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

En période pré-électorale, les candidats haranguent les foules avec des discours, des slogans et de belles promesses. A les entendre on rêve, enfin l’avenir va s’éclaircir ! On est alors presque prêts à les suivre tous et donner sa voix à chacun. Ils semblent tous si honnêtes, de si bons bergers.
Je crois que la plupart de ces candidats sont remplis de bonnes intentions, animés de bons sentiments. Mais, par expérience, nous savons qu’une fois en place, soit ils ont les mains liées, soit les intérêts reprennent le dessus. Très rapidement on dérape dans la direction des plus forts, des plus nantis et tant pis pour toutes celles et ceux qui moisissent dans le chômage, travaillent dans le non marchand ou stagnent dans leurs misères. Le comble du cynisme c’est lorsque des hommes politiques placent leur fortune dans des paradis fiscaux ou détournent à leur profit les intérêts du peuple.

Prenant ici l’exemple du monde politique, nous pourrions en dire autant et peut-être davantage du monde financier qui se sert de l’argent des plus pauvres pour mieux se sucrer ou encore du monde judiciaire et même de certains hommes d’Eglise pour qui l’application de la loi, l’observance méticuleuse des bons principes comptent plus que le respect des personnes.

Il est encore d’autres domaines où nous nous laissons tondre comme des moutons et même conduire à l’abattoir. Par exemple, lorsque nous nous laissons pilonner par la publicité, matraquer par des informations fausses, erronées, à tel point que nous répétons nous mêmes des slogans mensongers, des vérités toutes faites sans rien vérifier.

La concurrence est abondante qui nous offre un bonheur à fleur de peau, sans effort, aussi immédiat qu’une pommade amincissante.
Au milieu de ce brouhaha, Jésus ne fait pas de promesses faciles, non fondées, la seule chose qui importe c’est de vivre une relation qui soit vraie, une relation un peu à l’exemple du bon berger et de ses brebis. C’est une relation faite tout en douceur, d’attention, de délicatesse surtout pour celles qui sont blessées, meurtries. « Je connais mes brebis » dit Jésus. Or nous savons que la Bible lorsqu’elle utilise ce mot « connaître », désigne une relation amoureuse. Comme vous le voyez, Jésus ne craint pas d’appliquer cette expérience d’amour pour dire son attachement à son peuple.

Devant un tel berger, je pense que je peux laisser tomber la méfiance, par lui, je me sens aimé pour moi-même. Je ne suis pas un numéro, ni une voix à gagner pour un parti. Vraiment je sens que je compte pour lui, il n’est pas comme les mercenaires car il a donné sa vie pour son troupeau.
Oui, en un tel berger, j’ai vraiment confiance et j’ai envie de le suivre.

Piste 2

Même si en allant nous promener dans les campagnes nous voyons brouter par-ci par-là des moutons, il n’en reste pas moins que l’image du « bon pasteur » semble bien éloignée de notre culture. Si nous n’utilisons jamais l’expression « un bon pasteur » nous disons par contre : nous avons un « bon prof », « un bon chef de service », un bon directeur, un bon patron…
Que veut-on dire par ces expressions ?
En disant : « un bon » chef, un bon prof, nous voulons sans doute dire qu’il est efficace, qu’il fait du bon travail, mais surtout que sa relation avec ses subordonnés est bonne, que le courant passe. Il n’est pas celui qui vient faire ses heures, toucher son argent comme un mercenaire. Non, on l’estime « bon » parce qu’il paie de sa personne mais aussi parce qu’il « connaît » son personnel, ses employés, il les aide à devenir eux-mêmes responsables dans leur propre travail.
A l’inverse, nous avons sans doute déjà tous fait cette expérience pénible de tomber sur une personne accueillante « comme une porte de prison », d’être considéré comme un numéro, comme un objet… C’est le cas parfois dans certaines administrations ou institutions, c’est l’anonymat, aucune rencontre de personne à personne. Un peu comme ces voix préenregistrées du téléphone qui, sans attendre la question, nous donne déjà les renseignements.
Or tous nous ressentons le besoin d’avoir en face de nous quelqu’un qui sait écouter, à qui parler, quelqu’un qui a un nom, dont on peut croiser le regard, quelqu’un de responsable. Nous avons tous besoin d’une personne qui nous indique une direction, nous propose un chemin, un sens, ou qui nous donne une impulsion dans les passages éprouvants : en un mot, un guide !

Aujourd’hui, Jésus se présente comme « le bon pasteur ». Il nous dit par là combien il souhaite aussi entretenir avec nous une relation interpersonnelle qui nous valorise mutuellement. Lui, le bon berger, il attend que nous soyons : bons professeurs, bons chefs, bons parents, bons voisins, bons collègues…

Nous sommes ici (nom de notre localité) chez nous particulièrement sensibles à la rencontre comme en témoignent de très nombreuses initiatives et associations diverses.
Nous souhaitons que nos relations deviennent de plus en plus vraies, profondes, authentiques, naturelles… dans le respect les uns des autres.
Chaque fois que nous travaillons à faire naître la solidarité, la convivialité, quand dans nos communautés, nos quartiers, nos milieux de travail… nous essayons de rassembler, chaque fois qu’on apprend à mieux se connaître, s’apprécier, s’appeler par son nom, chaque fois, avec Jésus et comme lui, nous devenons nous aussi « bons pasteurs ».

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Georges LAMOTTE

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.

Publié: 21/03/2024